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Tribune Libre/ Jean-Luc Curutchet : « Le séquoia, un allié inattendu pour protéger nos enfants de la pollution et du réchauffement climatique »

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Dans nos communes, on pense souvent que les stations d’épuration règlent tout. L’eau ressort claire, les odeurs disparaissent, les chiffres semblent rassurants. Pourtant, derrière cette apparence de propreté, une autre réalité se cache : celle des micropolluants, ces molécules minuscules que les analyses classiques ne voient pas

 

Les stations d’épuration ont été conçues pour une pollution ancienne, faite de matières visibles. Mais aujourd’hui, nos eaux transportent des substances beaucoup plus fines : pesticides, résidus de médicaments, produits industriels, métaux lourds, perturbateurs hormonaux. Quand un rapport indique “non détecté”, cela ne signifie pas “absent”, mais simplement “invisible pour l’appareil”.

Ces molécules passent donc à travers les installations. Une partie se retrouve dans l’eau rejetée dans la rivière. L’autre partie se concentre dans les boues, souvent mélangées au compost vert et présentées comme un engrais, alors que les légumes y absorbent les polluants et les concentrent.

Les analyses montrent qu’elles contiennent du plomb, du cadmium, du mercure, des résidus de pesticides, des polluants persistants et parfois des traces de dioxines. Ces substances s’accumulent dans les sols, passent dans les légumes, et reviennent dans nos assiettes. Les enfants sont les plus sensibles : une exposition régulière, même faible, peut jouer sur le développement, l’attention, l’irritabilité et le quotient intellectuel.

Le mercure, par exemple, a déjà provoqué une catastrophe mondiale : Minamata, au Japon. Pendant des années, une usine a rejeté du mercure dans la mer. Les poissons l’ont accumulé, les habitants l’ont mangé, et les enfants sont nés avec des atteintes neurologiques graves. Minamata est devenu le symbole de ce que peut provoquer un polluant invisible lorsqu’il entre dans la chaîne alimentaire.

Aujourd’hui, les micropolluants issus de nos stations suivent le même chemin : ils finissent en mer. Les rivières les transportent, les courants les dispersent, et la vie marine les concentre. Les poissons, les crustacés, les huîtres et les coquillages accumulent ces substances au fil du temps. Certains polluants agissent même comme des hormones : dans plusieurs régions du monde, on observe des poissons mâles qui développent des caractéristiques femelles ou dont la fertilité s’effondre. Ce sont les effets des résidus d’œstrogènes, de médicaments ou de plastifiants qui passent dans les eaux usées.

Quand les boues ne sont pas épandues, elles sont parfois brûlées. On pourrait croire que le feu règle le problème. Mais les métaux lourds ne disparaissent pas : ils se dispersent dans l’air sous forme de particules fines, puis retombent sur les sols, les jardins, les maisons. Les cendres restent toxiques. On déplace la pollution, on ne l’élimine pas.

Alors une question simple se pose : que faire de ces boues, si elles polluent les sols, les légumes, l’air, les rivières et la mer ?

C’est là qu’une solution naturelle apparaît : les emprisonner dans des séquoias, des arbres capables de stocker durablement les métaux lourds dans leur bois sans les relâcher. En grandissant, ils absorbent aussi des quantités de CO₂ exceptionnelles, offrant une double protection : contre la pollution invisible et contre le réchauffement climatique. Certains séquoias, comme le Sherman Tree en Californie, haut de 84 mètres et âgé d’environ 2 200 ans, stockent près de 1 500 tonnes de CO₂,

Ce constat nous pousse à agir autrement, à dépasser nos habitudes, et à imaginer des solutions nouvelles pour protéger nos rivières, nos sols, nos habitants… et la mer, qui finit toujours par tout recevoir.

Jean-Luc Curutchet