L’inauguration, avant-hier samedi 20 juin 2026, du projet de réutilisation de 1,3 million de litres d’eaux usées traitées a été saluée comme une avancée écologique majeure. Une question essentielle demeure pourtant sans réponse : peut‑on réellement traiter une telle masse d’eau au niveau nécessaire pour éliminer les micropolluants les plus persistants ?

 

Les travaux menés par l’Université de Montpellier ont montré que les stations d’épuration françaises rejettent une grande diversité de micropolluants : médicaments, pesticides, perturbateurs endocriniens, mais aussi des résidus de drogues illicites (benzoylecgonine, THC‑COOH, MDMA) et de nicotine/cotinine, qui traversent les traitements classiques des stations d’épuration (STEP) .

Parallèlement, l’étude de l’Université de Perpignan sur la Têt a démontré que les sables et sédiments jouent un rôle majeur dans la pollution : ils accumulent les contaminants issus des rejets de stations d’épuration, mais aussi du ruissellement routier et des pratiques agricoles. pesticides, HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques), métaux lourds et PFAS (Substances per‑ et polyfluoroalkylées, plus de 4 700 identifiées), puis les remobilisent lors des crues, contaminant durablement le milieu.

Ces résultats confirment que les eaux de rejet des STEP, si elles ne sont pas traitées de manière avancée, ne peuvent pas être utilisées en agriculture. Pour obtenir une eau réellement sûre, il est indispensable d’ajouter des étapes telles que le charbon actif, l’ozonation, les procédés d’oxydation avancée, ou encore la nanofiltration / osmose inverse, seules capables d’éliminer les micropolluants persistants.

A ce jour, seule l’osmose inverse permettrait de retenir la quasi‑totalité des micropolluants (médicaments, PFAS, résidus de drogues, nicotine, HAP, métaux lourds …). Mais dimensionner une telle technologie pour les petites stations d’épuration de la côte des Pyrénées‑Orientales, capables de traiter plus d’un million de litres par jour, représenterait une installation industrielle lourde, coûteuse, très énergivore, et générant en plus un concentrât extrêmement pollué à gérer. Rien n’indique aujourd’hui que ce niveau de traitement soit réellement mis en œuvre dans ces petites STEP.

Sans ces traitements, les fruits et légumes irrigués avec une eau insuffisamment épurée absorbent et concentrent certains résidus : carbamazépine, diclofénac, antibiotiques, nicotine, métaux lourds, PFAS, voire traces de drogues. Les légumes‑racines et les légumes‑feuilles sont les plus vulnérables. Pour la population, l’exposition chronique à ces substances peut entraîner des perturbations endocriniennes, une augmentation de la résistance aux antibiotiques, des atteintes neurologiques, des troubles rénaux, et, dans le cas des PFAS, un risque accru de cancers et de dysfonctionnements immunitaires.

Ces études convergent vers une conclusion claire : sans traitement avancé, l’usage agricole des eaux de STEP expose les sols, les plantes et les consommateurs à des risques sanitaires réels et documentés.

 

Jean-Luc Curutchet, Maître ès‑sciences

*CC-ACVI = Communauté de Communes Albères – Côte Vermeille – Illibéris