Philippe Mocellin, Directeur Général des Services (DGS) de la Ville de Perpignan

 

 

Suite à une longue carrière au sein de la Fonction Publique Territoriale, Philippe Mocellin, Directeur Général des Services de la Ville de Perpignan, fait aujourd’hui valoir ses droits à la retraite. Il nous livre ses impressions après plus de cinq ans passés à la tête de l’administration municipale

 

Ouillade.eu : vous allez cesser vos fonctions de directeur général des services, officiellement le 31 mars prochain, avez-vous un message à adresser en ce tout début de mandature ?

-Philippe Mocellin : “Je veux, en tout premier lieu, féliciter très chaleureusement Louis Aliot pour sa brillante réélection dès le premier tour et souhaiter bonne chance à toute son équipe municipale. La transformation de cette belle cité catalane, engagée depuis 2020, se poursuit, avec le soutien des perpignanaises et des perpignanais. J’en suis très heureux et je remercie, encore une fois, Monsieur le Maire, pour son soutien sans faille tout au long de la précédente mandature.
Je profite aussi de l’occasion pour remercier, ici, très vivement, toutes les équipes techniques dans leur ensemble, la direction générale au premier chef, la direction des ressources humaines, les directrices et les directeurs de chaque secteur d’intervention, les chefs de services et tous nos agents, qui oeuvrent, au quotidien, sur le terrain. J’ai eu beaucoup de plaisir à coordonner cette administration municipale et à côtoyer des hommes et des femmes, investis, avec le service public, « chevillé au corps ». Je salue aussi les organisations syndicales, très impliquées et force de propositions dans les instances paritaires.

Au-delà de tous ces remerciements qui ne suffisent pas, je retiens aussi l’action constante qui a été menée sous l’égide de Monsieur le Maire, autour d’axes forts : sécurité, propreté, proximité et renforcement du service public auprès de tous nos concitoyens.

La commune demeure, en effet le point d’ancrage de notre démocratie locale et nous avons tout fait pour rendre cette démocratie vivante, résolument tournée vers les vraies attentes de tout un chacun et la préparation de l’avenir, avec son lot d’incertitudes.

Le bilan de la mandature 2020-2026 doit désormais servir de point d’appui pour prolonger cette action, au travers de priorités confirmées, touchant, notamment : au cadre de vie, à l’accès à la santé, à l’éducation, à l’offre culturelle et sportive, à l’animation de notre ville, vraie source de « réenchantement » ou encore, à la transition écologique.

Petit rappel, Perpignan est la première commune de la région d’Occitanie à avoir obtenu la 4ième étoile du label « Climat -Air – Energie », qui récompense, à l’échelle européenne, les collectivités locales volontaristes en matière d’extension du patrimoine arboré, de préservation de la biodiversité et d’actions d’économies d’énergie et de la ressource en eau.

Les importants investissements, consentis, ces dernières années, représentant plus de 100 M€, dans le réaménagement de nos voiries, la rénovation, la construction
d’équipements publics et les opérations de renouvellement urbain au sein de nos quartiers prioritaires, seront finalisés, et d’autres, impulsés, au cours de ce nouveau mandat, au bénéfice de l’image même de notre ville et de son attractivité, démontrant, par là-même, sa réelle capacité à inciter des acteurs économiques à investir.

Autre élément de satisfaction et plus encore, la fierté, avec toute la direction générale, nos cadres et le personnel, d’avoir participé à maintenir, en dépit des contraintes sans précédent pesant sur les collectivités locales, une trajectoire budgétaire réaliste, respectueuse des grands équilibres.

Notre ville a, depuis 2020, maintenu un plan de travaux ambitieux et ceci, grâce à une gestion très rigoureuse des dépenses de fonctionnement et à une recherche
d’optimisation des ressources humaines, qui a permis de dégager un autofinancement net de plus de 16M€, soit un niveau d’épargne au-dessus de celle de 2019, année, « pré-COVID 19 ». Pour cela, nous ne sommes pas contentés de coups de « rabot » de courte vue mais avons choisi de repenser l’organisation de notre administration et d’améliorer, par un « contrôle-qualité » en continu, l’efficience du service rendu”.

 

Ouillade.eu : à ce sujet, nous avons crû comprendre que l’enjeu managérial était une question essentielle pour vous. Pouvez-vous nous préciser votre point de vue à l’heure de ce bilan ?

-Philippe Mocellin :  “Oui, absolument. Comme je l’ai déjà indiqué, diriger une administration d’une collectivité locale, c’est d’abord et avant tout se préoccuper du management d’équipes et de compétences diverses et variées… En ce domaine, je n’ai eu de cesse de défendre des convictions profondes. Le management n’est pas une science exacte mais repose sur des postures, du « feeling » et de l’authenticité.

Faire du management le cœur du projet de développement local, c’est privilégier la cohésion des équipes et s’assurer que chaque collaborateur soit reconnu dans sa mission, au regard de ses compétences et de ses motivations.

Autonomie, bienveillance, empathie et autorité, tels sont les maîtres mots à concilier pour un management réussi.

Au delà des mots, c’est aussi faire preuve, en tant que dirigeant, d’exemplarité et de courage : être au devant de ses équipes, les protéger et les « faire grandir ».
Dépasser alors la « bien-pensance » managériale qui met en avant, à en devenir des clichés, l’inclusion, la diversité, le vivre ensemble…

Je demeure en effet convaincu que la valorisation du travail individuel et l’apport de chacun sont tout aussi primordiaux que le respect des process et des règles.

