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Au Grau d’Agde, la mangrove inspire une nouvelle arme contre l’érosion du littoral
Au large de la plage du Grau d’Agde, l’agglomération poursuit le déploiement du projet Pégase avec l’installation de 128 nouveaux modules en mer. Inspiré du fonctionnement naturel des mangroves, ce dispositif innovant vise à réduire l’impact des vagues, favoriser le dépôt de sable et protéger durablement le littoral face à l’érosion et à la submersion marine.
(par Thea Ollivier – Rédaction magazine Hérault Tribune)
Hérault Tribune.- Depuis plusieurs semaines, un impressionnant chantier est en cours au large de la plage du Grau d’Agde. Pas moins de 128 modules sont en train d’être installés dans le cadre du projet Pégase, porté par l’agglomération d’Agde, en partenariat avec la société Seaboost.
L’objectif est clair : lutter contre l’érosion du trait de côte et limiter les risques de submersion marine grâce à une structure capable de dissiper l’énergie des vagues tout en laissant circuler l’eau.
Réduire 30% l’énergie des vagues
Cette nouvelle phase fait suite à une expérimentation lancée en 2022. À l’époque, quarante-deux pieux avaient été déployés afin de tester l’efficacité du dispositif dans des conditions réelles. Selon les mesures réalisées durant les trois années de suivi, les premiers modules ont permis de réduire jusqu’à 30 % l’énergie des houles et de diminuer de 55 % le temps d’exposition de la plage aux phénomènes d’érosion.
-“La phase une nous a permis de faire des mesures physiques pour mieux évaluer les effets de ces systèmes qui n’avaient jamais été installés ailleurs. Et grâce à ces mesures physiques, sur un pilote à petite échelle, on peut se projeter pour simuler les effets d’un pilote à plus grande échelle”, explique Julien Dalle, qui dirige l’équipe “Solutions fondées sur la nature” chez Seaboost.
-“C’était prévu qu’il y en ait une grande quantité, mais on n’allait pas mettre tout d’un coup, ne sachant pas si ça allait fonctionner”, précise Sophie Drai, directrice environnement et littoral à l’agglomération d’Agde. Pour l’heure, aucun autre site n’est programmé pour accueillir cette technologie.
“Un ouvrage poreux pour dissiper les vagues”
Si habituellement, la lutte contre l’érosion se fait avec des ouvrages imperméables et opaques comme des digues ou des brise-lames, l’agglomération d’Agde a voulu innover.
–“On observe dans la nature tout un tas d’écosystèmes qui luttent contre l’énergie des vagues, comme les mangroves, les récifs coralliens ou les herbiers. L’idée est donc de s’inspirer de la mangrove, et de déployer pour la première fois un ouvrage qui est poreux pour dissiper les vagues et ainsi protéger le littoral contre l’érosion”, explique Julien Dalle.
–“En dissipant les vagues, on réduit leur hauteur, on réduit leur énergie et donc on réduit la quantité de sable qu’elles remobilisent et on accentue la quantité de sable qui se dépose sur la plage”, détaille l’ingénieur.
Des dispositifs qui n’artificialisent pas le fond marin
Cette structure présente plusieurs avantages aux dispositifs habituellement installés, selon Julien Dalle. “Les dispositifs sont suspendus et n’artificialisent pas le fond marin. Par conséquent, ils préservent les fonctions écologiques du sable qui sert d’habitat pour certains poissons et organismes”, détaille-t-il.
Pendant trois ans, les équipes de Seaboost ont aussi fait un suivi écologique de la biodiversité. “En quelques mois, on a une biodiversité qui est équivalente à celle des brise-lames et des digues qui sont à côté depuis 30 ans”, assure-t-il, mentionnant des poissons caractéristiques de la Méditerranée, des mollusques, des poules et calamars, des coquillages, des algues, des anémones et des huîtres ou des moules.
La plage du Grau d’Agde est la dernière partie du littoral agathois à aménager, précise Sophie Drai. “Tout le littoral languedocien est concerné par l’érosion du trait de côte. Mais l’installation de certains brise-lames ont réglé la problématique localement mais ont déplacé le phénomène d’érosion sur une autre portion du littoral”, constate la directrice environnement. “Ici, le principe, c’est que la houle passe à travers et se diffuse. Ça réduit les effets négatifs.”
Reproduire la mangrove à échelle industrielle
Les dispositifs sont faits d’une combinaison de bois et de béton. “On a essayé de concevoir un objet réaliste à l’échelle industrielle qui permette de reproduire fidèlement les performances de la mangrove”, explique Julien Dalle. Les structures en béton sont fabriquées grâce à l’impression 3D à Montpellier avant d’être assemblées dans l’Aude, près de Carcassonne.
Le coût global de l’opération est estimé à environ 2,3 millions d’euros. Cette enveloppe comprend les études, la fabrication et l’installation des modules, mais aussi le dragage de l’embouchure de l’Hérault qui permettra d’apporter près de 17 000 m³ de sédiments supplémentaires pour renforcer le rechargement de la plage.
(Source : magazine Hérault Tribune)

