Jean-Michel Solé, maire de Banyuls-sur-Mer, reçoit dans sa commune, ce mercredi 10 août 2022, Hervé Berville, secrétaire d’Etat chargé de la Mer, qui vient entre autre inaugurer le port de plaisance. C’est l’occasion pour La Rédaction de Ouillade.eu de faire un tour d’horizon banyulenc avec le Premier Magistrat… 

 

Jean-Michel Solé, maire de Banyuls-sur-Mer.

 

 

-Ouillade.eu : comment analysez-vous cette saison estivale ?

-Jean-Michel Solé, maire de Banyuls-sur-Mer : « Rien de comparable avec l’an passé. D’abord parce que la conjoncture est différente. On sent très bien, par exemple, qu’il y a une retenue dans les dépenses, du côté des consommateurs. Puis il y a des retards très pénalisants sur les livraisons, les entreprises, les disponibilités des marchandises. Pour le mois de juillet, nous avons constaté qu’il y a eu un peu moins de monde que d’habitude, que les gens consomment moins… Dans le secteur de la restauration, par exemple, le service du midi a été plombée par la canicule, en tout cas les fortes chaleurs ont compliqué le moment de passer à table à l’heure du déjeuner, c’est évident. Mais à l’arrivée, j’en suis convaincu, la saison se fera. En tout cas, chez nous à Banyuls-sur-Mer, pas de souci ! ».

-Ouillade.eu : un phénomène local, qui n’a rien à voir avec la très forte hausse des températures, nous voulons parler de l’instauration du stationnement payant, est venu en début de saison on va dire… perturber le calendrier des animations estivales banyulencques…

-Jean-Michel Solé : « Depuis ma réélection à la mairie de Banyuls, j’ai monté un projet de territoire, que j’avais présenté lors de la campagne électorale. J’ai souhaité le faire coiffer par Objectifs de Développement Durable relevant de la charte des Nations Unies (ONU), en y adhérant. Chaque objectif, dont l’ambition de protéger la planète, est assorti de cibles spécifiques à atteindre au cours des prochaines années, jusqu’en 2030. C’est un tout, qui concerne aussi bien le logement que la circulation, etc.-etc. Nous avons choisi six défis à relever, sur lesquels nous avons voulu intervenir dès cette année 2022.

Dans ce cadre là, j’ai fait venir un bureau d’études pour former les personnels communaux et les élus de la Municipalité à atteindre cette ambition, localement.

Le problème récurrent qui est apparu est celui de la circulation, de la mobilité en général, du stationnement en particulier, dans la ville.

J’ai mis en place une série d’ateliers pour partir à la rencontre des habitants, soixante-dix personnes y ont participé de manière permanente ; la Municipalité a ouvert un site internet, « VOOTER », sur lequel chacune et chacun était amené(e) à donner son avis, quel qu’il soit il serait pris en compte, à partir de questions posées fermées. Il ne s’agissait pas d’un forum, mais d’une contribution citoyenne à partir de réponses à une initiative bien précise de la Municipalité. Le but n’était pas de partir dans tous les sens.

Par exemple, s’agissant de l’éclairage public, nous avons demandé aux Banyulencs s’il était utile que les lampadaires fonctionnent toute l’année toutes les nuits… Les gens ont répondu. 

 

 

 

Sur le stationnement et la circulation, on leur a demandé : comment voyez-vous votre ville dans les vingt prochaines années ?… 90% ont répondu « une ville plus apaisée, avec moins de trafic routier »… Quinze  Comités de quartier ont permis de recueillir des avis sur l’utilisation de la voiture et son impact sur le quotidien des habitants, mais également sur les incivilités, la propreté (excréments canins notamment)… Comment voyez-vous l’organisation du stationnement ?… Ils ont répondu avec des parkings « de périphérie » mais dans un périmètre de cinq à dix minutes du centre… 

Toutes ces solutions évoquées, qui permettront d’améliorer la qualité de vie de la population, doivent évidemment déboucher sur des engagements, des projets, tout cela a forcément un coût à l’arrivée. Le financement, c’est trois millions d’euros à inscrire dans le budget communal, d’ici la fin du mandat. Qui paye ? L’utilisateur ? Les impôts locaux ? Un mix des deux ? Réponse presque unanime des participants à cette consultation citoyenne : à 90% ils nous ont dit : les utilisateurs.

