
Les Garrotxes, un coin magique du Conflent
Nous en sommes toujours là : la fusion humains / nature, n’est pas pour demain ! Lescomportements irresponsables et dénués de fondement de certains, au nom de la cupidité, sont écœurants et dangereux
Nous sommes dans les Pyrénées-Orientales, plus exactement dans les Garrotxes, un coin magique du Conflent. Notre région est de plus en plus impactée par le réchauffement climatique, et cela ne va pas aller en s’arrangeant, on le sait, et, qu’on le veuille ou non, ces changements doivent modifier nos comportements et nos vues à très court terme. Ils se feront, de gré ou de force, au risque de nous perdre.
Ce dont je suis moins persuadé, c’est la sagesse et le bon sens des responsabilités de certaines personnes qui se croient au-dessus des lois et de « la vie » en général, d’une grande partie des populations. Cette lettre s’adresse en priorité à ces individus sans morale ni scrupules, dont la triste vie est basée sur le paraître et l’argent, sans aucune empathie pour le vivant…
Ne rêvons pas, nos petits et moyens cours d’eau sont condamnés à se tarir plus tôt que prévu par manque de précipitations. Déjà, nous commençons à en voir les effets sur l’Agly et le Réart, et le versant droit de la Têt a atteint, depuis le printemps 2019, des niveaux d’alerte renforcés en raison de recharges insuffisantes. La sécheresse s’étend d’année en année, de façon préoccupante, sur une
large part de notre territoire. Sauf exception, la neige tombe de plus en plus tard et en bien moindre
quantité et qualité.
Mais il existe dans le Conflent, en plein cœur du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes, un mignon petit village ; Oreilla, perché à 850 m d’altitude dans les Garrotxes, il compte moins de 30 habitants à l’année et quelques résidences secondaires.
Un canal historique (plus de 250 ans) de 8 km de long le dessert en eau d’irrigation pour les cultures et complète sa source d’eau potable. Ce canal a sa « resclose » (prise d’eau) sur le Cabrils, petite rivière indolente, rêveuse et sauvage, où nagent en toute quiétude la truite fario, la loutre d’Europe, le desman des Pyrénées, ainsi que des multitudes d’insectes volants et aquatiques. Toutes sortes d’ongulés, de carnassiers, de sangliers vont se désaltérer dans ses eaux claires et fraîches. Le Cabrils prend sa source à l’ouest du pic de la Pelade, à 2 215 m d’altitude, sur la commune de Sansa. Il étend ses méandres langoureux sur approximativement 19 km avant de rejoindre la Têt à Olette.
Sur cette jolie rivière, il est prévu de construire une « micro-centrale hydroélectrique» (ce sont les nouveaux termes trouvés par le maître d’œuvre après deux refus par arrêté Préfectoral, en 2018, et 2022 ).
Notons au passage, que le Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes n’a pas été consulté par les services de l’État pour ces deux dépôts de dossiers, de 2018 et 2022, c’est légal ça ?…
La MRAe ( Mission Régionale d’Autorité environnementale ) a constaté, comme dans son premier avis en date du 19 septembre 2019, je cite ; « un nombre conséquent d’insuffisances, (onze en tout, rien que cela !!) elle recommande de compléter l’étude d’impact, sur la forme et sur le fond ». Cela veux dire en clair que ce dossier n’est pas complet, il manque de logique, et d’objectivité, ne prend pas en compte onze études d’impacts … ( débits, artificialisation des berges, conditions de reproduction, cartographie des zones de travaux, étude paysagère, bilan carbone du projet, impacts des rotations d’hélicoptère sur la faune, etc, etc. Bref, après lecture du projet, il semblerait que ce soit un élève de CM2 qui ai été embauché pour l’écriture et la mise en place de l’étude de ce programme…
Le projet global ? Pas grand-chose en somme ! On veut simplement utiliser la prise d’eau du canal, l’élargir, c’est-à-dire décaisser le lit et les rives à la pelle mécanique, puis enterrer une conduite sur plus de 8 km pour alimenter une centrale hydroélectrique entre 3,4 et 7,7 GWh/an. (A l’heure actuelle, la capacité de production, n’est pas clairement établie, allant du simple au double !) Et assurer par la même occasion l’alimentation en eau potable du village d’Oreilla (pour rappel, moins de 30 habitants à l’année).
