Pendant que l’Europe ajuste, la France observe. En Espagne, en Italie, en Allemagne, les gouvernements ont, ces dernières années, activé un levier simple, direct, lisible : la fiscalité sur les carburants. Quelques centimes en moins à la pompe, parfois davantage, pour amortir le choc. Des décisions rapides, imparfaites sans doute, mais concrètes…

 

…Et chez nous ? Rien — ou si peu.

La France regarde le prix du litre grimper en expliquant doctement que baisser les taxes coûterait trop cher. L’argument est connu, presque récité : chaque remise fiscale pèserait des centaines de millions d’euros sur les finances publiques. Circulez, il n’y a rien à voir.

Mais derrière cette prudence budgétaire se cache une réalité plus dérangeante : la France est déjà l’un des pays d’Europe où le carburant est le plus taxé. Plus de la moitié du prix payé par l’automobiliste part en taxes. Et pourtant, le débat reste étonnamment atone.

Car au fond, ce silence interroge davantage que les prix eux-mêmes.

Où est passée la colère française ? Pas celle des comptoirs, des discussions sans lendemain, mais celle qui structure un rapport de force. Celle qui oblige les gouvernants à arbitrer autrement.

La vérité, c’est que le pays semble fatigué. Fatigué de protester, fatigué de ne pas être entendu, fatigué aussi d’un débat devenu illisible, coincé entre urgence écologique et pouvoir d’achat. Faut-il taxer pour sauver la planète ou alléger pour permettre de vivre ? La question est réelle, mais elle sert trop souvent d’alibi à l’inaction.

D’autres pays ont tranché, au moins temporairement. Ils ont choisi de protéger, quitte à corriger plus tard. La France, elle, choisit d’expliquer.

Et pendant ce temps, les territoires périphériques, les zones rurales, les départements frontaliers comme les Pyrénées-Orientales subissent de plein fouet cette inertie, là où la voiture n’est pas un choix mais une nécessité, chaque centime compte double. Là où la frontière est proche, la comparaison devient quotidienne — et douloureuse. Vu la distance que parcoure notre clientèle touristique, il serait peut-être temps de réagir.

Alors oui, la question mérite d’être posée : où sont les relais politiques ? Où sont les députés, les élus locaux, les voix capables de porter ce sujet au-delà des déclarations prudentes ? Ont-ils seulement tenté d’imposer ce débat à l’agenda national ? Ou se sont-ils contentés d’accompagner une ligne déjà écrite ailleurs ?

Il serait trop facile de ne pointer du doigt que l’État. La responsabilité est aussi collective. Car un pays qui se contente de constater sans exiger finit toujours par accepter. Et un peuple qui transforme la colère en résignation offre, malgré lui, un blanc-seing à l’immobilisme.

La France n’est pas immobile par incapacité. Elle l’est peut-être devenue par habitude.

Et c’est précisément cette habitude qu’il devient urgent de questionner.

 

Hubert Levaufre