Auteur majeur de la littérature turque et mondiale, plusieurs fois nominé pour le prix Nobel, Yachar Kemal vient de s’étiendre éteint à l’âge de 92 ans. Il était venu à Perpignan recevoir le Prix Méditerranée étranger 1996.

 

Une foule immense s’est déplacée à Istanbul pour les obsèques de Yachar Kemal,  l’’auteur de quelques quarante romans largement traduits dans le monde, dont son premier ouvrage Mèmed le mince, publié en 1955 en Turquie et très vite traduit à l’’étranger. Ses trois trilogies – Au-delà des montagnes, Les Seigneurs de l’’Aktchasaz et Salman le solitaire – resteront comme des livres de références, profondément inscrits dans l’’histoire et la culture Anatolienne.

Commandeur de la Légion d’honneur, Yachar Kemal avait été fait chevalier de l’’ordre par le président François Mitterrand. En France, ce sont les éditions Bleu autour qui ont publié en 2011, son dernier livre, Pêcheur d’’éponges.
Malgré les ans et son œil aveugle, Yachar Kemal a presque jusqu’’au bout continué d’’écrire au crayon sur des grandes feuilles blanches ce qui devait être son autobiographie. Mort à 92 ans, ce descendant d’’antiques seigneurs kurdes, de fameux bandits et de poètes errants voulait témoigner d’’une longue vie de combats et d’engagements. «Je suis un trouillard et je déteste les héros, mais comme beaucoup d’’hommes je ne peux m’’empêcher de courir au-devant de ma peur», aimait à rappeler le grand écrivain turc, longtemps le seul connu à l’’étranger, qui reçu en 1996 le Prix Méditerranée étranger pour «La voix du sang» (Gallimard). Un prix qu’il était venu recevoir à Perpignan lors d’une cérémonie inoubliable à l’hôtel Pams de Perpignan. 

Yachar Kemal  fut pressenti plusieurs fois pour le prix Nobel dont le premier lauréat turc fut Orhan Pamuk en 2006, auteur de talent dont les œoeuvres n’’ont ni la puissance, ni la résonance de celles de son devancier. Yachar Kemal était d’’abord un extraordinaire raconteur d’’histoires dans une langue frisante fécondée par le parler populaire. Ses longues errances et ses multiples métiers lui ont fait connaître les hommes autant que la nature. Dans Memed, il narrait une Turquie agraire, aux montagnes toujours peuplées d’’aigles et de loups. Il vit les changements, le basculement vers l’ère industrielle. «J’’étais le témoin d’une tragédie», répétait volontiers le romancier qui fut un écologiste de la première heure, soulignant que les aghas de sa jeunesse sont aujourd’’hui devenus patrons d’’usines ou de holdings. Sa dernière grande saga, Et l’’Euphrate charriait le sang, se passe au moment de l’’effondrement de l’’empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale. Orhan Pamuk, qui a reçu, le Prix Méditerranée étranger en 2006 puis le prix Nobel la même année, lui avait succédé au palmarès des écrivains turcs qui ont reçu le Prix Méditerranée avec Nedim Gürsel en 2013 . Combattant de la liberté, monument de la littérature, Yachar Kemal disait ceci comme un trait de profonde modestie et un message littéraire : « Je n’’écris pas sur des problèmes, je n’’écris pas pour un public, je n’’écris pas pour moi-même, j’’écris, c’’est tout. »