Récemment, installé en terrasse sur le Quai Vauban, j’ai eu un coup de blues, comme cela doit ou peut vous arriver à vous aussi, sans que je n’arrive à en localiser ni la cause, ni les ressorts. Je me suis senti triste, démoralisé, déprimé, bref j’avais le moral dans La Chaussette, comme on dit en pays catalan, depuis l’affaire éponyme qui a secoué les élections municipales de 2008 à Perpignan. Une tricherie électorale locale qui a eu un rentissement international, et qui a conduit à l’annulation du scrutin et à la condamnation de partisans de l’ex maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy, qui s’est toujours dépeint (il poursuit dans l’art de l’aquarelle…) “au-dessus de la mêlée” sans pour autant adhérer au monde de l’Ovalie

 

Justement, pour me resaissir, je me suis souvenu de ce Cher Sénèque : “La vie n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie”… Utilisant le (trop) peu de place que mon smartphone me laisse encore dans ma mémoire, je me suis pris à rêver pour retrouver ces fameuses années alduyistes et, pour y arriver le plus rapidement et le plus sûrement possible, quoi de mieux que d’enfourcher un Vespa jaune (marque italienne de scooter et de couleur “sang et or”).

J’ai atterri en 1993, première année d’élection de Jean-Paul Alduy, ès-qualité de maire de Perpignan, après avoir été élu l’année d’avant conseiller général du canton urbain du Haut-Vernet. Déjà, localement, clientélisme at affairisme font bon ménage. Les “affaires” politico-médiatico-romanesques se succèdent.

Nombre d’élus locaux, ici Perpignanais, sont salis, lynchés (parfois sans aucune raison car totalement innocents), sont pointés du doigt, mis en cause, épinglés… par la justice, certes, avec la complicité des copains d’abord, de la fraternité complaisante… dans la presse, dans les boîtes-aux-lettres, dans les clubs, dans les cérémonies, dans les familles, dans les restaurants, on s’invictive, on jure la main sur le coeur “n’y être pour rien”, on se répond même aux tracts soi-disant anonymes ! Hé-naur-me !!!

Sous les lambris de la République, dans les salons de la Préfecture, un célèbre préfet en poste et en fonction Quai de la Basse, haussera même le ton et osera les yeux dans les yeux en s’adressant publiquement au maire de Perpignan lors d’un hommage : “Certains hommes gagnent à être connus, d’autres perdent à être connus”… Ayant constaté l’absence du maire de Perpignan à son pot de départ, le préfet avait lancé toujours publiquement “je raffole de son absence”.

C’est le grand moment des tripatouillages électoraux – l’affaire révélée au grand jour de la fraude électorale à la chaussette lors des municipales de 2008 sera la partie émergée de l’iceberg, comme on dit -, des scandales.

On ne fait pas (encore) voter les morts comme dans d’autres territoires de la République, mais on constate, sur des listes électorales internes à un parti politique du centre-droit perpignanais, que des élus sont à jour de leur côtisation… alors même qu’ils sont décédés, parfois depuis plusieurs années !

Hors champ politique, l’insécurité à Perpignan, en ce temps-là, bat tous les records… et pas uniquement nourrie par “un sentiment”, loin s’en faut ! Par exemple, entre 1995 et 2001, plusieurs disparitions de jeunes femmes sont signalées. Trois d’entr’elles seront d’ailleurs retrouvées assassinées. C’est “l’affaire des Disparues de la Gare”. L’horreur.

En 2005, toujours, suite à un meurtre, éclatent des émeutes intercommunautaires, entre communautés maghrébine et gitane. Ces violences, qui se déroulent en centre-ville (quartiers Saint-Jacques et Saint-Matthieu, jusqu’aux abords de la Dalle Arago), vont durer plusieurs jours et entretenir pendant des mois à un climat délétère chez nombre de Perpignanais.

Cette ambiance insécuritaire ne me convient pas. Mais pas du tout ! Finalement – promis, juré, craché ! -, je fais marche-arrière : je dépose mon Vespa jaune à la fourrière, ou plutôt je m’en débarrasse sur Le Bon Coin, et je rentre à la maison, à Perpignan où j’étais assis en terrasse, où depuis 2020 un nouveau maire, Louis Aliot, grâce à “l’immobilisme désastreux” (sic) de l’Alduyisme, a pu reprendre les choses en main. “Le bonheur n’est pas toujours dans un ciel éternellement bleu, mais dans les choses les plus simples de la vie” (Confucius).

 

L.M.