Question : vous faites partie des nombreux députés socialistes qui ont « retourné leur veste » en préférant soutenir Emmanuel MACRON plutôt que le vainqueur de la primaire à gauche, c’est-à-dire le socialiste Benoît HAMON…

  • Jacques CRESTA : « Ce n’est pas le sentiment qui m’anime. En tout cas, ce n’est pas ainsi que doit être interprétée ma démarche. Et ce n’est pas cela que j’entends dans ma circonscription. Mon choix de soutenir Emmanuel MACRON repose sur une prise de conscience, compte tenu de la situation exceptionnelle de crise morale dans laquelle nous sommes plongés ».

Q : quel a été le déclic qui a fait que ?…

  • Jacques CRESTA : « La Loi MACRON. Une loi pour soutenir la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. Il y a eu à ce moment-là des blocages insupportables de la part des « Frondeurs » qui ont tenté de nous faire croire que cette Loi MACRON constituait une rupture idéologique. Cela m’a pris la tête ! Je suis retourné sur le terrain, dans les entreprises, auprès des artisans, car j’ai voulu comprendre en direct comment cette Loi MACRON était vécue par les principaux concernés. Je me suis intéressé à l’Economie de plus près ; pas celle des livres, mais celle qu’on apprend, qu’on vit, dans les entreprises ».

Q : à ce moment-là, aviez-vous eu l’occasion de rencontrer Emmanuel MACRON ?

  • Jacques CRESTA : « Oui, bien sûr. Je l’ai rencontré à deux reprises et je m’en souviens très bien. C’était en 2015, au moment d’examiner la Loi qui porte son nom. Le personnage m’a séduit. J’ai rencontré quelqu’un qui écoute, mais pas uniquement pour répondre aux questions, quelqu’un qui vous écoute pour comprendre les problématiques. A cette époque, je faisais déjà partie du « pôle des Réformateurs » au sein du Groupe socialiste. D’ailleurs, nous avons proposé des amendements qu’Emmanuel MACRON a acceptés. Très sincèrement, beaucoup de pistes qu’il préconisait correspondaient à ce que j’entendais sur le terrain. Cela faisait vraiment écho ».

 

“J’attendais une candidature

de François Hollande”

 

Q : c’est à partir de là que vous avez décidé de vous engager à ses côtés…

  • Jacques CRESTA : « Oui et non. Au PS, nous n’avons pas été en capacité de faire la clarification qui s’imposait. Et puis, disons-le clairement, j’attendais une candidature de François HOLLANDE qui n’est jamais venue. Si vous saviez combien et comment le soir de la primaire je me suis senti orphelin… ».

Q : pourquoi ?

  • Jacques CRESTA : « Parce que le Projet HAMON est à l’inverse de l’idée que je me fais de la social-démocratie. Complètement à l’opposé. Le plus terrible, c’est qu’à mes yeux la plus belle loi qui a été mise en place pendant la présidence de François HOLLANDE c’est la Loi HAMON du 17 mars 2014 sur la consommation, qui a permis de renforcer considérablement les droits des consommateurs ! Mais Benoît HAMON n’en a jamais parlé ! Ni lors de la primaire, ni aujourd’hui dans le débat pour la présidentielle ».

Q : comment les militants socialistes des P-O ont réagi lorsque vous leur avez annoncé votre soutien à Emmanuel MACRON plutôt qu’à Benoît HAMON ?

  • Jacques CRESTA : « J’ai défendu ma position, avec force et conviction, lors d’un conseil fédéral qui a réuni 400 personnes, où j’ai certes été chahuté, c’est vrai, parce que je refusais d’être aveuglément dans la ligne du parti. On m’a accusé de tous les maux, d’être un traître, un renégat, parce que j’exprimais ma différence, sans renier cependant mes origines idéologiques. J’ai dit ce que j’avais à dire, tout simplement, porté par une certaine notion de courage qu’a chaque militant en lui. Aujourd’hui, je me sens bien, je ne regrette rien. C’est le choix que j’ai fait. Je l’assume. Jusqu’à mon ostéopathe qui m’a déclaré tout-récemment : Je ne t’ai jamais vu autant en forme !  ».

 

“Oui je suis toujours socialiste

mais je ne vais plus aux réunions”

 

 

Q : vous êtes toujours au Parti Socialiste ?

