C’est là une exposition exceptionnelle. Accrochée le 8 juillet dernier, elle a lieu dans la chapelle de l’ancien Hôpital thermal des armées d’Amélie-les-Bains-Palalda (Haut Vallespir) jusqu’au 16 octobre prochain (finissage le samedi 15 octobre à partir de 11H dans le préau de l’Hôpital militaire « Casa Restany »). Trente-huit artistes de toutes tendances, de tous horizons, hors murs et hors normes, y sont représentés au travers de trente-neuf œuvres contemporaines

 

Fruit d’une rencontre singulière entre le curateur Vincent Noiret et le collectionneur perpignanais passionné et passionnant, Jacques Font, par ailleurs acteur majeur dans la vie culturelle nord-catalane, cette exposition remarquable en tous points s’ouvre tel un album de vacances dont les selfies vous feraient naviguer, tanguer, entre mémoire et safaris, entre paysages et sagas, entre jungle urbaine et faits-divers.

N’attendez pas le prétexte d’un temps de chien, de nuages gris annonciateurs d’orages, pour venir vous réfugier dans ce musée improvisé l’espace d’une saison estivale… courez-y ! Pressez-vous-y en pleine lumière, dépêchez-vous tant que les beaux jours sont encore là, justement.

 

« Casa Restany » : l’ancienne chapelle de l’Hôpital thermal des armées d’Amélie-les-Bains accueille jusqu’au 16 octobre 2022 l’événement qui aura sans aucun doute animé et marqué l’été culturel 2022 en Roussillon…

…d’entrée, une mise en scène sobre, dépouillée, une ambiance et un décor neutres invitent le visiteur sur le parcours d’une exposition insolite et hybride qui étale et aligne trente-neuf tableaux comme un mur de graffitis.

En guise d’avertissement, pour légender la démarche à l’origine de cette exposition.

Ci-dessus. A gauche : Alfonso Alzamora, né en 1951 à Barcelone, en Espagne. « Cuatro sillas sobre fondo Rojo Rothko » (2014) ; huile sur toile (130 x 116cm). Au centre : Bernard Aubertin, né en 1934 à Fontenay-aux-Roses, « Semema » (1990). Combustion sur papier (100 cm x 70).

Ci-dessus. Jonathan Meese, né en 1970 à Tokyo, au Japon, vit et travaille à Berlin, en Allemagne, « Reconnaître, oh’ chérie, rien ne me va, oh’ merveilleux, mon amour (super) » (2014). Huile, acrylique et mix media sur toile (210 x 280 cm).

Ci-dessus. A gauche : œuvre de Stéphane Couturier, né en 1957 à Neuilly-sur-Seine, « Paris Seine, Rive Gauche » #1 (série Les Nouveaux Constructeurs – 2020). A droite : œuvre de Christian Bonnefoi, né en 1948 à Salindres, « Euréka V » (1995)… « Mon travail se développe plus sous la forme d’une constellation que sous une forme linéaire. C’est un travail qui n’est jamais achevé, mais toujours ouvert » (CB).

Ci-dessus. Œuvre de Fabien Boitard, né en 1973 à Blois. « Avant » (2021).

Ci-dessus. Joachim Ferrando, né en 1949 dans la province de Barcelone, Espagne. Composition sans titre (huile sur toile 114 x 146 cm).

Ci-dessus. Prince Gyasi, né en 1995 à Accra, au Ghana. Prince yasi prend des photographies avec son IPhone en faisant poser les habitants de sa ville natale d’Accra, puis les modifie numériquement en ajoutant des couleurs audacieuses pour créer de superbes juxtapositions entre la peau des modèles et leur environnement. Malgré les réalités de la vie dans une ville où les habitants doivent faire face au manque d’accès à la nourriture et à l’éducation, Prince Gyasi s’efforce de créer des images joyeuses qui insufflent l’espoir et mettent en évidence la résilience des personnes.

Ci-dessus. Jacques Monory, né en 1924 à Paris (décédé dans cette même ville en 2018), « La vie imaginaire de Jonq’Erouas Cym n°14 » (2001). Huile, pistolet factice et douilles de métal sur toile (176 cm x 166 cm). Profondément préoccupé par la violence des réalités quotidiennes, Monory suggère dans ses peintures des atmosphères angoissantes à la manière d’un polar, en utilisant des images directement issues de la civilisation contemporaine ou d’emprunts photographiques et cinématographiques. Le recours au bleu est pour Monory « un filtre pour indiquer que la réalité n’est pas vraie », mettant ainsi de la distanciation avec cette violence. Cette « vie imaginaire de Jonq’Erouas Cym » est une série de dix-sept tableaux construite comme une comédie tragique sur la vie de Jonq’Erouas Cym, auteur de vols, de meurtres et de crimes divers, et recherché par la CIA.

Ci-dessus. Jérémy Liron, né en 1980 à Marseille, « Paysage 221 » (2021), huile sur toile (119 x 150 cm). 

 

Formes, sensibilités, couleurs, personnages, dimensions, (im)perfections d’un monde imparfait, ou plus que parfait, peu importe la provenance et la destination, peu importe la signature, issue d’un esprit anar ou débonnaire, intimiste ou populiste, les toiles qui défilent ici sous nos yeux représentent en quelque sorte un livre entre les mains d’artistes témoins d’une époque, d’un courant, un dialogue du quotidien vu d’en bas et d’en haut (peut-être la p’Art de l’ange…). Certains tableaux sont d’authentiques documentaires par la réflexion qu’ils entraînent, qu’ils emmènent, qu’ils sollicitent également.

Incontestablement, l’installation de cette « Nécessité Intérieure » dans ce lieu des plus accueillants qu’est la Casa Restany, donne une autre dimension à ce site amélien, sorte de chapelle en plein art : et si c’était là, dans l’Art, que la station thermale d’Amélie-les-Bains trouvait son nouveau souffle ? En attirant une autre clientèle de curistes, entre tradition et innovation, avec un espace culturel posé et ouvert entre activités physiques et nature…

Environ 2 000 personnes ont visité cette exposition, réalisée à partir d’un extrait des collections privées de Jacques Font. Qui dit « collection » dit forcément « coup de cœur », et là le spectacle est au rendez-vous ! D’une belle aventure personnelle, Jacques Font réussit à faire un dénouement collectif, en nous accompagnant sur un chemin pictural passionnant, tracé au fil de sa Passion.

 

L.M.