(Vu sur la Toile)

 

Lionel Jospin, ancien Premier ministre et chef du Parti socialiste, est mort
(Article de Alexis Boisselier • Rédaction du quotidien régional Ouest-France)

Ouest-France.- Premier ministre de cohabitation entre 1997 et 2002, Lionel Jospin est mort à l’âge de 88 ans. Figure du Parti socialiste, il avait été battu deux fois à l’élection présidentielle.

« Comme un coup de tonnerre. » Le 21 avril 2002, Lionel Jospin prend la parole après les résultats du premier tour de la présidentielle. Le visage livide, la mâchoire serrée, il accuse le coup. Celui qui est alors Premier ministre vient d’être éliminé, devancé par le président Jacques Chirac mais surtout – c’est une surprise – par le candidat d’extrême droite Jean-Marie Le Pen. « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique, après la fin de l’élection présidentielle », déclare-t-il, déclenchant les cris de la salle.

Un tournant historique pour la démocratie française, une date politique restée gravée, mais aussi une blessure personnelle pour le socialiste qui se voyait entrer à l’Élysée pour ce qui aurait dû être l’aboutissement d’une carrière politique de quarante ans. Ce lundi 23 mars 2026, Lionel Jospin est mort à l’âge de 88 ans.

 

 

Marxiste et énarque

 

 

Lionel Jospin est né le 12 juillet 1937 à Meudon (Hauts-de-Seine). Il grandit dans une famille « chaleureuse », « progressiste » de parents protestants « mais laïcs ». Son père est un ancien professeur de lettre puis directeur d’établissement pour les enfants difficiles, sa mère est sage-femme puis infirmière. Il n’a que sept ans à la libération de Paris en août 1944. « Je me revois perché sur les épaules de mon père quand le général de Gaulle a défilé sur les Champs-Élysées », se souvenait-il dans Lionel raconte Jospin : le sens d’une vie (2010, le Seuil).

C’est au Lycée Janson-de-Sailly, dans le XVIe arrondissement de la capitale, qu’il développe son intérêt pour la politique, il s’initie au marxisme puis entre à Science Po. Il adhère à l’Union nationale des étudiants de France (Unef) et s’engage contre la guerre d’Algérie. En revanche, il rejette le Parti communiste français (PCF), marqué par l’insurrection de 1956 en Hongrie réprimée par le régime. Il préfère le Parti socialiste unifié (PSU) où il s’engage dès sa fondation en 1960. Il entre également à l’École nationale d’administration (ENA), dont il se dit déçu, mais où il croise notamment Jacques Toubon et Jean-Pierre Chevènement. À la sortie, il devient diplomate au Quai d’Orsay.

 

 

« Le rêve révolutionnaire »

 

 

Espérant un retour de la gauche au pouvoir, il se rapproche des milieux trotskistes. « Le rêve révolutionnaire, encore très présent à cette époque, m’a touché moi aussi. » En tant qu’Énarque, il représente un profil rare, ce qui lui permet de rencontrer plusieurs fois Pierre Lambert, l’un des principaux leaders de l’OCI (Organisation communiste internationaliste). Cette affiliation restera longtemps secrète, Jospin allant même jusqu’à la nier en 1995 avant qu’elle ne soit révélée en 2001 et qu’il finisse par la reconnaître.

Lors de Mai-68, il reste à l’écart du mouvement de contestation en raison de son statut de haut fonctionnaire. Ces événements le poussent toutefois à quitter le Quai d’Orsay et à renoncer à sa carrière diplomatique pour devenir professeur d’économie dans un IUT, à Seaux. Il y enseigne de 1970 à 1981. Une expérience sur laquelle il s’appuie en 1980 lors d’un débat télévisé avec le communiste Georges Marchais. « Vous n’avez pas mis les pieds dans une usine depuis 30 ans et moi, ce matin, je donnais mes cours », lance-t-il alors, pas impressionné par le tribun du PCF.

