Interview de Jordan Ramirez, délégué syndical CFTC chez Décathlon/Perpignan, ce en prévision de l’action intersyndicale prévue ce samedi 6 juin 2026, en matinée, au sein du magasin Décathlon de Perpignan (dans le cadre d’un mouvement national)
Ouillade.eu : vous êtes à l’initiative d’une action intersyndicale chez Décathlon. De quoi s’agit-il exactement ?
-Jordan Ramirez : “Nous avons lancé, avec la CFDT, la CGT, la CFE-CGC et l’UNSA-SNAD, une campagne commune pour alerter l’opinion publique sur une réalité que vivent nos collègues au quotidien : Décathlon ne répercute pas les hausses du SMIC sur les salaires au-delà du minimum légal. Concrètement, cela signifie que des salariés qui ont de l’ancienneté, des responsabilités, voient leur pouvoir d’achat s’éroder année après année. L’écart entre les niveaux de salaire se réduit, voire disparaît. On appelle ça le tassement salarial, et c’est une injustice profonde”.
Ouillade.eu : Décathlon est pourtant une entreprise qui affiche de bons résultats financiers…
-Jordan Ramirez : “C’est précisément là où le bât blesse. Décathlon engrange des bénéfices records, communique sur ses valeurs – générosité, responsabilité, authenticité – et dans le même temps, ses salariés s’appauvrissent. Les effectifs baissent, la charge de travail augmente, les rythmes s’intensifient. Il y a une contradiction flagrante entre le discours de l’entreprise et ce que vivent les équipes sur le terrain. Nous ne demandons pas l’impossible : nous demandons du fair-play, pour reprendre un vocabulaire que Décathlon devrait comprendre”.
Ouillade.eu : pourquoi avoir choisi une démarche intersyndicale ?
-Jordan Ramirez : “Parce que ce sujet dépasse les clivages syndicaux. Cinq organisations représentatives, aux sensibilités différentes, ont dit la même chose : ça suffit. C’est un signal fort. Quand CFDT, CFTC, CGT, CFE-CGC et UNSA parlent d’une seule voix, c’est que la situation est sérieuse. En tant que CFTC, nous portons des valeurs humanistes et de dialogue social — mais le dialogue a des limites quand l’autre partie ne bouge pas”.
Ouillade : vous appelez aussi les clients à signer une pétition. Pourquoi impliquer le grand public ?
-Jordan Ramirez : “Les clients de Décathlon sont souvent des sportifs attachés aux valeurs du sport : le mérite, l’effort récompensé, le respect de l’autre. Nous leur demandons simplement de mettre en cohérence leurs valeurs avec leurs actes. Soutenir nos salariés, c’est aussi défendre l’idée qu’une grande enseigne a des devoirs envers ceux qui la font vivre. Le rapport de force ne se construit pas uniquement dans l’entreprise — il se construit aussi dans l’opinion”.
Ouillade.eu : qu’attendez-vous concrètement de la direction ?
-Jordan Ramirez : “Une vraie négociation salariale, pas cosmétique. Des mesures de revalorisation qui tiennent compte de l’ancienneté et des qualifications, pas seulement du SMIC. Et une reconnaissance du travail accompli. Nous restons ouverts au dialogue — c’est la culture CFTC — mais nous serons intraitables sur le fond. Nos collègues méritent mieux que des valeurs affichées en fumée”.
Recueilli par L.M.

