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Tribune Libre/ Christian Munos : « Argelès sur Mer – Gouverner ne suffit pas, encore faut-il incarner »

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Réflexion citoyenne sur l’incarnation du pouvoir municipal, sept mois après l’alternance

 

-Il est des absences qui ne se remarquent pas immédiatement. Elles s’installent doucement, sans bruit, jusqu’au jour où l’on prend conscience que quelque chose manque. Non pas nécessairement une personne, mais une présence. Non pas des paroles, mais une voix. Non pas des décisions, mais une direction.

À Argelès-sur-Mer, quelques mois après l’alternance municipale, cette impression mérite au moins d’être interrogée. Car une ville ne se gouverne pas seulement. Elle s’incarne.

L’élection de Julie Sanz a ouvert une nouvelle page de la vie municipale. Toute alternance porte en elle une promesse : celle d’une autre manière de faire, d’autres priorités, parfois d’un rapport renouvelé entre les élus et les habitants.

Personne ne saurait raisonnablement exiger d’une nouvelle maire qu’elle reproduise la personnalité de son prédécesseur.

Antoine Parra* avait un tempérament affirmé, parfois bruyant, volontiers démonstratif. On pouvait contester ses choix, ses méthodes ou son omniprésence. Mais une chose était difficile à lui dénier : il donnait à sa fonction une visibilité, une énergie, une incarnation immédiatement perceptibles.

Julie Sanz a parfaitement le droit de choisir un autre registre. Plus discret, plus collectif, plus apaisé peut-être. La sobriété peut être une vertu politique, particulièrement dans une époque saturée de communication et de postures. Mais il existe une différence essentielle entre la discrétion et l’effacement.

Le maire n’est pas seulement le responsable d’une administration communale. Il est aussi celui qui donne un visage à une ambition collective, qui explique les choix, accompagne les changements, assume les arbitrages et, parfois, trouve les mots qui rassemblent.

L’incarnation ne se mesure ni au nombre de photographies publiées ni à la fréquence des discours. Elle se reconnaît à quelque chose de plus subtil : la capacité à faire sentir aux habitants qu’une volonté existe, qu’un cap se dessine et que quelqu’un en assume la responsabilité. Or, à Argelès, cette présence politique demeure, à mes yeux, difficile à percevoir.

Ce constat n’est pas un jugement définitif sur une mandature qui commence. Il n’est pas davantage une mise en cause personnelle. Il exprime une interrogation sur la relation qui s’établit entre une nouvelle équipe municipale et la communauté humaine dont elle a désormais la charge.

L’annonce de l’arrêt du projet théâtral Classique en août, rapportée récemment par le groupe municipal minoritaire, illustre à sa manière cette interrogation. Les raisons de cette décision restent à éclaircir. Mais au-delà de son bien-fondé éventuel, une question demeure : quelle place la nouvelle municipalité entend-elle donner à la culture, et comment souhaite-t-elle rendre ses choix compréhensibles ?

Une politique publique ne prend véritablement sens que lorsqu’elle s’inscrit dans une intention lisible. Cette exigence dépasse pourtant largement le cadre de notre commune.

Dans un monde où les crises se succèdent, où les conflits inquiètent et où les incertitudes nationales pèsent sur les esprits, la ville demeure l’un des rares espaces où la vie publique peut encore se vivre à hauteur d’homme.

On y connaît les rues, les visages, les inquiétudes et les espérances. On peut y mesurer concrètement les conséquences d’une décision. On peut encore espérer rencontrer celle ou celui qui la prend.

C’est pourquoi la fonction de maire conserve une dimension profondément humaine. Elle ne consiste pas seulement à administrer le présent, mais aussi à entretenir cette confiance fragile qui permet à une communauté de se projeter dans l’avenir. Un maire ne peut évidemment pas apaiser les désordres du monde. Mais il peut contribuer à faire de sa commune un lieu de stabilité, de proximité et de confiance. Et cela suppose une présence. Non pas une présence envahissante, théâtrale ou autoritaire. Une présence attentive, identifiable, capable de donner du sens à l’action collective.

Quelques mois ne suffisent pas pour juger une politique municipale. Ils suffisent néanmoins pour commencer à percevoir une manière d’exercer le pouvoir, une volonté de dialogue et une certaine idée de la ville que l’on souhaite construire.

Julie Sanz dispose encore de tout le temps nécessaire pour donner à son mandat cette dimension. Mais l’attente existe, et elle mérite d’être entendue.

Car les habitants n’attendent pas nécessairement de leur maire qu’elle parle davantage, qu’elle se montre partout ou qu’elle occupe toute la scène.

Ils attendent de pouvoir reconnaître, derrière les décisions et les silences, une intention qui les concerne et une présence qui les accompagne.

Incarner une ville, ce n’est pas occuper toute la lumière. C’est faire en sorte que ses habitants ne se sentent pas dans l’ombre.

 

Christian Munos

*NDLR.- Antoine Parra, ex-PS, maire d’Argelès-sur-Mer de 2016 à mars 2026.