
La statue de Saint-Maurice – que l’on sortait de son rétable -, que l’on dispose au maitre-autel lors de la messe qui lui est dédiée à la fete patronale
Il est des dates qui passent presque inaperçues pour certains et qui, pour d’autres, font remonter tout un monde de souvenirs. Aujourd’hui, 22 septembre, c’est la Saint-Maurice. À Marquixanes, cette fête résonne encore fortement dans la mémoire des anciens… et dans la mienne
Je suis arrivé à Marquixanes à l’âge de 11 ans, lorsque mon père, prenant sa retraite, avait décidé de revenir vivre dans le village de son enfance, celui de sa famille, ce village qui lui était si cher. Et que de souvenirs depuis…
Pour l’enfant que j’étais, la Saint-Maurice commençait bien avant la fête elle-même. Il y avait d’abord l’arrivée et l’installation des manèges sur le parking. C’était déjà un événement ! Chaque année, les regarder s’installer constituait à lui seul une attraction et annonçait que quelque chose d’inhabituel allait se passer dans le village.
Puis la place changeait de visage. Elle prenait presque des allures de place de la République, avec ses poteaux, ses blasons et ses drapeaux tricolores. Pour un enfant, puis pour l’adolescent que je suis devenu, c’était magique.
Et puis il y avait le bal. Un vrai bal de village, avec son orchestre, ses musiciens et cette tradition aujourd’hui presque oubliée : le “llevant de taula”, la levée de table. Un musicien passait auprès des familles qui recevaient parents, amis et invités pour la fête. On lui demandait un morceau, quelques notes de musique venaient prolonger le repas… et la fête entrait jusque dans les maisons. Le registre était large, on passait parfois de la Marseillaise à l’Internationale …On donnait un billet, quelques pièces, peu importe on participait aux frais de la fête, du comité qui l’organisait .C’était simple.
Mais peut-être est-ce justement pour cela que ces moments sont restés si profondément gravés dans nos mémoires. Oui, tout cela est un peu mélancolique. Et alors ? Se souvenir n’est pas vivre dans le passé.
Se souvenir, c’est rappeler ce que nous avons vécu de beau, ces moments simples qui constituaient, sans que nous le sachions vraiment à l’époque, une certaine forme de bonheur. Et transmettre ces souvenirs aux générations suivantes n’a rien de démodé. C’est aussi transmettre une petite partie de l’histoire de notre village.
Mais qui était saint Maurice ?
Avant d’être un saint, Maurice était, selon la tradition, un soldat de Rome.À la fin du IIIᵉ siècle, il aurait été officier d’une troupe romaine venue de Thébaïde, en Égypte, connue sous le nom de légion thébaine. Maurice et ses compagnons étaient soldats de l’Empire, mais ils étaient également chrétiens.
Mais le symbole demeure particulièrement fort : Maurice est à la fois le soldat fidèle à son engagement et l’homme qui refuse d’obéir lorsque sa conscience et sa foi lui interdisent d’aller plus loin.
Le récit nous est parvenu plusieurs générations après les événements, notamment grâce à Eucher, évêque de Lyon, au Ve siècle. Il faut donc distinguer ce que l’Histoire peut établir de ce qui appartient à la tradition chrétienne. Mais cette tradition traversera les siècles et fera de saint Maurice l’une des grandes figures du soldat chrétien et du saint guerrier dans l’Occident médiéval.
Son histoire est également ancienne à Marquixanes : des documents mentionnent déjà une église Saint-Maurice au XVe siècle, et son culte a durablement marqué la vie du village.
Alors aujourd’hui, en cette Saint-Maurice, ayons une petite pensée pour tous ceux qui, avant nous, ont fait vivre cette fête.
Pour les manèges qui arrivaient…Pour les drapeaux qui décoraient la place…Pour les orchestres et les bals…
Pour les maisons pleines d’invités…Pour quelques notes de musique jouées au moment du llevant de taula…
Et surtout pour cette joie toute simple d’être ensemble.
Parce que la mémoire d’un village est aussi faite de cela.
Bonne Saint-Maurice à toutes et à tous.
Serge Fabre
