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Tribune Libre/ Lucien Baillette : les « Bonnes femmes » au temps de l’Inquisition

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L’ironie de l’Histoire… Quand le temps long réhabilite la mémoire des « Bonnes Femmes » au temps des Cathares

 

Il est des silences qui en disent long sur les virages de l’Histoire. Dans le Midi médiéval, au cœur de des villages des Corbières mais aussi des Fenouillèdes et Bas Conflent, la mémoire des « Bons Hommes » et des « Bonnes Femmes » reste gravée dans la pierre et les archives

Qualifiés d’hérétiques par une Papauté romaine qui choisit de les extirper par les flammes de l’Inquisition, ces chrétiens dissidents incarnaient pourtant, sur certains de leurs points cruciaux, dès le XIIe siècle, une modernité spirituelle et sociale dont l’écho résonne singulièrement aujourd’hui.

La « logique humanité » du Midi médiéval

Le point le plus révolutionnaire de leur communauté résidait sans doute dans la place accordée aux femmes. Pour ces croyants rebelles, la chair n’était qu’un vêtement transitoire et l’âme, pure étincelle divine, qui n’avait pas de sexe. De cette théologie découlait une égalité absolue : les « Bonnes Femmes » recevaient le sacrement du Consolamentum, avaient droits de le délivrer, prêchaient les Évangiles en langue d’oc, Catalane en moins grande quantité, géraient des maisons communautaires et transmettaient l’Esprit. Contestable pour certains.
Cette reconnaissance de la femme comme l’égale spirituelle et intellectuelle de l’homme était intolérable pour l’ordre ecclésiastique et patriarcal de Rome. Elle fut combattue avec une haine farouche, légitimant la violence des bûchers pour préserver un dogme qui excluait les femmes de toute gouvernance sacrée.

Le grand retournement de Rome

Huit siècles plus tard, le temps long de l’Histoire opère un retournement saisissant, presque ironique. Confrontée à une crise des vocations sans précédent et à l’évolution des consciences, l’Église catholique romaine d’aujourd’hui s’interroge, ouvre des synodes et étudie très sérieusement la possibilité de confier aux femmes des rôles de diaconat et de haute gouvernance administrative.

Ce que l’institution présente aujourd’hui comme une ouverture audacieuse et moderne n’est rien d’autre que la réhabilitation silencieuse de ce que les « Bonnes Femmes » du Midi, vivaient et pratiquaient au grand jour dans nos terroirs médiévaux. La haine et la condamnation d’une époque se transforment, par la force des nécessités actuelles, en une adoption feutrée par ceux-là mêmes qui l’ont autrefois condamné.

Une vérité qui s’impose d’elle-même

Cette troublante symétrie historique est souvent oubliée, y compris par les débats contemporains et les dames concernées par la logique naturelle de l’égalité des sexes. Elle démontre que l’intelligence humaine, et la justice des faits, finissent toujours par s’imposer au-dessus des dogmes parfois tenaces du passé, qu’il soit religieux ou civil.

Rendre hommage à l’organisation de ces communautés médiévales, étrangement créatrices de la logique humaine, moderne par anticipation, ce n’est pas raviver des querelles théologiques dépassées, voire éteintes. C’est simplement observer, avec lucidité, comment le présent est parfois obligé de copier ce qu’il a brûlé, et restituer aux « Bonnes Femmes » de notre Midi, la place qui leur revient : celle de pionnières d’une dignité humaine universelle.

La Maman du futur Christ, exprimant un léger sourire, comme Notre Dame d’Espérance de Marquixanes, dans sa niche votive de la rue du fort, doit en être ravie !

Lucien Baillette