
La cantinière du Royal Roussillon
Du cœur du Roussillon aux forêts de Nouvelle-France, l’histoire réserve parfois des trajectoires fulgurantes. Le 13 septembre 1759, sur les hauteurs de Québec, les soldats du régiment Royal-Roussillon se tiennent au centre de la ligne de bataille française lors du tragique affrontement des plaines d’Abraham. Pourtant, une grande partie de l’esprit de ce corps d’élite est née bien loin du Saint-Laurent, dans les ruelles fortifiées et les campagnes verdoyantes de la plaine d’Illibéris

Un ancrage roussillonnais façonné sous le Grand Roi
L’aventure commence le 25 mai 1657. Le cardinal Mazarin crée le Régiment Catalans-Mazarin en Roussillon et Conflent, peu avant que le traité des Pyrénées (1659) ne rattache définitivement la province au royaume de France. En 1667, la troupe prend le nom officiel de Royal-Roussillon. Sous l’Ancien Régime, l’appellation d’un régiment reflète son propriétaire, son rang ou son ancrage territorial : on privilégie alors le nom de la nouvelle province française, « Roussillon », au terme plus vaste de « Catalan ».
Pendant plus d’un siècle, le régiment conserve cet ancrage local. À cette époque, l’armée ne dispose pas de casernes modernes dans chaque localité. Pour leurs quartiers d’hiver, les compagnies du Royal-Roussillon s’installent, entre autres garnisons, régulièrement à Elne. La cité a certes perdu son statut d’antan au profit de Perpignan, mais sa position surélevée au-dessus du Réart conserve une vraie valeur défensive. Les soldats sont logés chez l’habitant ou occupent les vastes bâtiments du plateau épiscopal pour regrouper le matériel. Depuis les remparts de la haute ville, ils surveillent les accès vers Collioure et la frontière pyrénéenne.
L’épopée de la Nouvelle-France
Après s’être illustré sur les champs de bataille européens sous Louis XV, le premier bataillon du régiment franchit l’Atlantique à bord des navires Le Sauvage et Le Léopard ; environ cinq cents soldats et officiers du 1ᵉʳ bataillon mettent le cap sur le Canada, placés sous le commandement du marquis de Montcalm.
Le 13 septembre 1759, le régiment entre dans l’Histoire lors de la bataille des plaines d’Abraham à Québec. Postés au centre du dispositif français, ces hommes, dont beaucoup sont nés ou ont été formés en Roussillon, font face à l’armée britannique. Malgré la défaite et le destin tragique de la Nouvelle-France, le courage du bataillon marque les esprits.
Aujourd’hui encore, la mémoire du Royal-Roussillon reste vivace de l’autre côté de l’Atlantique. Une municipalité régionale de comté au Québec porte le nom de Roussillon, et plusieurs voies de la belle province rappellent le souvenir de ces soldats catalans partis combattre aux confins du monde connu.


Au feu !
