Chaque année, le Frac Occitanie Montpellier prête des centaines d’oeuvres de sa collection réparties dans une trentaine d’expositions organisées en collaboration avec d’autres structures.
Et pourtant, certaines sortent très peu de leurs réserves car rarement empruntées. Il y a de multiples raisons à ça. Parfois, le montage ou le transport s’avèrent trop complexes ou trop coûteux, rendant difficile le prêt. D’autres fois, l’oeuvre est fragile : les matériaux sont sensibles à la lumière, aux conditions thermiques et variations de température ou d’humidité. Dans certains cas, c’est le manque de documentation sur l’oeuvre et sur l’artiste qui limite les possibilités de présentation. L’oeuvre a pu être endommagée, pas restaurée, faute de moyens ou de temps. Parfois aussi une oeuvre est si singulière qu’elle n’appartient à aucune des thématiques qui construisent souvent les expositions. Elle est un objet si déroutant qu’on a du mal à s’en emparer…
Il y a aussi les effets de mode : une oeuvre acquise sous un jour médiatique sans lendemain. Et puis les artistes peuvent disparaître, entraînant dans leur absence la mémoire de leurs travaux.
Plusieurs des artistes présent·es dans l’exposition bénéficient pourtant d’une certaine reconnaissance, mais leurs productions s’avèrent tout de même peu montrées.
De fait, le titre de l’exposition renvoie non pas à des artistes, mais à des oeuvres.
Enfin, il est important de savoir que la plupart des lieux partenaires du Frac sont des lycées, collèges, universités, musées et centres d’art régionaux, lieux patrimoniaux, salles communales, associations, établissements de santé, foyers sociaux ou ruraux… Dans leurs murs, on n’expose pas des artistes parce qu’ils ou elles sont
reconnu·es. Les choix faits par les partenaires et les équipes du Frac répondent d’abord à des objectifs de transmission et de sensibilisation à l’art. Les noms et les renommées qui leur sont généralement associées sont secondaires.
Il faudrait donc des heures et des jours, organiser un colloque entier ou écrire un ouvrage collectif sur le sujet pour donner du sens à ces « oubliées », comme il est impossible de donner des réponses sous le seul angle de la sociologie de l’art, des sensibilités et des courants esthétiques ou de l’esprit du temps.
En attendant que des chercheuses ou chercheurs se penchent sur le sujet, il s’agit aujourd’hui de mettre en valeur ces oeuvres qui étaient peut-être invisibles mais non pas enterrées ! Certaines ne sont jamais sorties des réserves, d’autres une ou deux fois, d’autres encore ont été exposées une demi-douzaine de fois*. Mais dans l’ensemble, leur prêt sur plusieurs décennies s’avère discret.
Le but de l’exposition n’est pas non plus d’en faire des chefs-d’oeuvre cachés, des trésors ressortis des limbes de l’Histoire de l’art. Aucun cynisme, aucune ironie, aucune (fausse) gloire de la redécouverte. Notre seul objectif est de leur rendre hommage en tentant de construire une exposition sous l’égide malicieuse des salons académiques
du XIXe siècle qui révélaient les artistes, une exposition qui tienne la route malgré les disparités stylistiques, avec une vingtaine d’artistes d’origines et de parcours différents, créant un joyeux mélange de créations élaboré sans subjectivité, et qui se donnent rendez-vous à Perpignan, au centre d’art àcentmètresducentredumonde, dans l’ombre discrète de l’écrivain catalan et espagnol Enrique Vila-Matas, auteur de romans dont les récits se construisent souvent autour de rencontres hasardeuses et de concours de circonstances improbables.
Texte et commissariat : Céline Mélissent et Éric Mangion, avec la complicité de l’équipe du centre d’art d’àcentmètresducentredumonde
Avec les artistes :
Tjeerd Alkema (Pays-Bas), Jacques Bruel (France), Gabriele Di Matteo (Italie),
Bert Duponstoq (Pays-Bas), Annika Eriksson (Suède), Emmanuelle Étienne (France),
Seamus Farrel (Royaume-Uni), Brion Gysin (Royaume-Uni), Ross Hansen (Royaume-
Uni), Masanao Hirayama (Japon), Konstantin Kakanias (Grèce), Jean Le Gac (France),
Ulrich Meister (Suisse), Chantal Mélia & François Loriot (France), Sylvie Nayral
(France), David Renaud (France), Samuel Richardot (France), Dario Robleto (États-
Unis), Denis Roche (France), Joe Scanlan (États-Unis) et Éric Watier (France).
* Informations issues de la base de données nationale
Gcoll2 qui concentre toutes les informations sur les
collections publiques modernes et contemporaines
françaises.