Nous constatons que des alternatives existent pour cette alimentation, on pourrait par exemple :
1. Canaliser une source qui se trouve à quelques encablures, au-dessus du village .
2. Installer un tuyau Plymouth de la prise d’eau jusqu’au village en se servant du canal comme
récepteur.
Les moyens choisis pour l’alimentation du village semblent disproportionnés, par rapport à la demande, en plus de nuire gravement à l’environnement. Comme sont disproportionnés les travaux pour finalement une « micro-centrale » qui fournira péniblement les jours de gros débit de la rivière, quelques misérables KWA.
Des pipe-lines en acier d’un mètre de diamètre seront posés directement sur le canal existant et seront acheminés par hélicoptère, soudés sur place avec les très gros risques d’incendie que cela comportera du fait de la température des soudures à l’arc, entre 3200°C et 4500°C, (6000°C si c’est des soudures au plasma).
Ces travaux pharaoniques nécessiteront l’emploi de camions, de pelles mécaniques, de sacs de ciments, de sable et de gravier, de plaques et de poutrelles d’aciers qui seront découpées à la meuleuse (production de gerbes d’étincelles pendant le découpage = risques élevés d’incendies), d’hélicoptères pour le transport aérien . Ce méga-chantier va durer plus de 2 ans, avec les nuisances que cela va induire pour la faune terrestre et aérienne . Il impliquera aussi des coupes d’arbres, la destruction irréversible de biotopes pour la faune de cette jolie vallée, où se prélasse au soleil le lézard ocellé (espèce protégée) des terrassements pour nivellement, l’arasement de falaises, la construction d’une piste pour accéder au chantier, etc.
Nous pourrions ajouter à cela le brouhaha sonores des noria de camions, avec les dangers inhérent de circulation sur une route étroite et sinueuse, très fréquentée aux beaux jours par des promeneurs en tous genres (cyclistes, motards, promeneurs en voiture, randonneurs).
Une grande partie de la rive gauche de cette magnifique vallée du Cabrils sera défigurée à jamais.
En outre, les prélèvements d’eau dans cette rivière pourraient passer de 80 l/s (droit d’eau historique du canal) à 700 l/s, soit une augmentation de 560 %.… On est en droit de se poser la question : combien de temps la rivière ( et ses occupants ) pourra-t-elle survivre avec un tel débit ?
En effet, ces prélèvements astronomiques priveront presque la moitié de la rivière d’une quantité d’eau énorme et vitale pour son bon fonctionnement hydrologique, de la prise d’eau au relâchement au niveau de l’usine hydroélectrique.
Il y a aussi dans ce cours d’eau, la présence d’une des espèces les plus emblématiques du monde aquatique. Le desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus), est avérée dans le Cabrils. Il est protégé et classé « en danger ». Sa présence dans le Cabrils doit susciter bien des questions sur sa préservation ou non, et sur la nécessité d’un projet aussi inutile que destructeur.
Particulièrement sensible aux modifications du débit des cours d’eau, cette espèce est protégée à l’échelon national et européen, elle est inscrite aux annexes II et IV de la Directive Habitats, ainsi qu’à l’annexe II de la Convention de Berne. La destruction ou la dégradation de ses habitats de reproduction et de repos est interdite par la réglementation française.
Son statut de conservation « Vulnérable » impose au maître d’ouvrage une obligation forte dans la démonstration de l’absence d’impact significatif du projet sur l’espèce et ses habitats.
Le desman et ses habitats sont également protégés au titre de l’article L.411-1 du Code de l’environnement par l’arrêté du 23 avril 2007. Cet arrêté interdit ; « la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des desmans des Pyrénées dans leur milieu naturel. Il interdit également de détruire, altérer ou dégrader ses sites de reproduction ou ses aires de repos, utilisés ou utilisables, et nécessaires au bon accomplissement de ses cycles biologiques ». Donc, acte.
Si ce projet venait a se réaliser, ce serait une véritable catastrophe écologique, pour les Garrotxes en particulier et la biodiversité en général. Je suis sûr aussi qu’il y aura aussi un tollé général de toutes les Réserves du Département qui vont crier leurs désaccord. En effet, comment comprendre, à l’heure où la nature nous crie au secours, que l’être humain soit encore capable d’aller à l’encontre de son bon sens ! Nous ne pouvons accepter de telles aberrations climatiques, et je crie moi aussi au secours…
André Cazeilles
*Sources :
– PNR Catalane
– Fédération de pêche 66
– Défi écologique
– D.R.E.A.L Occitanie (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement d’Occitanie
