
Composée de 240 logements, la Résidence Bellevue, située au 86 de la rue Paul-Rubens, à Perpignan, n’est plus administrée depuis cinq ans ! Un cas unique dans le département, et certainement bien au-delà , de par son ampleur exceptionnelle, tant au plan social que sur le plan de la gestion, sans oublier le terrain judiciaire. Epuisés, exaspérés, aujourd’hui, les copropriétaires sont à bout de cran et bien décidé à passer à l’action pour attirer l’attention des médias, des pouvoirs publics, “afin de voir le bout du tunnel car nous n’en pouvons plus”. Dans la soirée d’hier, mercredi 22 avril 2026, ils se sont réunis et ont décidé, première étape, d’apposer des banderoles aux entrées de la résidence pour alerter l’opinion et dénoncer les manquements de l’administrateur judiciaire “Qui nous a littéralement abandonnés !”

La Résidence Bellevue a longtemps été administrée, plusieurs décennies durant, par un célèbre syndic de copropriété perpignanais, ayant comme on dit “pignon sur rue”. De nombreuses irrégularités dans la gestion ont à l’époque été dénoncées par les copropriétaires, notamment en 2014 par voie de pétition. Malgré cela, le Syndic en place a contesté la réalité des difficultés financières et a poursuivi sa gestion sans modification. Un courrier avait d’ailleurs été adressé en son temps, très officiellement, à l’ensemble des copropriétaires pour les “rassurer”…
Lors de l’Assemblée Générale (AG) du 19 février 2021, une mise en concurrence avec un autre syndic de copropriété avait été demandé par une partie du Conseil syndical, mais celle-ci n’avait pas abouti : “Malgré les demandes expresses des copropriétaires pour qu’elle soit tenue en présentiel, le syndic historique en place a préféré faire cette AG en distanciel”, regrettent encore amers les copropriétaires, favorisant ainsi, toujours selon eux, “les votes par correspondance, plus facile à contrôler …”.
Finalement, ledit Syndic n’a pas pu se maintenir dans la résidence, mais “les manÅ“uvres dans la gestion des votes” n’ont pas permis à un autre syndic d’être élu. La copropriété se trouvant en carence de syndic, les copropriétaires ont dû saisir le juge du tribunal judiciaire pour nommer un syndic provisoire (par ordonnance du 22 mars 2021).
Cet expert judiciaire près la Cour d’Appel de Montpellier a par la suite mis en évidence plusieurs manquements graves dans un courrier adressé aux copropriétaires en date du 19 avril 2021, notamment : un taux d’impayés supérieur à 36 % et l’utilisation irrégulière du fonds de travaux pour le paiement de charges courantes*. Conclusions de l’expert : “la copropriété est dans une situation financière gravement compromise (…)”.
Comme on pouvait le craindre, s’y attendre : par ordonnance du 20 mai 2021, la copropriété Bellevue allait être placée sous administration judiciaire. Un mandataire-liquidateur est alors nommé pour une durée de vingt-quatre mois…
Depuis, les copropriétaires déplorent en vrac : l’absence d’AG ; l’absence d’action judiciaire à l’encontre de l’ancien syndic malgré les constats accablants de l’expert judiciaire ; aucune communication de la part du mandataire-liquidateur ; aucune explication dans la gestion des charges ; aucune mention des charges locatives récupérables pourtant obligatoire et indispensable aux copropriétaires bailleurs qui sont nombreux dans la résidence.
Le mandataire-liquidateur ayant tous les pouvoirs, “il gère et valide les comptes chaque année tout seul”, déplorent encore les copropriétaires, “allant même jusqu’à supprimer le fonds ALUR au prétexte que ce dernier a atteint le montant du budget prévisionnel mais surtout en occultant le fait que le ravalement doit être réalisé car non fait depuis plus de vingt ans”… Sans oublier : l’annulation de tous les travaux qui avaient été votés en AG “au motif que ces derniers ne sont plus nécessaires ou d’actualité”.
La liste des dysfonctionnements ne s’arrête hélà s pas là , pêle-mêle : manque d’écoute au niveau de la sécurité dans la résidence, négligence dans la gestion quotidienne lors de dégâts des eaux, difficultés pour la vente des appartements de part l’état de la résidence et, surtout, le fait qu’elle soit sous administration provisoire, ce qui complique la récupération des charges impayées.
–“Nous sommes devenus invisibles, nous sommes abandonnés, incompris… Dos aux murs de notre résidence, nous n’avons plus d’autre choix désormais que de nous faire entendre haut et fort, et pour cela nous sommes bien décidés à secouer le cocotier pour provoquer le changement qui nous est dû. Nous sommes des gens respectueux, honnêtes, mais aujourd’hui notre patience montre ses limites !”.
Les copropriétaires ont fait appel à Me Bruno Fita, avocat à Perpignan, “pour saisir la justice et alerter le Président du Tribunal Judiciaire”. Leur demande étant d’obtenir la convocation d’une Assemblée Générale avec la nomination d’un syndic professionnel afin de pouvoir enfin reprendre le contrôle de leur résidence.
L.M.
*Au 09/04/2021, le solde des copropriétaires débiteurs s’élève à la somme de 172 463,88€ pour un budget prévisionnel de 495 770,00€, soit encore 34,78% d’impayés. Le montant des factures impayées, toujours au 09/04/2021, s’élève à la somme de 99 797,17€…

