
Pont détruit entre les communes d’Elne et de Palau-del-Vidre
Alors que la commune procède à l’actualisation de son plan de sauvegarde communale sous le pilotage du général Gilles Glin, délégué à la résilience municipale, une catastrophe naturelle revient à l’esprit. Entre le 16 et le 18 octobre 1940, alors que la France venait de basculer dans les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, le Roussillon tout entier retiendrait son souffle face à l’une des pires catastrophes naturelles de son histoire : l’Aiguat

Relevage de la locomotive en octobre 1940

Pont, côté Palau-del-Vidre, en amont du pont
À Elne, au rythme de la crue d’un Tech déchaîné, le drame s’est écrit dans le fracas des eaux. Valérie Gillot, directrice des services techniques de la ville d’Elne, avait rédigé en 1997 une pertinente étude interne sur les crues à Elne et les conséquences de la chute du pont dans l’ampleur de l’inondation pour la cité illibérienne.
Un épisode cévenol d’une violence inouïe s’abattit sur les sommets et les vallées des Pyrénées-Orientales. En quelques heures, des trombes d’eau se déversèrent sur le bassin versant, transformant les paisibles rivières en monstres bruns. Le Tech, artère nourricière de notre plaine du Roussillon, se mua en torrent furieux, charriant troncs d’arbres, boue et vestiges arrimés aux rives.
Le pont ferroviaire emporté entre Elne et Palau del Vidre
À Elne, la menace se concrétisa avec fracas au niveau de la voie ferrée. Sous la pression phénoménale de l’eau et des débris, le pont de chemin de fer enjambant le Tech, reliant notre commune à Palau-del-Vidre, céda et s’effondra.
Mais le drame le plus terrible de cette journée reste lié à ce pont brisé. Voulant évaluer la résistance et l’état des infrastructures endommagées après la première crue, une locomotive 230 A 1412 fut dépêchée sur les voies. Un ordre lourd de conséquences : sous le poids de la machine et la déstabilisation soudaine des berges et des piliers sapés par le courant, le pont céda à nouveau. La locomotive bascula dans le vide et sombra dans les eaux tumultueuses du Tech et forma un formidable embâcle qui accentua la submersion des terres agricoles (CF. étude de Valérie Gillot).
À son bord, cinq cheminots disparaissaient dans les remous, emportés pour ne plus jamais revoir la terre ferme. Un drame absolu pour la grande famille des gens du rail et pour toute la région.
Une plaine sous tension
Plus bas, vers la plaine et les abords de la basse vallée, l’eau envahissait les terres agricoles. Cette catastrophe frappa une population déjà meurtrie et déplacée : la région, saturée de camps d’internement pour les réfugiés de la Retirade espagnole, subissait de plein fouet les inondations, alourdissant un bilan humain et sanitaire déjà dramatique.
Se souvenir pour comprendre
Aujourd’hui, l’Aiguat de 1940 demeure la crue de référence absolue sur le bassin du Tech. S’il a dicté par la suite la mise en place de politiques d’endiguement et de prévention, il ne faut jamais oublier le tribut payé par notre territoire. Le plan de sauvegarde communal et le document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM) de la commune d’Elne tiennent compte des leçons apprises alors.
En ce mois d’octobre, alors que les feuilles jaunissent sur les terrasses d’Elne, ayons une pensée pour ces cinq cheminots engloutis au niveau du pont du Tech, et pour tous ces anonymes emportés par la colère des éléments.
Une cicatrice d’encre et d’eau gravée à jamais dans la mémoire collective roussillonnaise.

Valérie Gillot et le Général Gilles Glin