 

 

« Le trotskiste s’efface devant le socialiste »

 

 

Parallèlement, Lionel Jospin a pris du poids politique. Il entre au Parti socialiste fin 1971, quelque mois après le congrès d’Épinay, encouragé dans cette démarche par Pierre Lambert, les trotskistes étant adeptes de l’entrisme. « Lionel devint « taupe » au Parti socialiste. […] Il mena une double vie pendant quinze ans, par conviction d’abord, par facilité ensuite », raconta sa première épouse Elisabeth Dannenmuller, en 2002, au Nouvel Obs.

-« Je suis d’abord trotskiste et socialiste, puis le trotskiste s’efface devant le socialiste », expliquera plus tard Lionel Jospin. Il indique aussi que « la personnalité de François Mitterrand a été une des raisons de (son) engagement ». Très vite, il grimpe les échelons puisqu’il entre au bureau exécutif du parti en 1973 et est nommé secrétaire national à la formation.

Après la défaite de François Mitterrand à la présidentielle de 1974, il devient conseiller de Paris, assiste à la rupture avec le Parti communiste puis, lors du congrès de Metz de 1979, prend parti pour François Mitterrand face à Michel Rocard et devient numéro deux du PS. À partir de cette période, Lionel Jospin se rapproche encore de François Mitterrand qu’il accompagne lors de ses voyages à l’étranger. « J’admirais son talent et son très grand professionnalisme. Il pensait visiblement qu’on ne conquiert pas le pouvoir en se montrant irresponsable dans l’opposition. »

 

 

Bras droit de François Mitterrand

 

 

L’estime est mutuelle et quand François Mitterrand se relance dans la course à la présidentielle, il choisit Lionel Jospin pour lui succéder à la tête du Parti socialiste et l’assure de son « affection ». Quelques semaines plus tard, François Mitterrand remporte l’élection présidentielle et acte le retour de la gauche au pouvoir. « Un choc politique et émotionnel », racontera ensuite Lionel Jospin, qui devient député de Paris.

En tant que chef du Parti socialiste, il est convié tous les mardis à l’Élysée pour un petit-déjeuner avec le président de la République. « C’était un lieu où j’étais informé en amont des décisions et où je pouvais donner très tôt mon point de vue et celui du PS. » Après les mesures emblématiques des premiers mois – abolition de la peine de mort, cinquième semaine de congé payé, semaine de 39 heures -, Lionel Jospin assiste au tournant de la rigueur en 1983 qu’il qualifie alors de « parenthèse ». « À travers cette expérience douloureuse, les socialistes montraient qu’ils savaient affronter la réalité et que l’on pouvait voter pour eux sans risquer l’échec économique et financier », justifiera-t-il a posteriori.

Déçus de François Mitterrand, les Français le sanctionnent lors des législatives de 1986 en donnant la majorité à la droite. « Nous avions dit que nous voulions changer la vie, nous avons vu au pouvoir que c’était peut-être plus difficile que nous le pensions », confie alors Lionel Jospin à la télévision. Le président de la République est alors contraint de nommer Jacques Chirac à Matignon pour la première période de cohabitation sous la Ve République. En tant que premier secrétaire du PS, Lionel Jospin se pose en principal opposant du nouveau Premier ministre. Il participe également activement à la campagne présidentielle de 1988 qui voit François Mitterrand largement réélu face à Jacques Chirac.

 

 

Un passage au gouvernement puis la chute

 

 

Dans la foulée, Lionel Jospin quitte la tête du PS avec l’espoir que le chef d’État lui confie une responsabilité gouvernementale. Si c’est finalement Michel Rocard qui est choisi pour devenir chef du gouvernement, Lionel Jospin, déçu, récupère le ministère de l’Éducation. Rue de Grenelle, l’ancien professeur tente de lutter contre l’échec scolaire grâce à la création de milliers de postes d’enseignants. Il est aussi à l’origine de la création des Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM).

