Nancy, Boston, Cambridge, Luxembourg, Londres… Christian Szylar, 56 ans, est né à Audun-le-Tiche en Moselle, ville frontalière du Grand-Duché du Luxembourg. docteur ès-sciences de gestion et titulaire d’un DEA de philosophie,  a parcouru le monde de la Finance, occupant des fonctions de haut niveau en gestion internationale, enseignant le management dans plusieurs villes européennes… bref, un parcours atypique mêlant finances, management et réflexion. Il est d’ailleurs un expert reconnu dans la gouvernance d’entreprise et la lutte contre la criminalité financière et le blanchiment d’argent…

 

…Puis, un jour de 2014, Christian Szylar décide de se poser à Argelès-sur-Mer, d’y acheter un mas, d’y ouvrir ses valises : “Mon épouse, Véronique Bonafos, est Catalane et ses parents ont une maison à Urbanya, près de Prades. Nous venons dans la région depuis trente ans. De plus, Argelès est un bijou entre mer et montagnes, et je suis tombé amoureux aussi du village. J’aime Argelès pour sa douceur de vivre et son climat”. C’est désormais là qu’il vit à l’année, depuis 2022. L’homme, passionnément passionnant, ne cesse de s’investir localement – tout en gardant un oeil expert sur le monde -, de tisser du lien social, de participer à l’attractivité du territoire, au point de s’être présenté lors des dernières élections municipales, sur la liste de Hélène Broc, qui a largement contribué à faire battre le maire sortant !

 

 

 

 

 

Ouillade.eu : pourquoi ce livre ?

-Christian Szylar : “Lorsque la vie suit son cours paisiblement, il est relativement facile de se sentir solide, confiant, presque à l’abri. Les jours s’enchaînent avec une certaine évidence, et l’on croit parfois, à tort, que cet équilibre est durable. Mais il suffit d’un événement, brutal et imprévisible, pour que tout bascule. C’est précisément dans ces moments d’épreuve, surtout lorsqu’on n’y est pas préparé, que l’on peut rapidement sombrer dans le découragement, voire dans une spirale négative dont il semble difficile de sortir.

Pendant de nombreuses années, ma vie fut épanouie, tant sur le plan professionnel que personnel. Rien ne laissait présager une rupture. Et pourtant, un AVC est venu interrompre ce cours tranquille, bouleversant mes repères, mes certitudes, et jusqu’à mon rapport à moi-même et au monde. Face à cette épreuve, tout était à reconstruire.

Ce livre est né de cette traversée. J’ai voulu y raconter comment la philosophie m’a aidé à remonter la pente, à retrouver un sens, une direction, une forme de paix intérieure. Dans ces moments de fragilité extrême, les sagesses antiques et modernes ne sont pas de simples exercices intellectuels : elles deviennent des appuis concrets, des forces vivantes. Mais la philosophie n’a pas été mon seul recours.

Ma vie spirituelle a elle aussi été profondément ébranlée. Ma foi a vacillé, traversée par le doute, l’incompréhension, parfois même la révolte. Ce livre témoigne également de ce chemin intérieur, de cette lutte intime, et de la manière dont, peu à peu, je me suis réconcilié avec ma foi. Les grands textes sapientiaux, notamment ceux de la Bible, ont joué un rôle essentiel dans cette reconstruction.

Ainsi, cet ouvrage s’adresse d’abord à celles et ceux qui traversent l’épreuve, pour leur dire qu’il est possible de se relever, de retrouver une forme d’apaisement, et même de redonner sens à ce qui semblait n’être que rupture.

Mais il s’adresse aussi à ceux dont la vie est aujourd’hui paisible. Car la Fortune est instable, insaisissable : elle peut à tout moment bouleverser nos existences. Il ne s’agit pas de vivre dans la crainte, mais de se préparer intérieurement, de fortifier en soi des ressources qui permettront, le moment venu, de faire face.

Ce livre est donc à la fois un témoignage, un cheminement, et une invitation : celle de puiser dans les sagesses humaines et spirituelles pour traverser les épreuves et apprendre, peut-être, à vivre plus profondément”.

 

 

Ouillade.eu : ce n’est pas votre  premier livre…

-Christian Szylar : “En effet, ce n’est pas mon premier ouvrage. Celui-ci est même mon sixième. Cependant, mes précédents livres s’inscrivaient dans un registre très différent. Ils étaient consacrés à la finance, et plus précisément à la gestion du risque de marché, à travers des modèles mathématiques sophistiqués. Ces travaux répondaient à une exigence professionnelle : ils accompagnaient mes activités de conférencier et s’intégraient dans mon enseignement à l’université. Ils relevaient d’une logique de rigueur, d’analyse et de performance, propre au monde académique et financier”.

 

 

Ouillade.eu : le thème traité ici est différent des autres…

-Christian Szylar : “En effet, vous avez entièrement raison de le souligner. Mais un événement est venu bouleverser cette trajectoire. À la suite de mon AVC, j’ai été mis en invalidité. Cette rupture a été particulièrement difficile à accepter. Elle ne signifiait pas seulement l’arrêt d’une activité professionnelle, mais aussi la remise en question d’une identité construite au fil des années. Il m’a fallu alors entreprendre un véritable travail de reconstruction intérieure.

