Perpignan (Elections municipales)/ Lettre Ouverte à Jean-Paul Alduy : “La mémoire politique est parfois bien sélective. L’intolérance vous a rattrapé”
par adminLuc le Mar 6, 2026 • 19 h 45 min Aucun commentaireLettre ouverte à Jean-Paul Alduy
Monsieur l’ancien Maire,
Vous voilà de retour dans le débat public pour vous indigner que plusieurs anciens colistiers de Jean-Marc Pujol, dont certains avaient été auparavant élus à vos côtés, aient choisi de rejoindre la liste de Louis Aliot « Continuons ensemble » . À vous entendre, à vous lire, ces femmes et ces hommes auraient commis une faute politique, voire morale
L’indignation est parfois une posture commode. Encore faut-il qu’elle soit crédible.
Car enfin, voir Jean-Paul Alduy distribuer aujourd’hui des brevets de respectabilité politique à Perpignan relève d’un spectacle assez singulier. Celui qui fut pendant des décennies l’un des plus fins tacticiens — certains diraient le Machiavel de la politique locale — semble soudain vouloir se parer de vertus.
Votre parcours devrait pourtant vous rappeler que votre trajectoire politique est particulièrement tortueuse. Avant de devenir le notable centriste que l’on connaît, vos premiers engagements se situaient du côté de l’extrême gauche trotskiste. Une conversion idéologique qui devrait au minimum vous dissuader de donner des leçons de pureté politique à qui que ce soit.
Votre ascension municipale, elle non plus, n’est pas exactement celle d’un homme parti de rien. Elle doit beaucoup à l’héritage et à la notoriété de votre père, qui régna sur Perpignan pendant plus de trente ans. Dans n’importe quelle démocratie locale, disposer d’un tel capital politique familial constitue un avantage considérable. Là encore, un peu d’humilité ne nuirait pas.
Mais le plus surprenant dans votre indignation actuelle reste sans doute votre amnésie sélective.
Car les Perpignanais n’ont pas oublié l’épisode peu glorieux de l’élection municipale de 2008 et la tristement célèbre « fraude à la chaussette », devenue malgré elle un symbole national des dérives électorales locales. Cette affaire a durablement entaché la sincérité du scrutin et jeté une ombre sur votre réélection.
Et chacun sait qu’à ce moment-là, si Jean-Marc Pujol et ses amis ne s’étaient pas mobilisés corps et âme pour sauver le « soldat Alduy », votre carrière municipale aurait probablement pris fin dans la tourmente.
Ironie de l’histoire : ceux qui ont alors tout fait pour vous maintenir à flot seraient aujourd’hui, selon vous, coupables d’un manquement politique parce qu’ils font un choix différent du vôtre.
Décidément, la mémoire politique est parfois bien sélective. L’intolérance vous a rattrapé.
Mais peut-être est-ce là la marque de fabrique du stratège que vous avez toujours été : manœuvrer, recomposer, utiliser les circonstances et les hommes… puis, une fois retiré des affaires, se poser en arbitre moral de la vie publique.
À Perpignan, beaucoup connaissent ces méthodes. Elles ont longtemps structuré la vie politique locale. Elles expliquent aussi, en partie, pourquoi une nouvelle page s’est ouverte.
Alors, avant de condamner les choix des autres, peut-être serait-il plus sage de regarder avec un peu de lucidité le parcours qui fut le vôtre — ses héritages, ses virages idéologiques et ses épisodes moins glorieux.
Car en politique comme ailleurs, la mémoire finit toujours par rattraper ceux qui pensent pouvoir la réécrire.
Veuillez croire, Monsieur l’ancien Maire, à l’expression d’une vigilance citoyenne que votre propre histoire rend aujourd’hui indispensable”.
Isabelle de Noëll Marchesan, Christine Gonzalez, Bernard Lamothe, Pierre Parrat

