Natif de Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, Fred Capron est arrivé la même année, en 1964, à Perpignan. A partir de 1986, et pendant vingt-six ans, il a embrassé – c’est ainsi rédigé sur son CV -, une carrière militaire, “non par réelle conviction mais pour changer de vie”. Il désirait voyager et dépasser des déceptions sentimentales. Dans les années 90, il réalise de multiples fresques sur des édifices militaires à Perpignan et en Guyane. L’envie de peindre, de communiquer et de créer par la peinture, l’a toujours habité. C’est chez lui une façon de vivre intensément, de courir jusqu’à perdre haleine… un rêve – certes devenu réalité -, aussi fou qu’un chant de sirène

 

 

 

 

Il n’a que 11 ans, en 1975, lorsqu’il commence à peindre. En 1979, “peu captivé par la rigueur du cadre scolaire et adolescent rêveur, j’ai quitté le milieu scolaire pour poursuivre des études en alternance dans la mécanique, domaine qui me passionnait au même titre, d’ailleurs, que la peinture à l’huile”…  C’est toujours son CV qui parle ici. Son parcours, ses itinéraires, ses souffrances émotionnelles, son imaginaire, il dit tout. Ou plutôt, il écrit. Sans détour. Poète et troubadour à la fois. Entre un sanglot de violon et un air de guitare, car sa peinture n’est pas que littérature, elle est aussi musique. D’un seul instrument, caché ou accessoirisé dans l’un de ses tableaux, sur l’une de ses toiles, il vous “dessine” (l’imagination doit vous accompagner dans votre regard) une fanfare, un orchestre, version philarmonique ou façon banda.

“Peindre est une libération, c’est comme ça que je perçois l’art. La souffrance émotionnelle est soit une prison, soit une école”. Ainsi, assume t’il, “tous mes tableaux d’après-COVID sont nés de l’imaginaire, par pur hasard, en barbouillant des toiles sans aucun but, comme si c’était la toile qui décidait elle-même de ce qui devait être montré ; puis je reprenais la main pour imposer une idée”. Ou un chemin. “Puis des toiles sont nées en représentant des visages ou un cor de chasse fabricant des bulles de savon se transformant en planètes, des chats, le premier est joueur et jovial, l’autre méfiant, puis aussi en mélangeant une guitare, un piano ou une lampe avec des instruments à vent”… Ou en faisant vrombir un moteur de Bé-Aime ou de Ferrari, mais sans le moindre décibel ! Puisqu’on vous le répète, ce n’est “que” de la peinture. “J’ai toujours aimé la mécanique, les voitures, les motos, qui ont été le leitmotiv de mon premier métier”. Dans les moteurs qu’il représente, il fait un mélange de mécanismes métalliques bien définis techniquement avec des formes purement imaginaires (nous y revoilà !) représentants des instruments de musique : “les métaux sont au centre de mes créations, ils reflètent la puissance, suggèrent un mélange étonnant de bruit et de mélodie. Je fais vivre mes toiles, par la technique que j’ai fait mienne. Elle me permet de capter la lumière, d’atténuer les traits de couleurs, d’harmoniser les courbes et les angles”.

Son travail est bluffant. Impressionnant. Souvenez-vous, un peu plus haut (mais pas plus loin) au début de cet article, il était question d’un adolescent, lui bien sûr, Fred Capron, apprenti dans différents garages automobiles, à Perpignan, tout en passant un CAP de mécanicien et un bac professionnel de technicien automobile, à Sète, dans l’Hérault : “à cette époque, pour me distraire, je m’entraînais à reproduire des tableaux de maîtres, notamment des autportraits, de Rembrandt. J’avais l’impression de revivre et de capturer les instants créatifs de ces grands artistes. Je redoublais de plaisir lorsque, parcourant le Louvre, je découvrais les oeuvres originales que j’avais copiées, je me sentais en communion avec l’artiste qui les avait imaginées”. Incroyable, étourdissant. Eblouissant. Pour l’anecdote, son premier Rembrandt il l’a réalisé au coton-tige !

A force de courir aux quatre coins du monde afin de retrouver des édens disparus, à force de vouloir s’éloigner de sa rue pour trouver des endroits où les rubis abondent, on en oublie qu’il suffit parfois de s’asseoir devant sa porte, tout simplement, pour voir le bonheur, pour attraper les couleurs, pour avoir les yeux en face des trous ! C’est là le sentiment qui prédomine, qui se dégage d’une rencontre avec cet artiste, parfaitement autodidacte, qui nous fait voyager le coeur battant.

Solitaire, sur son île déserte, plus exactement sur la plage de Sainte-Marie, dans son habitat-atelier, ou vice-versa, ses tableaux nous emmènent, nous entraînent, à l’autre bout de la terre, dans l’irréel, fantastique et fictif à la fois, inventé de toutes pièces mécaniques et autres par avec une seule et même main-d’oeuvre : celle de l’artiste, Fred Capron.

Sa peinture est unique car elle repose sur un style absolument incomparable, indéfinissable, tant dans le trait, le caractère, l’insolite, le doute et l’euphorie qui l’animent. Un authentique bol d’air et de respiration dans l’inventaire des artistes-peintres-m’as-tu-vu (et revus) contemporains qui squattent à répétition le casting médiatique sous le ciel du Roussillon !

On peut aimer ce qu’il fait ou pas, lui ne cherche pas à être consensuel, au contraire il cultive l’inattendu, il essaye en permanence d’être créatif, de trouver des idées qui ont du sens et suscitent un intérêt, une curiosité, de l’émotion… au-delà de “l’illustration” picturale, il nous offre un regard décalé et néanmoins esthétique, parfois drôle et poétique, “afin de bousculer l’évidence”.

 

L.M.

*Fred Capron a déjà exposé pour partie son travail (essentiellement ses copies de tableaux) à Palau-del-Vidre et Castelnou, tout en cherchant constamment, à l’époque (car ça c’était avant), son propre style qu’il ne trouvait pas ; chemin aujourd’hui accompli et abouti pour l’essentiel désormais.