-Ouillade.eu : des voix se plus en plus nombreuses s’élèvent au sein de l’Hexagone pour revenir sur les contours des quatre plus grandes régions – Occitanie, Nouvelle Aquitaine, Grand Est et Auvergne Rhône Alpes -, dénonçant une démocratie locale en panne… Quelle est votre réaction, sachant que la création de l’Occitanie est née d’une fusion visiblement incohérente entre le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ?

-Louis Aliot, maire (RN) de Perpignan : “La fusion des Régions décidée littéralement sur un coin de table par François Hollande, alors président de la République, a été une catastrophe. Cette petite manœuvre politicienne du baron socialiste pour empêcher le Front National de remporter des régions et en particulier le Languedoc-Roussillon a affaibli la France et la République”.

-Ouillade.eu : cette réforme avait pourtant plusieurs objectifs…

-Louis Aliot : “Les trois objectifs avoués de la réforme ont été des échecs”.

-Ouillade.eu : c’est-à-dire ?

-Louis Aliot : Le premier échec est la simplification du mille-feuille administratif français. En effet, aucune feuille n’a été ôtée. Au contraire, les compétences sont toujours mélangées entre les différentes strates, dans un gloubi-boulga indigeste pour la fonction publique, les élus et les acteurs des territoires.

Le second échec est la ruine de l’Etat Français. Alors que la réforme devait dégager dix milliards d’euros d’économies, elle a engendré rien que sur la période 2015-2018 plus de deux cents millions d’euros de dépenses supplémentaires. En Occitanie, nous sommes bien placés pour le constater puisque Carole Delga a multiplié par deux la dette régionale (3,2 milliards d’euros en 2023).

Enfin le dernier échec est la création de méga-régions compétitives face notamment aux Länder allemands, aux communautés autonomes espagnoles et aux régions italiennes. La France, ayant une administration centralisée depuis la révolution française, n’a pas la même histoire que ses voisins européens. La force des régions des pays européens réside dans la combinaison de compétences étendues, de ressources fortes et d’un ancrage historique et politique qui constitue un élément essentiel de leur légitimité ; et non dans leur taille géographique et démographique”.

-Ouillade.eu : pensez-vous très sincèrement que les anciennes régions administratives étaient parfaites ?

-Louis Aliot : “Si les anciennes régions n’étaient pas parfaites, elles rassemblaient le plus souvent des territoires géographiquement et historiquement cohérents. Avec ces nouvelles Régions, des pays entiers ont été noyés dans une entité sans âme ni histoire. Par exemple le Roussillon, si cher à mon cœur, existait et pesait dans l’ex Languedoc-Roussillon. Christian Bourquin en a été le président. Depuis que Toulouse dirige la nouvelle Région, son existence est jusqu’à niée dans le nouveau nom de cette dernière. Un comble pour cette gauche catalaniste qui a elle-même supprimé le Roussillon de la carte des régions françaises.

 

“Carole Delga visite plus souvent le Maroc que Perpignan !”

 

Seulement 13% des français pensent que le nouveau découpage des Régions est une bonne chose (sondage Sociovision 2022). En réalité, seuls les petits ducs attachés à leurs nouveaux privilèges sont vent debout contre le retour aux anciennes régions. Carole Delga, qui visite plus souvent le Maroc que Perpignan, est de ces élus-là, qui ne regardent que leur intérêt personnel et leur pouvoir”.

-Ouillade.eu : alors selon vous une nouvelle réforme territoriale serait souhaitable ?

-Louis Aliot : “Oui il faut une nouvelle réforme territoriale pour revenir aux anciennes régions, plus proches des citoyens et plus légitimes. Mais contrairement à Renaissance, je reste très attaché aux départements français. Avec les communes, ils sont le socle républicain de notre administration territoriale. A la condition d’une élection à la proportionnelle dans les départements, une fusion des conseillers régionaux et départementaux, pour créer le conseiller territorial serait une bonne réforme. Sinon, cette nouvelle réforme continuera d’éloigner les citoyens de leurs représentants. Face au défi de l’abstention massive, la proportionnelle qui permet une juste représentation de tous est la meilleure réponse”.

 

Propos recueillis par L.M.