Le 20H de TF1 d’hier soir, dimanche 26 juillet 2026, restera gravé dans les annales et, espérons-le, servira de grande leçon dans les écoles de journalisme française. Trois quarts d’heure de journal télévisé, sur la chaîne généraliste la plus vue et la plus lue du PAF, entièrement et uniquement consacrés aux incendies qui ont cours sur une grande partie du territoire : Gironde, Landes, Var… et au-delà de nos frontières à Madrid et Valencia en Espagne. Pendant ces trois quarts d’heure, pas un mot, pas un image, pas une ligne sur le reste du monde. La guerre en Ukraine ? Finie. La guerre au Moyen-Orient ? Terminée. Le Détroit d’Ormuz ? Il n’existe plus. Les catastrophes ailleurs dans le monde, les attentats, etc.-etc., circulez, il y a (plus) rien à voir !

 

N’oublions pas les chaînes d’info en continu – BFMtv, CNews, LCi, Franceinfo, France 24 -, qui déroulent l’actualité de ces incendies inédits dans leur ampleur en les théâtralisant, entre Kilomètre sentimental (il faut montrer de préférence des gens en pleurs qui ont tout perdu pour rendre plus attractif encore les reportages !) et maîtres de l’épouvante. La première chaîne de télévision qui fera “LA” macabre découverte décrochera le jackpot ; elle aura le privilège de pratiquer l’autopsie de l’Hexagone en feu. En route pour le Prix Pulitzer !

Sur le terrain, au plus près des flammes et des larmes, les correspondant(e)s des chaînes d’info en continu transforment quotidiennement, heure par heure, minute par minute, seconde par seconde, ces incendies en (leur) terrain de jeu médiatique, certain(e)s n’hésitant pas à nous rejouer la Guerre des étoiles dans la forêt. Apocalyptique !

Les vedettes, ce sont eux, du moins en sont-ils convaincus minimisant au passage le rôle des secours – sapeurs-pompiers, militaires, policiers municipaux, élus, tissu associatif, agriculteurs… -, nos reporters de guerre de pacotille, pourtant incapables dans biens des cas de prononcer correctement ne serait-ce que le nom de la commune dans laquelle ils se sont posés… La noble “mission d’informer” du journaliste est passée dans l’arrière-plan, au second plan. Piétinée ! Et n’oublions pas le ton, le rythme, les grimaces, les habits, les bottes de sept lieues, les témoignages (la main sur le coeur), des commentateurs endimanchés par Temu, qui se mordent la queue, restés en plateau, en région parisienne, lesquels à chaque centaine d’hectares avalés par le feu se sentent obligés de pousser la comparaison avec la superficie de la capitale. Le Parisianisme n’a pas dit son dernier mot !

Depuis trois jours, ils nous annoncent que l’incendie est aux portes de Bordeaux, que la ville pourrait être rayée de la carte… Pour certains d’entre eux, à les entendre, et pourtant pas en état d’ivresse, les loups sont déjà dans la ville qui serait “en champs de ruines”. Ils donnent l’impression puante d’attendre un “crash”, la secousse sismique…

A l’évidence, tout cela démontre une régression du sens moral dans l’Information dûe au public. Assurément, quelque chose ne va pas, ne va plus, dans le PAF.

Fort heureusement, pour s’informer il nous reste encore les réseaux sociaux, Google Actu and C°, à la condition de faire le tri dans les fake news. Un monde à l’envers !

L.M.