
Le retour des prisonniers de guerre, des requis du STO et des déportés du III° Reich, au cours du printemps et de l’été 1945, fut un évènement considérable. D’abord par le nombre de personnes concernées, un peu moins de deux millions. Puis, parce qu’il mettait fin à des séparations qui, pour certaines, duraient depuis mai-juin 1940. Enfin, parce que pour des centaines de milliers de familles, commençait le temps du deuil
Le Retour se heurta à de nombreuses difficultés matérielles telles l’évolution des fronts, la destruction des infrastructures ferroviaires et routières en Europe centrale qui rendirent les opérations de rapatriement compliquées et l’état de santé de nombreux déportés. Sans oublier les problèmes politiques auxquels furent confrontés les républicains espagnols pour quitter le camp de Mauthausen. Mais, l’accueil des rapatriés fut marqué par un grand élan de solidarité de la population.
Très vite, toutefois, les prisonniers de guerre et les requis du STO eurent le sentiment d’être marginalisés par rapport aux déportés, aux résistants et aux combattants de 1944-1945. Et le désir du général de Gaulle de voir se maintenir l’unité des victimes du Nazisme se brisa sur la réalité au cours des mois après le retour. En effet, le problème des statuts des différents groupes et celui de la reconnaissance de leurs droits à réparation, généra des tensions entre eux. Débats qui aboutirent, par exemple, après quarante-sept ans de procès, à interdire aux requis du STO de se qualifier de « déportés ».
Débats dont ceux portant sur la différenciation entre déporté politique et déporté résistant, étaient loin d’être seulement technique. En fait, ils opposaient les tenants deux conceptions de la Résistance : les partisans d’une résistance seulement militaire et ceux d’une résistance civile et militaire. De plus, était sous-jacent dans ces débats des arrière-pensées politiques voire politiciennes qui éclatèrent au grand jour en 1947, lors de l’éclatement du Tripartisme. Commença alors une concurrence mémorielle complexe : résistance intérieure contre résistance extérieure, résistance civile contre résistance miliaire, résistants français contre résistants étrangers, puis à partir de la fin des années 70, déportation politique contre déportation raciale, etc.
Mais avec les années et les travaux des historiens (signalons en particulier celui des responsables du Mémorial du camp de Rivesaltes), est arrivé le temps d’une histoire plus scientifique et d’une mémoire plus apaisée. En témoigne l’entrée au Panthéon, le 21 février 2022, de deux résistants étrangers et communistes, Mélinée et Missak Manouchian.
Spécialiste de l’Histoire de la 2° Guerre Mondiale, Docteur en Histoire (Université de Lille III) et Docteur de l’Université de Montpellier, depuis son retour au pays, Georges Sentis travaille sur l’Histoire de la Résistance ainsi que sur les Pyrénées-Orientales, plaque tournante de l’aide aux Républicains Espagnols de 1934 à 1975. Par ailleurs, il est très investi dans les associations mémorielles tant au plan local que national.

Georges Sentis, spécialiste de l’Histoire de la 2° Guerre Mondiale, Docteur en Histoire (Université de Lille III) et Docteur de l’Université de Montpellier

