A Collioure, ça se passe souvent comme ça : vous poussez la porte d’un troquet, vous vous installez en terrasse d’un resto, face à la baie ou sur une place, vous filez à l’anglaise à l’ombre du clocher, vous passez sous un échafaudage, vous léchez la vitrine d’un glacier, vous allez acheter une viennoiserie ou des anchois, vous pestez devant un horodateur « no comprendo », vous bayez aux corneilles sur le pont du Douy pile-poil face au Château royal, vous siestez sur le glacis… et tutti quanti… il y aura toujours un personnage de passage, mais du coin, qui défilera sous vos yeux, sans tambour ni trompette et pourtant à coup sûr membre de la fanfare locale, de près ou de (très) loin. Une rencontre attachante qui fait qu’à Collioure, même étranger, vous n’êtes jamais seul trop longtemps

 

Tenez, un exemple, au hasard : prenez Michel Ramio, 65 ans, dit « Tic-Tac », parce que à Collioure, tout citoyen se doit d’obtenir un surnom, un pseudonyme, un diminutif, dès sa naissance, ou presque, pour être authentiquement (re)qualifié de Colliourenc. C’est presque, localement, un jeu de société. Paraît même que ça contribue grandement à forger un caractère, un esprit, une personnalité, des valeurs, une activité corporelle… un jugement.

Aujourd’hui à la retraite, après avoir balayé de nombreuses saisons estivales, municipalement s’entend, Michel Ramio est une personnalité colliourencque incontournable, tellement ancré dans le décor de ce village irrésistible.

Pendant des années, sur les linoléums roussillonnais les plus populaires, il a raflé tout ce que la vague du disco a déferlé sur nos habits, nos oreilles, dans nos vies : il n’a jamais fait le disc-jockey, professionnellement s’entend, mais cela ne l’a pas empêché de gagner nombre de compétitions locales, dont son premier concours de dance disco, en 1979, c’était à la fameuse et légendaire boîte perpignanaise, La Baratina. Puis il y a eu Le Baccara, Le Chérie LaineLe Lydia, Le Phonographe, le Club Monroe bar américain Zim Zam… Ah ces sacrées soirées, il les a toutes écumées, jusqu’au bout de la nuit. Il s’en souvient encore et encore.

Aussi, aujourd’hui, il tient à porter la contradiction à la magnifique chanteuse Juliette Armanet, qui affirme dans son tube que c’est « Le dernier jour du disco » : « Je n’en crois rien, lui répond-il en écho. Partout où je vais, dans des soirées privées ou lors de teufs improvisées entre comptoir et terrasse de café, le disco est toujours vénéré ; les gens ressortent maquillés comme des voitures volées, avec leurs perruques colorées, leurs vêtements brillants et voyants ! Sans oublier les sandales compensées ou de grosses boots noires ».

En expert et aficionado reconnu et respecté de la tendance des années 70 & 80, Michel Ramio décline la tenue parfaite. Il se rappelle aux moindres détails. Sifflez lui dans le creux de l’oreille Dancing Queen d’Abba ou Knock on wood d’Ami Stewart, il démarre au quart de tour. Il décolle, il s’envole pour rejoindre les Bee Gees, Village People (Y.M.C.A.) et autres Boney M (Daddy Cool, Rasputin…), se jeter aux bras de Donna Summer et siroter la nostalgie sur les paroles très suggestives de Hot Stuff.

 

Michel Ramio entouré de fans, chez Paco Tapas

 

Retour sur Juliette Armanet : au final, qui n’est pas la fin du disco, sa chanson remet le disco en scène. Et en selle. Il y avait fort longtemps qu’une chanson française n’avait suscité une telle envie, un tel engouement, pour le retour du disco sur les dancefloor. Dans certains clubs branchés de la Côte, le tube est carrément devenu l’hymne estival de cet été 22. On kiffe !

Michel Ramio est le premier à s’en féliciter. On ne se lasse pas de l’écouter, raconter les pistes de danse sur lesquelles il a tout donné, des ratages acrobatiques jusqu’aux succès éclatants, faisant des étincelles, sans changer de batterie musicale, prenant tous les risques pour imposer son « look coco » afin de décrocher la timbale, d’emporter le morceau, tout en étant heureux et sage à la fois. Et il y a réussi.

Quand vous le croiserez, quelque part dans Collioure, n’hésitez pas à le (re)brancher : il ne vous lâchera pas, dans la plus belle des convivialités. Pour lui, rien n’est définitivement plus beau que le disco ; et il voudra toujours continuer de l’entendre avec ou sans stéréo. Comme dans la chanson…

 

L.M.

 

 

Le temps d’un réveillon placé sous le signe du disco (31 décembre 2018)

(@caricatures de Monsieur Paul, de la Confrérie de Saint-Nazaire en Roussillon).