À cette période, ses relations avec François Mitterrand se distendent. Les deux hommes ne se croisent plus qu’en Conseil des ministres, les incompréhensions et les rancœurs s’accumulent. Ils vont même jusqu’à s’affronter en coulisses pendant le congrès de Rennes en 1990, lors duquel Lionel Jospin soutient Pierre Mauroy tandis que François Mitterrand prend parti pour Laurent Fabius.

La rupture est consommée en 1992. Alors que Pierre Bérégovoy est nommé à Matignon, Lionel Jospin doit quitter son poste de ministre. Commence alors une période de disette pour Lionel Jospin qui est ensuite battu lors de la déroute des socialistes aux législatives de 1993. Désenchanté, il prend quelques distances avec la vie politique et en profite pour se remarier avec la philosophe Sylviane Agacinski. Après avoir envisagé un retour au sein de la diplomatie, il replonge finalement dans l’arène deux ans plus tard.

 

 

« J’ai brisé l’armure »

 

 

François Mitterrand malade, le Parti socialiste se cherche un candidat pour la présidentielle de 1995. Favori des sondages, Jacques Delors renonce devant l’obstacle. Lionel Jospin en profite et remporte la primaire du parti face à Henri Emmanuelli, pourtant premier secrétaire du PS. Le candidat socialiste prend ses distances avec le bilan de François Mitterrand et réclame un droit d’inventaire. Des propos qui conduisent le président sortant à ne soutenir son ancien poulain que sur le bout des lèvres, regrettant une campagne « un peu terne ».

Donné largement battu dans les sondages, Lionel Jospin parvient toutefois à inverser la tendance et au soir du premier tour, il décroche, par surprise, la première place avec 23,30 % des voix, devant Jacques Chirac. « J’ai brisé l’armure, j’ai changé », sourit le socialiste réputé austère dans un élan d’enthousiasme.

La campagne est déjà réussie pour Lionel Jospin qui ne se fait guère d’illusion pour le second tour, les réserves de voix de Jacques Chirac étant plus importantes. Après un débat d’entre deux tours très convenu, voire ennuyeux, qui semble satisfaire les deux candidats, Lionel Jospin est finalement battu. Mais avec « le sentiment du devoir accompli », il reprend la tête du Parti socialiste, devient le nouveau leader de la gauche et prend date pour 2002.

 

 

Premier ministre de cohabitation

 

 

L’occasion d’accéder au pouvoir se présente finalement plus tôt que prévu. Après deux ans de mandat marqué notamment par un fort conflit social en 1995, Jacques Chirac décide de dissoudre l’Assemblée nationale en 1997 pour anticiper les élections législatives qui devaient normalement se tenir un an plus tard.

Surpris mais pas pris de court, Lionel Jospin conclut des accords avec les autres forces de gauche, des radicaux aux communistes en passant par les écologistes qui permettent alors à ce qu’on appelle « la gauche plurielle » de remporter les élections et de décrocher une majorité à l’Assemblée. Le lendemain du scrutin, Jacques Chirac appelle Lionel Jospin pour lui proposer le poste de Premier ministre. Ce dernier entre à Matignon l’année de ses 60 ans.

Les deux têtes de l’exécutif se répartissent les rôles sur le modèle des précédentes cohabitations. Jacques Chirac laisse Lionel Jospin constituer son gouvernement et mener la politique intérieure du pays mais défend ardemment son « domaine réservé » sur les Affaires étrangères et la Défense. Une situation qui provoque parfois une certaine cacophonie quant à la voix de la France à l’internationale.

 

 

« Il ne faut pas attendre tout de l’État »

 

 

Entre les deux hommes, qui se connaissent peu, le courant a du mal à passer. « La cohabitation n’est pas la fusion », lance Lionel Jospin. Et Jacques Chirac de lui répondre : « Elle n’est pas non plus la fission. » Le Président reproche au Premier ministre sa rigidité tandis que ce dernier s’agace des critiques récurrentes du chef de l’État au moment de la crise de la vache folle ou encore sur la réforme des 35 heures qu’il qualifie « d’expérimentation hasardeuse ». Ironie de l’histoire, Lionel Jospin et Jacques Chirac reprochent en fait chacun à l’autre de ne pas être à la hauteur de François Mitterrand, devenu mètre étalon de l’homme d’État.

