(Vu sur la Toile)
Fumeurs, alcooliques ou obèses : ils sont centenaires et n’ont pas de cancer
(Article de Philippe Richard • Rédaction quotidien régional Ouest-France)
Ouest-France.- Une recherche internationale coordonnée par le Français Paul Bastard va chercher les causes de cette résistance. La piste : des auto-anticorps, parfois néfastes, mais dans ce cas protecteurs.
Pourquoi certaines personnes qui avaient toutes les raisons de déclarer un cancer, en raison de leur tabagisme prolongé, de leur alcoolisme chronique, de la présence de gènes particuliers ou simplement de leur âge très avancé, n’ont-ils pas de cancer ?
Le projet Atlas, qui vient de décrocher un financement de vingt-cinq millions d’euros sur cinq ans du fonds de dotation anglo-américain Cancer Grand Challenges, s’attaque à cet angle inédit de la recherche en cancérologie.
Paul Bastard, médecin et chercheur à l’institut Imagine, coordonne ce projet impliquant neuf équipes (américaines, anglaises, suédoise, danoise, suisse et française) : « Notre théorie est que des auto-anticorps qui peuvent activer le système immunitaire, peuvent avoir le même effet que des traitements d’immunothérapies. Mais ils sont produits par le corps lui-même. » Quelque 10 000 auto-anticorps dont identifiés, « nous allons chercher les plus prometteurs. »
Les auto-anticorps, levier de la résistance au cancer ?
Ces auto-anticorps, qui boostent ou inhibent des parties du système immunitaire avaient été découverts dans les années 1980. Et un peu oubliés. Lors de la pandémie, Paul Bastard a montré qu’ils jouaient un rôle majeur dans la surmortalité de certaines personnes en réanimation. Et qu’ils étaient plus nombreux chez les personnes âgées.
Dans ce cas, ils avaient un effet délétère, mais d’autres auto-anticorps (voire les mêmes) pourraient favoriser la résistance au cancer… ou pronostiquer une bonne réponse à une immunothérapie. Ce serait le cas « d’un autoanticorps découvert pendant le Covid », indique Paul Bastard.
Le projet va démarrer en mai. « Nous nous basons sur des échantillons de sang déjà collectés pour d’autres raisons », précise le médecin. Parmi ces échantillons, 10 000 proviennent de personne ayant résisté au cancer, 10 000 de personnes ayant développé un cancer et 50 000 de personnes a priori en bonne santé. Ces derniers grâce aux larges recherches sur la santé des populations dans les pays du Nord, qui impliquent des prises de sang annuelles.
Cinq ans et neuf équipes ne suffiront sans doute pas pour couvrir tout le sujet, aussi « toutes les données seront mises à la disposition de la communauté scientifique », afin de stimuler le lancement de projets de recherche complémentaires.
Outre la résistance au cancer ou la prédiction d’efficacité d’immunothérapies, la recherche devrait prédire les réactions délétères aux vaccins à base de virus vivants (fièvre jaune, chikungunya). Selon le médecin, la majorité des effets indésirables graves relevés chez des plus de 65 ans, après une vaccination contre le chikungunya, sont liés à la présence d’auto-anticorps, expliquant la surréaction de l’organisme.
(Source : quotidien régional Ouest-France)

