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Perpignan/ Jérôme Montes* : « Ce qui se joue dans la rue dit quelque chose de notre démocratie »

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*Jérôme Montes est docteur en science politique et l’auteur de « Mouvements anti-mondialisation : la crise de la démocratie représentative », publié dans la revue Études internationales (vol. 32, n° 4, 2001).

 

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Jérôme Montes

 

 

Ouillade.eu : après le 17 octobre en France, des violences ont éclaté dans de nombreux pays européens, à Milan en Italie, des manifestations massives à Madrid en Espagne, ainsi qu’au Portugal, en Belgique, en Albanie… Y a-t-il un fil commun ?

Jérôme Montes : « Le lien, à mon sens, tient au décalage entre ceux qui gouvernent et ceux qui se sentent tenus à l’écart, que j’analysais en 2001 comme un symptôme de la crise de la démocratie représentative. Aujourd’hui, ce sont la vie chère et le logement qui sont au cœur des revendications dans ces trois pays latins. Les manifestants ne se sentent pas entendus par leurs représentants élus. Et quand les canaux institutionnels paraissent sourds, la contestation cherche d’autres voies. »

 

Ouillade.eu : les situations sont pourtant très différentes d’un pays à l’autre.

Jérôme Montes : « Oui, et il faut le dire. À Madrid, on a surtout vu des mobilisations massives sur le logement, avec des tensions ponctuelles. C’est une démocratie participative qui s’exprime dans la rue, à la veille d’une élection. En France ou à Milan, on a vu des pillages et des affrontements. Ce sont deux degrés d’un même phénomène, pas la même chose. »

 

Ouillade.eu : qu’est-ce qui fait basculer d’un degré à l’autre ?

Jérôme Montes : « C’est le mécanisme que je décrivais : une minorité vient au contact de la police, et le message des manifestants pacifiques est noyé dans le tumulte. À Madrid, la présence de groupes d’extrême droite en marge des rassemblements montre qu’il peut aussi y avoir des provocations venues d’autres camps. Je me méfie toutefois des explications trop simples : à Milan comme en France, tout ne se ramène pas à quelques casseurs manipulés par l’extrême gauche. »

 

Ouillade.eu : les réseaux sociaux jouent-ils un rôle ?

Jérôme Montes : « Internet, et les réseaux sociaux notamment, permettent effectivement de mobiliser très vite, de manière très agile et organisée, c’est ce qui complexifie le maintien de l’ordre public. C’est un outil à double tranchant, difficile à contrôler et capable de faire tâche d’huile. D’ailleurs la contagion d’un pays à l’autre n’a fait que s’amplifier depuis vingt-cinq ans. »

 

Ouillade.eu : comment les pouvoirs publics doivent-ils répondre ?

Jérôme Montes : « Le réflexe sécuritaire ne règle pas la cause. Il faut maintenir l’ordre, protéger les personnes et les biens, mais aussi rouvrir des espaces où la colère peut s’exprimer et être entendue. Sinon, le risque est de nourrir la dérive réactive. Quand une partie de la population ne se sent plus représentée, ce n’est pas seulement une question d’ordre public, c’est une question démocratique. »

Recueilli par L.M.