(Vu sur la Toile)
Nice : la trajectoire brisée de Yannick Agnel, de l’or olympique à la cour criminelle
(Article de Mathias Bellegarde • Rédaction de Nice Presse et AFP/Agence France Presse)
Nice Presse.- Double champion olympique à Londres en 2012, Yannick Agnel a connu une ascension fulgurante avant une fin de carrière précoce. Le nageur, devenu une figure majeure de la natation française au début des années 2010, sera jugé devant la cour criminelle du Haut-Rhin pour viol sur mineure, des faits qu’il conteste. Retour sur un parcours hors normes, aussi éclatant que tourmenté.
À l’adolescence, Yannick Agnel détonne déjà . Dans les bassins, il impose un style, une allure, et une forme de liberté qui tranche avec les codes établis. Très tôt, le jeune nageur attire les regards et annonce une trajectoire singulière.
Un adolescent qui bouscule les codes de la natation française
Aux Championnats de France de Montpellier, en avril 2009, Agnel se distingue en étant le seul nageur à concourir en slip de bain, quand ses adversaires portent encore des combinaisons en polyuréthane. À seulement 16 ans, il assume un style qu’il qualifie d’«old fashion», sans masquer ses ambitions. Né à Nîmes mais Niçois d’adoption, il se définit comme «atypique» et incarne alors la relève de Laure Manaudou ou Alain Bernard.
Un an plus tard, la progression est spectaculaire. À 17 ans, le grand châtain d’1,92 m remporte son premier titre de champion de France seniors sur 200 mètres nage libre. À Saint-Raphaël, il s’offre le luxe de battre le record de France sur la distance, avant de l’améliorer encore lors de l’Open de Paris, face au champion olympique en titre, Michael Phelps.
Ascension express vers les sommets européens et mondiaux
En août 2010, à tout juste 18 ans, Yannick Agnel décroche sa première médaille d’or internationale chez les professionnels, en devenant champion d’Europe du 400 mètres nage libre. La trajectoire semble toute tracée. Fils d’un infirmier libéral et d’une directrice des ressources humaines dans l’informatique, il est décrit par son entraîneur Fabrice Pellerin comme un garçon « heureux de vivre », fondant son travail sur « la détermination, la décontraction, l’insouciance ».
La consécration arrive en 2012. À Londres, Agnel entre dans l’histoire en remportant deux titres olympiques. Il fait partie du relais français victorieux du 4×100 mètres nage libre, qui domine les Américains en finale. Le lendemain, il s’impose sur le 200 mètres nage libre. La France ne comptait alors que trois titres olympiques en natation. Agnel quitte la capitale britannique avec deux médailles d’or et une d’argent sur le 4×200 mètres, après un duel mémorable avec Phelps. « J’ai l’impression d’être un extraterrestre », confie-t-il alors.
Rêve américain
À 21 ans, le nageur change de dimension. En mai 2013, il annonce quitter Fabrice Pellerin pour rejoindre les États-Unis et travailler avec Bob Bowman, ancien entraîneur de Phelps. Une séparation très médiatisée, première fissure dans son image publique. Les performances restent pourtant exceptionnelles. À l’été 2013, à Barcelone, Agnel décroche deux titres mondiaux sur 200 mètres et en relais 4×100 mètres.
L’année suivante marque un tournant. En 2014, il quitte le club de Nice pour Mulhouse, tout en poursuivant ses entraînements à Baltimore. Les résultats fléchissent lors des Championnats d’Europe, avec une médaille de bronze sur 200 mètres. Il admet que la méthode américaine était «trop difficile à digérer». De retour en France, il se dit «choyé comme un prince», mais se rapproche du burn-out.
Lourdes accusations
En 2016, après son élimination dès les séries du 200 mètres nage libre aux Jeux de Rio, Yannick Agnel annonce sa retraite internationale à seulement 24 ans. Une décision comparée à celle de Laure Manaudou. Il reste marqué par la disparition tragique de Camille Muffat en 2015. «Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça a été difficile ces quatre dernières années», confie-t-il.
À 29 ans, reconverti dans l’esport et consultant pour FranceTV, Agnel est placé en garde à vue en décembre 2021. Il est accusé de viols et d’agressions sexuelles commis entre janvier et août 2016 sur la fille de Lionel Horter, chez qui il était hébergé. Le nageur a toujours affirmé qu’il s’agissait d’une relation consentie et amoureuse. Il sera jugé devant la cour criminelle du Haut-Rhin.
(Source : Nice-Presse avec des contenus de l’AFP)

