(Vu sur la Toile)
Guerre au Moyen-Orient : les touristes boudent l’Égypte et la Turquie, l’Espagne et l’Italie en profitent, mais pas la France
(Article de Pierre Georges • Rédaction journal Le Figaro)
Le Figaro.- Le choc est net. Après un début d’année dynamique, le conflit au Moyen-Orient a brutalement freiné les réservations touristiques pour les ponts du printemps et l’été à venir. Mais, derrière les idées reçues d’un report massif des voyages, les professionnels décrivent surtout un marché figé, dominé par l’attentisme.
Jusqu’à fin février et le début du conflit les voyagistes français affichaient pourtant une croissance solide, à hauteur de +5% des réservations sur l’été 2026 . Depuis, la tendance s’est retournée. « Le mois de mars vient de se clôturer à -25% de réservations », constate Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du tour operating (Seto). Les données des agences de voyages confirment ce coup d’arrêt : en mars, d’après le tout dernier baromètre du Syndicat des entreprises du voyage que Le Figaro a pu consulter, les réservations reculent de près de -15% en volume et -19% en chiffre d’affaires . « C’est une baisse énorme, on n’avait pas vu ça depuis longtemps », insiste Valérie Bonned, présidente du syndicat professionnel des Entreprises du Voyage (EDV).
Un marché à l’arrêt, plus qu’un vrai report des vacances
Sur le terrain, le diagnostic est clair : les clients attendent de voir comment évolue la situation, et ne réservent pas de vacances. « Le principal problème, c’est le manque de nouvelles réservations. Les gens ne se projettent pas », explique Patrice Caradec qui précise que les annulations restent limitées.
Même lecture chez les distributeurs. « On est sur une baisse de l’ordre de 20% des nouvelles réservations. Les clients sont attentistes, bien plus que dans une logique de report », souligne Laurent Abitbol, président de Marietton Développement, Havas Voyages et Selectour. Car la géopolitique compte pour le consommateur encore plus que les prix. « Ce n’est pas la hausse tarifaire qui bloque, c’est la guerre », insiste-t-il. Résultat : les délais de réservation s’allongent et les décisions se prennent plus tard, signe d’un climat d’incertitude.
Égypte, Turquie, Grèce : l’effet domino
Dans ce contexte, se dessinent aussi de nouvelles tendances de voyage. L’impact du conflit dépasse largement le Moyen-Orient pur et le Golfe, où bon nombre de destinations restent inaccessibles. « Le Moyen-Orient est à l’arrêt complet. Derrière, c’est l’effet domino », résume Patrice Caradec.
Ainsi, en mars les réservations chutent de 66% pour l’Égypte, qui s’annonçait pourtant comme le best-seller de l’année pour les touristes français (+50% de réservations avant la guerre). Même son de cloche pour la Turquie (-66% également) ou la Jordanie. Et la crise impacte même jusqu’à certains piliers de l’été, à l’instar de la Grèce, qui subit un net recul (-24% de réservations en mars). « Ce sont surtout la Crète et Rhodes qui décrochent », précise le patron du Seto. « La Grèce continentale tient globalement, les îles sont en difficulté, mais nous avons bon espoir que la situation se rétablisse d’ici l’été », ajoute Valérie Bonned. « Le marché peut repartir très vite, comme nous l’avons déjà expérimenté avec des précédentes crises », relativise aussi Laurent Abitbol.
Autre conséquence, due cette fois plus à la nouvelle donne aérienne que directement à la peur : certaines destinations d’Asie sont à la peine. « Les destinations très dépendantes des hubs du Golfe, notamment la Thaïlande, le Vietnam, ou certaines îles de l’océan Indien, deviennent plus compliquées car plus chères en vol direct », note aussi Patrice Caradec.
Espagne, Italie, Outre-mer : les gagnants relatifs
À l’inverse, face à ces incertitudes, certaines destinations tirent leur épingle du jeu. « Nous notons un vrai report sur l’Espagne et l’Italie continentales, des destinations qui traditionnellement marchent bien, mais autant dire que ce sera encore plus le cas cet été », observe la dirigeante des EDV, notamment en raison de leur accessibilité en voiture.
Les données confirment cette tendance : l’Espagne reste la première destination et résiste mieux que d’autres marchés , tandis que certaines zones progressent encore. « Le pourtour méditerranéen va clairement bénéficier de la situation », analyse Valérie Bonned. Des destinations alternatives émergent aussi, comme l’Albanie ou le Cap-Vert, en forte progression dans les réservations du mois de mars.
Sur le long-courrier, certains zones lointaines plus à l’Ouest profitent également du contexte. Les Caraïbes, les Antilles françaises ou le Canada résistent bien, portés par leur éloignement des zones de tension. La direction de la compagnie aérienne française Corsair, indique ainsi au Figaro observer des reports de voyage « vers les Outre-mer ainsi que vers l’île Maurice, qui ne sont pas directement impactées par les tensions internationales ». « Ces destinations jouent aujourd’hui un rôle de refuge », nous indique-t-on.
La France, en revanche, ne capte pas vraiment ces nouveaux flux, la faute aux tarifs. « Elle reste trop chère pour les Français », tranche Patrice Caradec. Une observation confirmée par les données du baromètre des EDV : malgré un certain maintien, la France ne parvient pas à s’imposer comme une destination de report.
(Source : journal Le Figaro)