  • Jacques CRESTA : « Oui, bien sûr. Pourquoi cette question ? Je suis toujours socialiste. Pour rejoindre le mouvement d’Emmanuel MACRON, j’ai fait comme tout le monde : j’ai posté ma candidature sur Internet, exactement comme tous les autres. Je me comporte comme un militant de base, un point c’est tout. Je ne suis pas un professionnel de la politique. Celles et ceux qui connaissent mon parcours en politique le savent très bien. Je fais partie de ceux qui pensent que, dans un projet, un programme, même s’il y a 40% de choses sur lesquelles on n’est pas d’accord, si on veut travailler sur les 60% restants sur lesquels on est d’accord, alors il faut s’entendre. Sinon, le risque réel est de s’enfermer dans le sectarisme que connaissent la plupart des appareils politiques français actuellement. Le débat télévisé qui a eu lieu mardi dernier entre les 11 candidats qui participent à la présidentielle m’a conforté dans mon choix. Le seul qui a donné un ton optimiste, qui a développé l’Europe qui me tient particulièrement à cœur, c’est Emmanuel MACRON. Tous les autres se sont arqueboutés dans le catastrophisme, se sont englués dans une sinistrose incroyable. A les entendre, nous allons vers la fin du monde ! Aucun, sauf Emmanuel MACRON, n’a parlé d’Espoir, d’Espérance. C’est en tout cas ainsi que j’ai vécu ce débat. Emmanuel MACRON donne et développe une vision encourageante, optimiste de la société et des évolutions possibles. Il a montré et démontré qu’il connaît bien les dossiers (…) ».

Q : localement, avec la 1ère secrétaire de la Fédération catalane du PS, Ségolène NEUVILLE, ça se passe comment ?

  • Jacques CRESTA : « C’est correct. Je n’ai pas de critiques ouvertes. Je suis passé à autre chose. J’ai occupé ce poste de secrétaire fédéral de 1983 à 1988, puis de 1er secrétaire de 2002 à 2015… C’est là que je peux comprendre que ma position puisse choquer certains militants, surtout venant de moi car j’ai toujours prôné l’unité, le rassemblement, l’Union ! Je ne vais plus aux réunions, mais les militants que je rencontre sont malheureux. Moi-même, j’ai pris ma carte au PS en 1980 ; un an avant que François MITTERRAND entre à l’Elysée… ».

Q : justement, à propos de François MITTERRAND, s’il était encore parmi nous aujourd’hui, selon vous qui soutiendrait-il d’Emmanuel MACRON ou de Benoît HAMON ?

  • Jacques CRESTA : « Franchement, très sincèrement, je pense qu’il aurait évité d’être où on en est aujourd’hui ».

 

“Carole Delga est une femme brillante,

qui sait écouter tout le monde”

 

Q : soutenir désormais pour vous Emmanuel MACRON à la Présidentielle, c’est aussi voter utile dès le 1er tour pour faire barrage au Front National ?

  • Jacques CRESTA : « Pourquoi, vous en doutez ? Pour moi la question ne se pose même pas, tellement c’est évident. Rappelez-vous qu’en 2014, lors des élections municipales sur Perpignan, j’ai retiré ma liste après les résultats du 1er tour. Sans la moindre hésitation. Et pourtant, je peux le dire, j’ai subi des tas de pressions perpignanaises, politiques et amicales. Je n’ai reçu en revanche aucun ordre d’en-haut, comme on dit, mais je n’allais pas prendre le risque de faire passer le FN pour moi décrocher à l’arrivée deux postes d’élus dans l’Opposition ! Regardez ce qui s’est passé à Béziers. Nous étions dans l’exacte même situation. La liste PS s’est maintenue pour le second tour… et elle a permis de faire élire le Front National. Moi, j’avais quatre partis politiques dans ma liste, des gens de toutes confessions religieuses, de la société civile, etc.-etc., je n’allais pas prendre la responsabilité d’engager cette formidable équipe dans une aventureuse aventure. J’ai tranché ! Aujourd’hui, cela a effectivement penché dans la balance pour apporter mon soutien à Emmanuel MACRON. C’est, je le répète, tellement évident pour moi ».

Q : quelques mots sur la présidente de la nouvelle Grande Région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée, Carole DELGA…

  • Jacques CRESTA : « Elle est une femme brillante, intelligente. C’est un vrai bonheur de travailler avec elle. Elle m’a fait confiance en me permettant de présenter le volumineux rapport sur l’économie régionale. Je la représente souvent dans le Pays Catalan. Elle est à la tête d’une Majorité plurielle qu’elle respecte dans toutes ses particularités. Elle incarne à mes yeux une nouvelle génération de présidents d’exécutifs régionaux, ce qui était loin d’être gagné sur un territoire aussi divers et diversifié. Elle ne se préoccupe pas d’un quelconque destin national, elle a notre région au cœur et à cœur, j’ai de bonnes relations avec elle parce que je sais qu’on peut discuter avec elle ».

Propos recueillis par C. P.