
Jacqueline Amiel-Donat, 73 ans, nous a quittés aujourd’hui, samedi 21 mars 2026, avec l’arrivée du printemps. Toutes celles et tous ceux qui l’ont côtoyée, sur la scène publique perpignanaise et départementale, de la fin des années 80 jusqu’aux années 2010-2015, ont toujours loué son intelligence, son courage, sa force de caractère. C’est surtout son indépendance d’esprit qui, dans tous ses engagements, dans tous ses combats, lui ont permis de développer un jugement critique et de (faire) prendre des décisions éclairées, de faire des choix visionnaires, avant-gardistes, dans un pays catalan corseté et miné par le clientélisme en héritage politique
Femme d’honneur et de conviction, professeure agrégée des facultés de droit, personnalité de gauche à l’esprit libre (on ne le répètera jamais assez la concernant), elle a marqué son époque, influente et inspirante dans l’hémicycle du Conseil Général des P-O, à Perpignan, où ses interventions “tramontanées” à chaque fois décoiffaient, ébouriffaient les notables, au point de les déstabiliser et de les ringardiser. Des prises de position qui engendraient des prises de bec. Avec un adjectif, un verbe, elle faisait, à sa manière, un jeu de mots, une phrase à la Audiard, éternellement libre dans sa façon de dire – et pas de les raconter – les choses de la vie, de virevolter, avec sa voix étouffée si particulière, sans jamais s’aventurer sur le chemin de la haine, sans jamais sombrer dans la caricature à deux balles.
–“On a le droit de ne pas aimer son propos, on a le droit d’aimer, on a le droit de détester. C’est la liberté d’expression”, admettait un élu qui siégeait pas trop loin d’elle. “Ce qui est vrai, c’est qu’elle relève le niveau !”.
En politique, municipale et départementale, sur le champ universitaire perpignanais, elle n’a pas loupé une occasion pour s’illustrer, pour bousculer le présent afin d’ouvrir l’avenir quand la plupart de ses collègues élus continuaient de regarder, de fouiller, dans le passé. Elle apparaissait tel un OVNI, telle une pionnière c’est sûr et certain, dans une Assemblée où le principal souci de chacun était de baraner son pré carré pour uniquement s’assurer une réélection. Elle était hors-système, tout simplement.
Jacqueline Amiel-Donat laissera dans le paysage politique roussillonnais une empreinte durable. Souvenez-vous, en mars 2008, aux élections municipales. Au 2e tour, elle talonne Jean-Paul Alduy, le maire sortant UMP de Perpignan : il recueille 19 072 suffrages exprimés, soit 45,48%. Elle en rassemble 18 498 (44,11%) ! Derrière eux, pour l’anecdote, un certain Louis Aliot, est à 10,42% (4 368 voix).
Mais ce n’est pas fini ! Loin s’en faut. Les Municipales de 2008 sont loin d’être terminées, elles ne font que commencer : car JAD va soulever un lièvre, dénicher un loup : ce sera “l’affaire” (inter)nationale de la fraude électorale à la chaussette qui va sérieusement ébranler l’Alduyisme, la Baronie locale, qui va surtout conduire à l’annulation des élections. De nouvelles Municipales auront lieu l’année d’après, en 2009. Le 18 avril 2013, cinq ans plus tard, cinq ans plus loin, en cour d’Appel à Montpellier (Hérault), les protagonistes de cette fraude électorale à la chaussette sont condamnés à verser des dommages intérêts (qui couvriront en fait les frais de justice) à JAD pour son préjudice dans cette lamentable tricherie.
Merci JAD pour toutes ces années bonheur que tu as, grâce à ton talent et à ton courage, instillé dans la scène politique perpignanaise, dans une période qui en avait bien besoin.
A ses filles, Adeline et Céline, à Olivier, à toute sa famille, La Rédaction de Ouillade.eu présente ses condoléances les plus attristées, les plus sincères en ces moments de grande tristesse. Nos pensées vous accompagnent.
L.M.