C’est dans ce contexte que la philosophie et la foi ont joué un rôle décisif. Elles ne m’ont pas seulement aidé à comprendre ce qui m’arrivait, mais aussi à l’accueillir, à lui donner un sens, et progressivement à me reconstruire autrement. Ce cheminement a profondément transformé mon regard. Aujourd’hui, je ressens le besoin de réorienter mes écrits. Là où je m’attachais autrefois à modéliser les incertitudes des marchés, je souhaite désormais explorer les ressources intérieures de l’homme face à l’incertitude de la vie elle-même.

Ce nouveau livre marque ainsi un tournant. Il ne s’agit plus de présenter des modèles mathématiques, aussi élaborés soient-ils, mais de partager une expérience humaine, et de transmettre des clés puisées dans la philosophie et la spiritualité — des clés qui, au-delà des performances et des résultats, contribuent à élever l’âme et à donner une profondeur nouvelle à l’existence”.

 

 

Ouillade.eu : que souhaiteriez-vous que le lecteur retienne ?

-Christian Szylar : “S’il ne devait rester qu’une seule idée, ce serait celle-ci : rien n’est jamais définitivement perdu, même lorsque tout semble s’effondrer.

Dans les moments d’épreuve, le désespoir peut apparaître comme une tentation presque naturelle. Pourtant, il ne constitue pas une issue. Il enferme, il fige, il empêche toute reconstruction. Refuser le désespoir, ce n’est pas nier la souffrance, mais choisir de ne pas s’y abandonner. Je voudrais que le lecteur comprenne qu’il existe toujours un chemin, même fragile, même incertain.

Ce chemin passe par un travail sur soi. Un travail exigeant, parfois lent, mais profondément transformateur. Il invite à revisiter des questions essentielles que l’on néglige souvent lorsque tout va bien : Qui suis-je réellement ? Quelle est ma relation aux autres ? Qu’est-ce qui, dans cette épreuve, peut malgré tout m’enseigner quelque chose ?

Car l’épreuve, aussi douloureuse soit-elle, peut devenir un lieu de transformation. Elle peut révéler des ressources insoupçonnées, affiner notre regard, approfondir notre compréhension de la vie.

Je souhaite également transmettre l’importance des grandes sagesses, qu’elles soient philosophiques ou spirituelles. Les textes anciens, loin d’être dépassés, offrent des repères solides dans les tempêtes de l’existence. Ils éclairent, soutiennent, et parfois même réconfortent lorsque tout vacille.

Enfin, j’aimerais que le lecteur referme ce livre avec une conviction intime : il est possible de retrouver une forme de paix, non pas en retrouvant exactement la vie d’avant, mais en construisant une vie autrement — plus consciente, plus enracinée, peut-être même plus essentielle”.

 

 

Ouillade.eu : qu’est-ce que vous a apporté « la sagesse » que vous érigez à travers ce livre dans un certain « art de vivre » ?

-Christian Szylar : “La sagesse, telle que je l’ai découverte et progressivement intégrée, m’a d’abord appris à mieux me connaître. Non pas d’une manière superficielle, mais en allant au cÅ“ur de ce qui me constitue vraiment : mes véritables aspirations, mes valeurs profondes, ce qui mérite réellement d’être poursuivi — et, à l’inverse, ce qui relève de l’illusion ou de la vanité. Mais s’il fallait nommer un apport essentiel, ce serait sans hésiter l’humilité.

Non pas que je manquais totalement d’humilité auparavant. Mais mon parcours — des études dans des institutions exigeantes, un doctorat en finances, des passages par des universités comme MIT et Harvard, ainsi que certaines réussites professionnelles — pouvait, sans que je m’en rende pleinement compte, nourrir une forme d’assurance excessive, voire une certaine arrogance discrète. On finit parfois par croire que l’on maîtrise sa trajectoire, que l’on est en quelque sorte à l’abri. Puis la vie rappelle, parfois brutalement, que la Fortune est instable, imprévisible, et qu’elle échappe largement à notre contrôle. C’est là que la sagesse prend tout son sens.

Elle m’a appris à accueillir cette réalité avec plus de lucidité et de sérénité. À comprendre que l’humilité n’est pas une faiblesse, mais une juste posture face à l’existence. Une manière d’habiter le monde sans illusion de toute-puissance, mais avec une attention plus fine à ce qui est essentiel. Concrètement, cela a transformé ma manière de réagir.

Je pense notamment à des situations du quotidien qui, autrefois, auraient suscité chez moi de l’agacement, voire de la colère : un imprévu, une contrariété, une injustice perçue. Là où j’aurais réagi de manière plus vive, plus immédiate, je suis aujourd’hui capable de prendre du recul. Je ne m’énerve plus de la même manière — et bien souvent, je ne m’énerve plus du tout. Non pas par indifférence, mais parce que j’ai appris à relativiser, à discerner ce qui mérite réellement d’être troublé en moi… et ce qui ne le mérite pas.

Ce chemin m’a conduit à une forme de paix intérieure que je ne connaissais pas auparavant. Une paix qui ne dépend pas des circonstances extérieures, mais d’un travail intérieur patient, nourri à la fois par la réflexion philosophique et par l’ancrage spirituel. En ce sens, la sagesse n’est pas une abstraction. C’est un véritable art de vivre. Une manière d’être au monde plus juste, plus apaisée, et peut-être, au fond, plus libre”.

 

Propos recueillis par L.M.

Dossier de presse La sagesse comme art de vivre dans les A_©preuves