(photo EBM)

 

Etiennette Bosch-Moreno, citoyenne barcarésienne, nous communique avec prière d’insérerer :

 

“Quand la politique s’invite au cÅ“ur du soin : une confusion des genres qui interroge, pour le moins…

 

Alors que la campagne municipale s’installe progressivement, une situation singulière suscite interrogations et malaise au sein de la commune.

La permanence électorale du maire sortant serait en effet installée au sein même du pôle médical communal, dans les locaux de l’ancienne boutique d’un opticien.

Ces locaux, toujours intégrés à un pôle de santé pleinement en activité, auraient été loués par la SCI Coelacanthe (structure regroupant les médecins du site), au maire sortant — candidat à sa propre succession.

 

Un lieu stratégique… mais sensible

Le Pôle médical est aujourd’hui un lieu de passage incontournable pour une large majorité des habitants : personnes âgées, familles, patients atteints de pathologies chroniques ou ponctuelles. Y implanter une permanence politique transforme de facto un lieu de soin en carrefour électoral, exposant des personnes parfois vulnérables à une activité politique qu’elles n’ont ni sollicitée ni choisie.

Cette proximité soulève une question essentielle : la santé et la politique peuvent-elles se côtoyer sans créer de confusion, ni pression symbolique ?

 

Une légalité fragile au regard du droit électoral

Sur le plan strictement juridique, une SCI privée peut, en théorie, louer un local à une association ou à un candidat politique. Mais le droit électoral ne s’arrête pas à la forme contractuelle. Il s’attache surtout à l’effet produit.

Or ici :

-le local est situé au cœur d’un pôle médical en activité,

-il bénéficie d’un flux constant et massif de population,

-il offre une visibilité exceptionnelle au maire-candidat,

-dans un lieu assimilé par le public à une mission d’intérêt général.

Cette situation peut constituer un avantage électoral indirect, prohibé par le Code électoral, en rompant l’égalité entre les candidats.

Le risque est d’autant plus réel que la frontière entre fonction institutionnelle et activité électorale devient floue dans l’esprit des usagers.

De plus si le bail liant la SCI Coelacanthe au maire sortant devait être réglé après le scrutin, les avantages pour le candidat seraient multiples :

– avantage de trésorerie immédiat. Le candidat bénéficie d’un local stratégique sans avance financière réelle pendant la campagne.

– crédit politique gratuit de fait. La visibilité, la fréquentation et la légitimité symbolique du lieu sont acquises avant toute contrepartie financière effective.

– minoration potentielle du coût de campagne. En droit électoral, un local non payé ou payé tardivement peut être assimilé à un don déguisé ou à un avantage en nature, devant être intégré au compte de campagne.

– risque de dépendance réciproque. Le bailleur (ici une SCI de médecins) se retrouve objectivement lié au résultat de l’élection, ce qui interroge l’indépendance et la neutralité attendues d’un lieu de soins.

– sécurité politique a posteriori. En cas de réélection, la régularisation ultérieure du bail peut apparaître comme une simple formalité, là où elle aurait dû être une condition préalable.

Ces éléments, pris isolément, peuvent sembler anodins. Pris ensemble, ils dessinent un déséquilibre manifeste.

 

Une question de valeurs autant que de droit

Au-delà du juridique, la situation pose une question éthique fondamentale.

Un Pôle médical est un lieu où l’on vient : inquiet, souffrant, parfois dépendant ou fragilisé. Y voir défiler un maire-candidat et ses soutiens, y croiser une permanence électorale au détour d’un rendez-vous médical, crée un malaise profond.

La démocratie suppose le choix libre et éclairé.

Le soin suppose la neutralité et la protection.

Quand l’un empiète sur l’autre, ce sont les deux qui s’en trouvent fragilisés.

 

Une interrogation légitime

Il ne s’agit pas ici de procès d’intention, mais d’une interrogation citoyenne simple et légitime : est-il souhaitable — et acceptable — que la campagne électorale s’installe au cœur d’un lieu de santé, fréquenté quotidiennement par les habitants, financé et pensé pour soigner, non pour convaincre ?

La question mérite d’être posée.

Et elle mérite, surtout, une réponse claire.”

 

Etiennette Bosch-Moreno, citoyenne barcarésienne,