Depuis quelque temps, je vois des images de forces de l’ordre épuisées, confrontées à des situations d’une violence exceptionnelle. Les bilans cumulés font désormais état de plus de 2 000 blessés parmi les policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers et autres personnels mobilisés pour protéger la population. Derrière ce nombre se cachent autant de destins, de souffrances et d’inquiétudes pour leurs proches
Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur notre devoir de citoyens envers ceux qui assurent la sécurité publique. Lorsqu’un pompier, un gendarme ou un policier passe parfois des heures, voire des journées entières en intervention, sous les projectiles, la fatigue, le stress , les encouragements sont précieux, mais ils ne suffisent pas toujours. Comme cela a été observé lors des grands incendies de Gironde, où des habitants avaient spontanément apporté de l’eau, des boissons, de la nourriture et des messages de soutien aux personnels mobilisés, je me demande si des élans similaires de solidarité ne pourraient pas être organisés lorsque les circonstances l’autorisent. Une bouteille d’eau, un repas, un café chaud, un mot d’encouragement ou un simple remerciement peuvent rappeler à ces femmes et à ces hommes que la population reconnaît les efforts et les sacrifices qu’ils consentent pour protéger les autres. Derrière chaque uniforme se trouve un être humain qui a parfois besoin, lui aussi, de sentir la solidarité nationale.
Je m’interroge également sur la solidarité européenne face à des situations exceptionnelles. Lorsque l’un des pays du continent traverse une crise majeure, ses voisins ne peuvent rester totalement indifférents. Deux axes de coopération pourraient être renforcés. Le premier consisterait à développer davantage les mécanismes d’assistance entre forces de sécurité européennes, afin d’apporter un soutien logistique, technique, matériel ou humain lorsque les effectifs nationaux sont soumis à une pression exceptionnelle. Le second serait d’étudier des solutions communes permettant d’éviter la saturation des infrastructures pénitentiaires et judiciaires, afin que les décisions de justice puissent être appliquées dans des conditions dignes et efficaces. L’objectif ne serait pas de contourner les lois nationales, mais d’assurer que l’État de droit conserve les moyens de fonctionner même dans les périodes les plus tendues.
Lorsqu’un commerce est pillé ou incendié, ce sont souvent des années de travail qui disparaissent en quelques heures. Lorsqu’une mairie est attaquée, c’est un symbole de la République et du service rendu à la population qui est visé. Certaines ont subi des dégradations considérables. Le cas de la mairie de Limoges a particulièrement marqué les esprits : selon les informations diffusées, l’incendie a été d’une telle ampleur que le bâtiment a été presque entièrement détruit, ne laissant pratiquement subsister que sa façade. Lorsqu’une personne âgée ou vulnérable devient victime d’agressions ou de vols, c’est le sentiment même de sécurité qui recule. Ce ne sont plus seulement des bâtiments qui sont touchés, mais la confiance qui permet à une société de vivre en paix.
Je ne peux m’empêcher de penser que l’on devrait également s’attaquer à ceux qui profitent des pillages. Derrière chaque objet volé se trouve souvent un commerçant ruiné, une famille ou une collectivité victime. Lorsque des biens issus de pillages sont proposés à la revente sur les réseaux sociaux ou d’autres plateformes, tout devrait être mis en œuvre pour identifier les auteurs, les interpeller et les présenter rapidement à la justice dans le respect du droit. La fermeté n’est pas incompatible avec l’État de droit ; elle en est même l’une des conditions.
Mais au-delà des questions de sécurité, c’est surtout une réflexion humaine qui m’habite. Chaque blessé, qu’il soit membre des forces de l’ordre, sapeur-pompier, personnel de l’Éducation nationale ou simple citoyen, représente une souffrance réelle pour lui-même, pour sa famille et pour ses proches. Une démocratie ne peut sortir grandie d’une crise que si elle retrouve le chemin de l’apaisement, du respect mutuel et de la responsabilité.
Je refuse de considérer la violence comme une fatalité. Une société tient avant tout par les liens de confiance qui unissent ses habitants. Lorsque ceux qui protègent la collectivité sont blessés par milliers, ce n’est pas seulement une institution qui est atteinte, c’est une partie du pacte social qui est fragilisée.
Chacun devrait s’interroger sur ce qu’il peut faire, à son niveau, pour préserver la paix civile et la cohésion nationale. Soutenir les forces de l’ordre, les pompiers, les élus locaux, les personnels publics et toutes les victimes de ces violences n’est pas une question de politique, mais d’humanité.
Car lorsqu’une société en arrive à voir ses commerces pillés, ses bâtiments publics incendiés, ses agents agressés et ses citoyens vivre dans la peur, c’est l’ensemble de la communauté nationale qui est blessée. Le retour à l’ordre, à la justice et au respect mutuel n’est pas seulement une nécessité pour les institutions ; c’est une condition essentielle pour préserver la paix civile et éviter que les fractures ne deviennent irréversibles.
Jean-Luc Curutchet