Quoi qu’il en soit, Lionel Jospin trace son sillon à Matignon. Les lois de réduction du temps de travail portées par sa ministre Martine Aubry portent leur fruit avec la création de 350 000 emplois tandis que la croissance se maintient, que le chômage baisse et que le déficit passe sous les 3 %, ce qui permet à la France de passer à l’euro.

De manière plus surprenante, Lionel Jospin opère des privatisations et ouvre le capital d’entreprises publiques comme Air France ou France Télécom. En 1999, le Premier ministre choque à gauche en réagissant à des suppressions d’emploi chez Michelin. « Il ne faut pas attendre tout de l’État et du gouvernement », dit-il sur le plateau de France 2. Une expression qui fait écho au tournant libéral des partis de gauche au Royaume-Uni, avec Tony Blair, ou en Allemagne, avec Gerhard Schröder. « Une phrase comme celle-là me consterne », réagit alors Jean-Luc Mélenchon, à l’époque sénateur PS.

 

 

Des réformes sociétales et des critiques

 

 

Au-delà des questions économiques, Lionel Jospin met en œuvre plusieurs avancées sociétales comme la création du Pacte civil de solidarité (Pacs) ouvert aux couples homosexuels ou l’adoption d’une loi sur la parité femme-homme en politique. Lors du référendum de 2000, il se dit également favorable au passage au quinquennat pour le mandat du président de la République.

En revanche, l’action de son gouvernement est contestée en matière de sécurité. Malgré la mise en place d’une police de proximité, la droite accuse le gouvernement de laxisme et pointe une augmentation des statistiques de la délinquance. Une thématique qui sera centrale lors de la campagne présidentielle de 2002.

À l’approche du scrutin, la gauche plurielle commence à se déliter. Des tensions apparaissent avec les écologistes et les communistes. En désaccord sur la question institutionnelle corse, son ancien camarade de l’Ena Jean-Pierre Chevènement démissionne de son poste de ministre de l’Intérieur en 2000. Deux ans plus tard, celui-ci sera candidat à l’élection présidentielle contre Lionel Jospin.

 

 

« J’ai une imagination normale »

 

 

Gonflée par des sondages favorables, « la gauche aborde l’élection présidentielle dans un climat d’optimisme et d’étourderie, comme si elle ne mesurait pas la difficulté de sa tâche », selon Lionel Jospin. Autour du Premier ministre, les candidats se multiplient. Jean-Pierre Chevènement donc, mais aussi Robert Hue pour les communistes, Noël Mamère pour les écologistes ou encore Christiane Taubira pour les radicaux sans compter les deux candidatures trotskistes d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot.

Malgré cette foison de candidatures à gauche et des sondages qui dégringolent petit à petit, Lionel Jospin ne voit pas le risque venir. Interrogé à quatre jours du scrutin sur l’hypothèse selon laquelle il ne serait pas qualifié pour le second tour, le Premier ministre éclate de rire : « Non, j’ai une imagination normale, mais quand même tempérée par la raison. Donc… Cela me paraît assez peu vraisemblable. »

Le coup n’en est que plus dur le soir du premier tour. Le 21 avril 2002, Lionel Jospin ne récolte que 16,18 % des voix, soit à l’époque le pire score pour un socialiste depuis 1969. « J’ai surestimé le rejet de Jacques Chirac, j’ai surestimé la perception positive de mon bilan. J’ai sous-estimé l’impact qu’avait la division de la gauche, j’ai sous-estimé le premier tour », résumera-t-il des années plus tard.

