(Vu sur la Toile)

 

La chanteuse Linda de Suza est morte : de Lisbonne à Paris un long chemin de croix
(Rédaction Le Figaro)

 

Journal Le Figaro.- Profondément croyante, elle rêvait de finir ses jours dans un carmel. Linda de Suza s’est finalement éteinte à l’âge de 74 ans à l’hôpital de Gisors dans l’Eure, non loin de sa maison normande. Elle souffrait du COVID et avait été reçue aux urgences mercredi matin à 8H. « Depuis le début de la pandémie, elle n’avait été vaccinée qu’une seule fois. Les médecins ont été formidables. Ils ont tenté de la sauver pendant deux heures mais elle s’est éteinte à 10H 10 », explique Fabien Lecœuvre, son agent et tuteur. Depuis cet été, sa condition de santé s’était dégradée et avait déjà été hospitalisée pour anémie et déshydratation au mois d’août. Depuis, elle se reposait dans une maison de convalescence.

La chanteuse est décédée sans ses proches. Elle laisse un fils qui vit à Lisbonne. « Je viens de le prévenir », explique Fabien Lecœuvre qui devait se rendre à Gisors dans l’après-midi et qui ignore encore où Linda de Suza sera inhumée.

L’interprète de l’Étrangère dont les années de gloire se situent entre 1978 et 1984 était persuadée depuis des années d’assister à des apparitions de Jesus. Elle en oubliait de se nourrir. La pandémie, les relations distendues avec son fils et ses petits-enfants n’avaient rien arrangé. Fumer deux à trois paquets de cigarettes par jour, non plus. Elle dont la voix était comparée à celle d’Amalia Rodrigues la reine du Fado avait donné son dernier concert en 2019 à Champigny dans le sud-est parisien.

Née le 22 février 1948 sous la dictature Salazar dans les plaines arides de l’Alentejo au sud du Portugal, elle venait d’une famille pauvre de huit enfants. L’enfance de Téolinda Lança (De Suza est le nom de sa mère) est dure. Comme elle le raconte dans La Valise en carton, un best-seller vendu à deux millions d’exemplaires depuis 1984, elle a cinq ans quand sa mère la met en pension chez les religieuses. Téolinda est sommée d’arrêter ses études dès l’âge de onze ans et travaille comme femme de ménage ou à l’usine.

En 1972 à 24 ans, elle arrive clandestinement en France avec son petit garçon âgé de quatre ans. Elle apprend le français grâce aux romans-photos du magazine Nous-Deux, élève son fils seule et multiplie les petits boulots de bonne et de serveuse. Fan de Dalida, elle chante entre deux services et se fait remarquer en 1978 Chez Louisette, la guinguette des puces de Saint-Ouen. Le bouche-à-oreille démarre, elle est engagée pour chanter dans les mariages, les bar-mitsva. « En quelques mois, je suis passée de mon aspirateur de femme de chambre à un micro de chanteuse », racontait-elle.

Repérée par le compositeur Alex Alstone (Symphonie) et produite par Evelyne Buggy parolière historique de Claude François, Linda de Suza signe chez Claude Carrère. Sa première télévision est chez Michel Drucker dans Les Rendez-vous du dimanche. Elle a 30 ans et remplace au pied levé Claude François qui vient de mourir. Le succès est foudroyant. « Linda de Suza est la première chanteuse à s’adresser à une communauté étrangère en adaptant ses succès Français dans sa langue », souligne Jean-Pierre Pasqualini, directeur des programmes de Melody TV et spécialiste de la chanson française.

 

Linda de Suza chante Tiroli Tirola

Son triomphe arrive quatre ans après la Révolution des œillets. Sa variété « fadoïsante » séduit les 1,2 million Portugais expatriés en France. Son répertoire va de textes émouvants comme Un Portugais à Tiroli Tirola où les spectateurs mettent le feu à la salle en tapant dans leurs mains. Linda de Suza chante leurs racines, là où Lio également portugaise symbolise l’intégration européenne.

Linda de Suza est entourée des meilleurs auteurs et compositeurs. Didier Barbelivien (l’Étrangère), Pascal Auriat (La fille qui pleurait), Charles Aznavour (Vous avez tout changé) ou encore Louis Amade (Jeannot) écrivent pour elle. Et Jean-Claude Petit signe les arrangements ! En 1983, cinq ans après avoir été découverte aux Puces, son nom s’affiche en lettres rouges sur le fronton de l’Olympia. « L’idole des bonnes » y fera salle comble quinze jours d’affilée. Son entrée en scène sur Grandola Vila Morena, une chanson très lente du sud du Portugal, fait pleurer le public pour qui cette brune pimpante est un modèle de réussite. Proche du président Mario Soares, elle est souvent invitée à dîner à l’Élysée. Et quand Jacques Chirac la surnomme « sa petite princesse », celle qui chante Toi, mon amour caché doit démentir avoir une liaison avec le maire de Paris.

 

Linda de Suza chante Toi, mon amour caché

En janvier 1986, elle est marraine de l’entrée du Portugal dans l’Europe. Puis commence sa lente disparition. Son entourage change et la comédie musicale tirée de son autobiographie est un échec mais est néanmoins adaptée en série télévisée avec Souad Amidou. En 2015 après les tournées Age Tendre, elle publie Des larmes d’argent où elle raconte la face cachée de sa réussite. Jusqu’à la fin de sa vie, elle aura été persuadée de s’être fait escroquer par le monde de l’édition et le show-business. « Comme Sheila et Karen Cheryl, Linda de Suza a signé des contrats qui avantageaient certes ses producteurs mais la réalité est plus nuancée », estime Fabien Lecœuvre, son agent depuis 2012.