*Par Claude Barate, universitaire, député honoraire

 

 

La France souffre d’un manque certain de production. J’ai vu, avec une immense tristesse, les débats parlementaires sur le budget se préoccuper plus de savoir d’où on allait sortir l’argent, plutôt que de savoir comment créer des richesses supplémentaires

 

L’autre jour, un de mes amis, plein d’humour, m’a même dit : « Il faisait tellement froid que j’ai vu un socialiste les mains dans ses propres poches ».

Il est vrai qu’on est tellement habitués à les voir chercher dans les poches des autres…

Pourtant la solution à la plupart de nos problèmes financiers n’est pas dans « la recherche d’argent dans les poches des autres », mais dans la croissance économique du pays.

Comme j’ai eu l’occasion de le démontrer dans un article précédent sur « le bonheur à crédit », la France souffre d’un manque de travail par rapport aux autres pays européens : ils s’enrichissent pendant qu’on s’appauvrit. Elle souffre également d’une politique qui au lieu de libérer les entreprises des entraves qui les bloquent dans leur recherche de créativité et de compétitivité, les freinent. Qu’on en juge !

Des normes plus contraignantes que celles de l’Europe pèsent parfois sur elles, la fiscalité les écrase alors que dans le monde économique
concurrentiel dans lequel elles doivent travailler, elles ne doivent pas avoir plus de contraintes que les autres.

Un de mes amis me disait un jour : « les entreprises c’est comme les canards sauvages, si on leur tire dessus, ils meurent ou ils s’envolent
pour ne plus revenir. »

C’est le drame politique de ce pays que d’avoir une partie de l’opinion publique qui considère les entrepreneurs comme des adversaires
qu’il faut sanctionner à volonté.

Les pauvres gens, ils ne savent pas qu’ils scient les branches sur lesquelles ils sont assis !

Les entreprises françaises croulent sur le poids des charges qu’on leur impose.

C’est ainsi que la France reste le pays qui affiche les droits de succession les plus élevés. C’est aussi le cas pour l’impôt sur les bénéfices nets annuels des sociétés, où malgré une baisse de 2,6% de son taux en 2022, nous sommes encore en 2026, avec un taux légal de 25,8%, au-dessus de la moyenne à 20% des pays de l’OCDE.

C’est encore le cas pour les impôts de production dont le poids total est nettement plus élevé en France qu’en Europe (4,4% du PIB en
France contre 2,2% de moyenne en Europe.) On me retorquera que les entreprises sont soutenues par l’Etat, au travers d’aides remboursables ou de subventions.

Si on peut conserver les aides remboursables qui ne coûtent rien à l’Etat, on peut supprimer toutes les subventions à la condition expresse, que sur chacun des divers sujets, la fiscalité française ne soit pas supérieure à celle de nos concurrents de l’OCDE. Bref, les entreprises françaises ne demandent pas à être aidées, elles demandent à avoir une fiscalité, plus faible, identique à celledes autres pays européens. Cela changerait beaucoup de choses en termes de compétitivité.

Par ailleurs, cela permettrait la disparition au niveau de l’Etat de la partie de l’administration qui justifie son existence en prélevant d’une
main ce qu’elle distribue de l’autre.

Reste le dossier le plus important des blocages français, celui qui fait reposer le financement de la sécurité sociale sur le travail.

Quand le gouvernement d’union nationale du Général de Gaulle a mis en place les retraites au lendemain de la deuxième guerre mondiale,
cela pouvait se justifier : il y avait 4 cotisants pour un bénéficiaire et l’âge de départ à la retraite était de 65 ans avec une espérance de vie
de 65 ans. Aujourd’hui l’espérance de vie est de plus de 80 ans et il n’y a plus que 1,6 cotisants pour un bénéficiaire. Le système n’est pas tenable parce qu’il écrase les salariés et les entreprises :

● Les salariés sont pénalisés dans la recherche légitime d’un meilleur pouvoir d’achat qui passe par une augmentation des salaires.

● Les entreprises parce qu’elles sont en concurrence avec des entreprises étrangères qui ne paient pas de telles charges.

Il faut donc, pour l’essentiel changer de système, en faisant reposer le financement sur la consommation et non sur le travail.

Ainsi les produits étrangers venant sur notre territoire ne seront pas avantagés par rapport aux productions françaises, Cela élèvera le prix des produits d’importation, mais, permettra d’abaisser le prix des produits et services faits en France. Ce qui entrainera et une augmentation de l’emploi en France, Et une augmentation des salaires français.

Ce changement de paradigme parait évident à qui réfléchit un tant soit peu.

J’ai été agréablement surpris d’entendre, il y a quelques jours à la télévision, Jean Dominique Senard, président du conseil d’administration du groupe Renault dire qu’il fallait le faire. Déjà en 1986, nouveau député, j’avais défendu cette orientation, au sein de la commission des finances de l’Assemblée. Sans succès, je dois le dire. Mais on sera bien obligé de le faire un jour ou l’autre !

 

Claude Barate