
« La Révolution a fait du Français un roi dans la cité et l’a laissé serf dans l’entreprise », affirmait non sans amertume Jean Jaurès. Dans les Pyrénées-Orientales, cette sentence prend une résonance particulière. On assiste en effet au cours des derniers mois à une succession préoccupante de menaces de sanctions à l’encontre de responsables syndicaux. Et ce non seulement dans le secteur privé, mais aussi dans les services publics, ou de ce qu’il en reste après des réformes destructrices. Postiers et cheminots font l’objet de menaces ou de sanctions allant du blâme à la révocation en bonne et due forme
Il s’agit d’une dérive autoritaire inquiétante. Toute forme de contestation sociale dans le cadre de l’activité syndicale est désormais sciemment criminalisée. La répétition exclue qu’il s’agisse d’un hasard relevant de cas particuliers uniques. Il faut y voir au contraire une stratégie planifiée s’appuyant sur une gestion des ressources humaines froidement managériale. Visiblement, le dialogue social, ça suffit !
La formule de Jean Jaurès visait à mettre en évidence le contraste entre la liberté politique du citoyen (à ne pas surestimer non plus) et sa subordination économique au travail (de plus en plus forte). Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Les attaques répétées et convergentes contre l’exercice du droit syndical ne sont pas une fin en soi. Elles annoncent de futurs reculs des droits et libertés politiques, de nature à remettre en cause le primat de la souveraineté populaire. En témoignent déjà les répressions contre les mobilisations environnementales, les lanceurs d’alerte, les contournements de l’expression citoyenne ou de pouvoir législatif, le mépris pour les résultats électoraux en comme en 2005 ou 2024. L’idée que l’état de droit ne serait plus intangible gagne hélas du terrain.
Il convient d’apporter un soutien réitéré, sans réserve, à Julien, Alexandre, Jérôme, Ruth, Samuel, Ludovic et tous les autres syndicalistes victimes d’une répression injuste, aveugle, brutale et choquante. L’état d’urgence civique doit être plus que jamais lancé. Il en va du maintien d’une démocratie digne de ce nom. Sans quoi, nous, citoyens, deviendront également serfs dans la cité ! ».
Francis Daspe, référent départemental de La France Insoumise (LFI66)
