Le monde paysan traverse une crise profonde. Dans les Pyrénées-Orientales, elle est visible, concrète, quotidienne : exploitations en difficulté, revenus insuffisants, normes toujours plus lourdes, concurrence étrangère vécue comme déloyale. Cette colère n’est ni passagère ni idéologique. Elle est enracinée dans le réel

 

Dans ce contexte, un débat symbolique mais profondément politique émerge : celui du drapeau européen sur les frontons des mairies. Certains élus, ailleurs en France, ont fait le choix de le retirer en signe de solidarité avec le monde paysan. Qu’en est-il dans les Pyrénées-Orientales ? À ce jour, aucun chiffre officiel ne permet de savoir si des maires du département ont franchi ce pas. Ce silence interroge.

Il interroge d’autant plus que, juridiquement, aucune commune de moins de 1500 habitants n’est tenue d’arborer le drapeau européen**. Cette proposition de loi de 2023 portée par le groupe Renaissance, à l’initiative d’Aurore Berger, visait à rendre obligatoire l’affichage du drapeau européen sur le fronton de toutes les mairies.

Autrement dit, chaque maire d’une commune inférieure à 1 500 habitants, qui affiche aujourd’hui le drapeau européen le fait par un choix volontaire, pleinement assumé. Ainsi, 78 % des mairies françaises échapperaient à cette nouvelle réglementation et ce choix n’est pas neutre : il engage politiquement la commune et s’impose symboliquement aux citoyens qui y vivent.

Qu’en est-il des mairies de plus de 1 500 habitants ? À ce stade (début 2026), le texte n’est toujours pas une loi définitivement promulguée, car il n’a pas encore été définitivement voté par le Parlement dans les mêmes termes, ni promulgué par le Président de la République. Cela signifie qu’il n’est pas en vigueur et qu’aucun maire n’a à ce jour obligation au pavoisement du drapeau Européen au fronton de sa mairie. Le Sénat doit aussi se prononcer. Jusqu’à ce que le texte soit promulgué par le Président de la République et publié au Journal officiel, il n’a donc pas force de loi, mais il semblerait que certains l’ignorent.

Le drapeau européen incarne l’unité, la solidarité et l’harmonie entre les peuples. Mais pour une part croissante du monde paysan, l’Europe n’est plus perçue comme une protection. Normes déconnectées du terrain, incohérences de la Politique agricole commune, accords commerciaux déséquilibrés : la réalité agricole locale heurte de plein fouet les principes affichés sur les frontons.

La question n’est donc plus symbolique. Elle est politique. Les maires des Pyrénées-Orientales peuvent-ils continuer à afficher un symbole sans en assumer le débat ?

À l’approche des élections municipales, cette question devient incontournable. Les citoyens, et en particulier les agriculteurs, ne jugeront plus les élus sur des postures mais sur leur capacité à dire clairement ce qu’ils défendent. Maintenir le drapeau européen sans explication, c’est choisir le confort du consensus mou. Le retirer, c’est poser un acte politique. Dans les deux cas, le silence n’est plus une option.

Les mairies rurales ne sont pas des vitrines institutionnelles. Elles sont des lieux de vie, de proximité, de responsabilité. Un symbole affiché sans cohérence devient un mensonge politique. Et un mensonge, en période électorale, finit toujours par se payer dans les urnes.

Les oppositions municipales auraient tort de sous-estimer ce sujet. Le monde paysan observe, écoute et vote. Dans les Pyrénées-Orientales, le courage politique ne se mesurera pas au nombre de drapeaux hissés, mais à la capacité des élus à affronter la réalité agricole sans détour. Les élections à venir diront qui aura eu ce courage — et qui aura préféré détourner le regard.

 

*Hubert Levaufre
Parc pédagogique Ferme de Découverte Saint-André (66, P-O) et Saint-Pierre Lafeuille(46, Lot)
Membres, fondateur de L’Association ADPRLPC : créée en 2015 L’ADPRLPC a pour vocation la défense et la promotion des races locales Catalanes. Nos objectifs sont d’aider les éleveurs à faire connaitre et reconnaitre les races catalanes tant en Roussillon qu’en Catalogne espagnole (ex : la chèvre catalane, la vache de l’Albera ou l’âne catalan).

**La proposition de loi, émanant du groupe Renaissance, de la majorité présidentielle, avait été adoptée dans la nuit du 11 mai 2023, après des débats houleux par 130 voix « pour » et 109 députés, provenant des rangs de La France insoumise (LFI), du Rassemblement national (RN) et Les Républicains (LR), s’y sont opposés. Néanmoins seulement 239 votants sur les 577 députés qui siège à l’Assemblée nationale.