Je combats deux poncifs : d’abord, le bonheur au travail ne rend pas performant, c’est l’inverse. Nous sommes heureux dans notre emploi quand nous pouvons nous épanouir, en utilisant nos compétences au bon endroit ; autre banalité, « la confiance n’exclut pas le contrôle ! ». Non, si la confiance est là, « il faut savoir lâcher prise » ! Et assumer, in fine, la responsabilité d’éventuelles erreurs…

Concernant l’administration perpignanaise, je veux ici souligner à nouveau les choix de notre maire qui a précisément fait confiance aux agents du service public municipal, en misant, face à l’envahissement des normes, sur leur agilité et leur réactivité.

Avec grande modestie, j’ose énoncer, avec l’appui de tous les cadres, des responsables de terrain et des représentants du personnel, que nous avons fait bouger les lignes…, en confortant la qualité de vie professionnelle et la transversalité entre les services. Les résultats obtenus en matière d’absentéisme sont à cet égard encourageants. Le taux pour « maladie ordinaire », révélateur pour partie, de la qualité des pratiques de management, est en baisse constante.

L’instauration des « tickets restaurants », la formation à la conduite des entretiens professionnels et l’accompagnement à la mobilité et à l’évolution de carrière ont contribué à entretenir cette nouvelle dynamique managériale. Une dynamique qu’il conviendra évidemment de consolider. J’ai émis la proposition de lancer une concertation sociale afin d’envisager, si les conditions le permettent, l’activation du complément indemnitaire annuel (CIA) : forme de « prime au mérite » visant à mieux reconnaître l’engagement professionnel, la manière de servir et les motivations des agents. Une mesure qui exigera alors de conforter cet « esprit » managérial, couplée d’ailleurs à la mise à jour, d’une part, d’un répertoire des métiers, outil de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences de demain et d’autre part, de critères partagés pour l’avancement de grades et la promotion interne.

Enfin, faire preuve d’innovation, en se saisissant de la technologie en devenir, à l’instar de l’Intelligence Artificielle (IA). Inventer alors, dans le cadre de l’application d’une « charte éthique », garantissant la transparence et surtout la « pensée critique », de nouveaux modes de gestion de l’organisation administrative.

Faire évoluer notre propre système d’informations, développer les outils collaboratifs, gagner en fluidité dans nos relations avec les perpignanaises et les perpignanais et surtout, libérer du temps « productif » afin de renforcer, en parallèle, la présence humaine, en fonction des besoins et de favoriser aussi notre implication dans des fonctions stratégiques et prospectives.

Les élus municipaux, dans le respect de leur rôle, devront être associés à cette réflexion de fond, appelée à bouleverser les méthodes de gouvernance locale et cela, au seul service de l’intérêt général”.

 

Ouillade.eu : vous avez en effet souvent insisté sur l’importance de l’anticipation, de la stratégie prospective. Vous le confirmez aujourd’hui ?

-Philippe Mocellin : “Je le confirme totalement. C’est le grand enseignement que je tire de cette expérience professionnelle à Perpignan, renforçant, par là-même, une autre conviction personnelle… A savoir, la nécessité absolue de penser le futur de la ville, en inscrivant, Perpignan, ville-centre, dans un authentique projet métropolitain d’anticipation, prenant en compte à la fois, le développement potentiel de nos filières économiques structurantes, le soutien à notre réseau de PME – PMI et cet impératif de promotion du territoire, à l’échelle nationale, européenne et mondiale. Anticipation en matière d’aménagement de la ville, de foncier, de reconversion de friches, de lutte contre l’habitat dégradé, de revitalisation commerciale, d’agriculture urbaine, de formation, de services, de mobilité et production d’un véritable schéma urbain embrassant, à partir de scénarios possibles, toutes les problématiques du territoire afin de dégager des lignes d’action stratégiques…

Notre territoire, bardé d’atouts touristiques et patrimoniaux, mérite de retrouver son rang, celui de métropole « désirable », attirant des talents et des compétences nouvelles. Cette démarche d’anticipation donnera aussi l’occasion de repenser les approches de la « politique de la ville » et des politiques éducatives et d’intégrer, par ailleurs, les enjeux du vieillissement des populations et l’émergence de la silver économie.

Mon propos n’est pas théorique mais repose sur des méthodes qui ont fait leur preuve. Je sais que Monsieur le Maire et son équipe porteront cette démarche, avec le concours de nos services, témoignant d’une vraie envie de se projeter vers l’avenir”.

 

Ouillade.eu : question plus personnelle, il existe une vie après celle de directeur général des services… ?

-Philippe Mocellin : “Je reste attaché à ce territoire qui m’a beaucoup apporté et je le quitte, il est vrai, avec un gros pincement au coeur. Mes rencontres ont été riches et sont gravées dans ma mémoire. J’ai aussi pu compter sur une équipe de Direction Générale, soudée et mobilisée à tous les instants. Je leur dois beaucoup et nous avons tissé des liens d’amitiés solides et sincères. Je le souligne quand nous savons que la vie professionnelle n’est pas vraiment un long fleuve tranquille.

Oui, il existe une vie pour après, la famille bien entendu et puis mon engagement de toujours dans le débat d’idées, la vie publique… Dire, transmettre et agir.”

 

Propos recueillis par L.M.

*Philippe Mocellin a exercé les fonctions de directeur général des services de la ville de Perpignan de 2021 à 2026. Docteur en Science Politique, Maître de Conférences associé de 2013 à 2019 à l’Université de Poitiers, il est l’auteur d’ouvrages de prospective urbaine, de sociologie, d’essais et de contributions géopolitiques concernant plus particulièrement la situation au Moyen-Orient.