Un score qui contraste avec les 41 % obtenus au total par les candidats de gauche – beaucoup plus qu’en 1995 – et qui alimentera longtemps les regrets et les rancunes du candidat socialiste. « Ma mission à moi était de conduire la gauche à la victoire présidentielle. Et là, on pourrait plutôt dire que l’équipage de gauche a abandonné son capitaine… »

 

 

Une fin de carrière loin des lumières

 

 

Immédiatement après avoir pris connaissance des résultats, Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique. Une forme de panache, pour certains. Un abandon, pour d’autres, alors que l’extrême droite accède pour la première fois au second tour de la présidentielle. Une réaction d’orgueil, assurément, que Lionel Jospin ne reniera jamais vraiment. Avant la présidentielle de 2007, il imagine encore pouvoir apparaître comme un recours, mais l’appel de ses anciens camarades ne vient pas et l’ancien Premier ministre poursuit son exil sur l’île de Ré où il réside.

En 2012, il est tiré de sa retraite par François Hollande, qu’il avait placé à la tête du Parti socialiste en 1997. Celui qui vient d’être élu président de la République lui confie la commission sur la moralisation et la rénovation de la vie politique, saluant « un homme incontestable pour son intégrité ». Deux ans plus tard, Lionel Jospin entre au Conseil constitutionnel, mais, en 2016, il échoue à en devenir le président, François Hollande préférant finalement Laurent Fabius, rival historique de Lionel Jospin.

En 2019, à la fin de son mandat, il retrouve sa liberté de parole, intervient de manière ponctuelle dans le débat public et sa voix reste écoutée comme lorsqu’il dénonce les positions « pro russes » de Nicolas Sarkozy sur la guerre en Ukraine ou qu’il défend le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024.

 

 

« Un austère qui se marre »

 

 

Comment résumer la carrière politique de Lionel Jospin ? « Je suis heureux d’avoir traversé l’ensemble de la vie politique en gardant mon intégrité intellectuelle et personnelle », dira-t-il en 2024 lors d’un entretien à l’Ina. En 1999 déjà, il n’avait pas hésité à dresser son autoportrait devant des journalistes : « Un rigide qui évolue, un austère qui se marre, un protestant athée. »

Au-delà de cette formule, trois images disent peut-être autant de ce que fut Lionel Jospin. La première est celle d’un homme installé discrètement début 2025 dans les tribunes pour suivre un match de NBA délocalisé à Paris. Alors que Jacques Chirac peinait à masquer son inculture en la matière, Lionel Jospin a toujours sincèrement aimé le sport et particulièrement le basket qu’il a pratiqué « pendant 20 ans ». « La maîtrise du corps, le plaisir du jeu et le goût de la compétition » plaisaient à celui qui voyait dans cet exercice « un mélange d’élaboration collective et d’actions individuelles ».

La deuxième image c’est Lionel Jospin tout sourire dans Le Nom des gens, film de Michel Leclerc sorti en 2010. L’ancien Premier ministre y joue son propre rôle et vient à la rencontre de l’un de ses derniers partisans joué par Jacques Gamblin. « Un jospiniste aujourd’hui, c’est aussi rare qu’un canard mandarin dans l’île de Ré », sourit Lionel Jospin, tout en autodérision. « C’est marrant, je n’imaginais pas qu’il puisse être aussi drôle », commente ensuite le personnage joué par Sara Forestier.

L’autodérision est aussi à l’origine de la troisième image. Une autodérision bizarrement empreinte d’une certaine gravité. Fin 1984, Lionel Jospin arrive sur le plateau de TF1 pour un exercice un peu particulier. « Je lui ai demandé quelque chose et très gentiment, parce qu’il a beaucoup d’humour, il a accepté de le faire », introduit le présentateur, un certain Patrick Sébastien.

Une main dans la poche de son costume, l’autre tenant le micro, celui qui est alors premier secrétaire du Parti socialiste se lance dans une interprétation appliquée de la chanson Les Feuilles mortes d’Yves Montand. Un morceau dont les paroles résonnent un peu plus intensément aujourd’hui : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle / Tu vois je n’ai pas oublié / Les feuilles mortes se ramassent à la pelle / Les souvenirs et les regrets aussi ».

Alexis Boisselier (Quotidien régional, Ouest-France)