A partir de ce constat – et face aussi à changement climatique qui a des conséquences dans de nombreux secteurs de notre quotidien – on ne peut plus rester simples spectateurs, il fallait agit et vite. J’ai étendu la surface du stationnement payant sur le territoire communal, tout en tenant compte de la conjoncture actuelle… ».

-Ouillade.eu : c’est-à-dire ?

Jean-Michel Solé : « L’abonnement pour le stationnement pour les Banyulencs était de 40€ par an, la Municipalité l’a limité exceptionnellement cette année à 20€. Ce geste a été fait dans la mesure également où les parkings payants ont été mis en place qu’au mois de juillet. Un tarif dégressif, « à la semaine », a été mis en place pour les touristes, etc.

En réponse à la réaction de l’opposition s’agissant du stationnement payant, j’ai modifié les tarifs, en les tirant vers le bas. J’ai essayé de m’adapter, j’ai écouté, j’ai entendu, j’ai fait ce qu’il convenait de faire tout en gardant mes convictions sur le sujet : transmettre aux futures générations une ville différente et en bon état !

Sur l’ensemble du territoire de la commune, il y a environ 2 000 places organisées sur les parkings. J’avais 250 places de stationnement payantes, j’en ai rajouté 400.

Les vacanciers paient. Ceux qui râlent sont minoritaires… il s’agit souvent de loueurs en meublés qui ont loué avec du stationnement !

Les analyses sont formelles : une place de stationnement payant, c’est huit voitures qui arrivent ; une place gratuite, c’est deux. Comme on dit : y’a pas photo !

Je défend bec et ongle cette décision de faire payer le stationnement. Nos amis touristes l’ont compris, ils contribuent à l’effort et c’est important dans notre ville qui atteint en saison estivale près de 30 000 habitants pour une population permanente d’environ 5 000 habitants. 

Nous avons estimé à 170 000€ le montant des recettes dues au stationnement payant ; 80 à 90% proviennent de l’apport touristique. Si vous ne voulez pas que les touristes payent, c’est vous – les Banyulencs – qui paierez ; car le gratuit ça n’existe pas, il y a toujours quelqu’un quelque part qui paie. 

Nous avons mis en place deux navettes – dont une qui tourne toute l’année. Ainsi, ceux qui ne veulent pas payer le stationnement se garent où ils veulent, puis ils peuvent prendre la navette pour se rendre à la plage, dans les commerces, etc. La navette fonctionne tous les jours jusqu’à 19H 30. »

 

-Ouillade.eu : partout, dans tous les coins, à Banyuls, on voit la mer… C’est aussi votre « marque de fabrique » ?

Jean-Michel Solé : « Dans le cahier des charges que je me suis fixé, c’est clair, je veux qu’on voit la mer ! Je veux que le touriste, quand il arrive à Banyuls, « Cap D’Ose », qu’il dise : waouh ! C’est magique. Lorsque tu es assis en terrasse, le cadre ce n’est pas l’établissement, c’est la baie. Lorsque nous avons entrepris des travaux sur le front-de-mer, au sein de mon équipe municipale certains étaient sceptiques au point de dire : « On a perdu les élections ! ». Mais on les a gagnées ! J’ai fait les travaux qu’il fallait faire.

Faire bouger les lignes, c’est toujours très compliqué au départ. Tout le monde veut le changement… à condition de ne pas être concerné. C’est pareil avec les parkings ».

 

L.M.