L’Alchimiste de Sant Vicens, c’est la célébration émouvante du mystère de la création et du pouvoir

 

Le tout-dernier ouvrage publié par l’autrice perpignanaise Hélène Legrais* se présente sous la forme d’un roman**, mais il a tous les atouts d’un marque-page(s) historique pour nous replonger dans les grands classiques de notre histoire locale. Cela n’échappera pas aux amoureux du genre, enracinés dans cette Catalogne où l’effervescence artistique a souvent eu un déclic d’avance sur tous les calendriers du monde.

Entre passages arides et bonheurs d’écriture, Hélène Legrais nous replonge dans les années Cinquante, dans l’atelier de céramique de Sant Vicens, à Perpignan, quand les plus grands maîtres du moment et du genre, Iran Lurçat ou Pablo Picasso – autant de noms et tant d’autres encore passés dans l’inconscient collectif -, venaient y réaliser leurs œuvres, entretenant une atmosphère de fantaisie et de liberté.

Mais cette effervescence, nous raconte l’autrice, « n’est vraiment pas du goût d’André Escande, vieil atrabilaire cartésien qui a l’art moderne en horreur, et dont les fenêtres donnent sur ce repère de « barbouilleurs ». Sa femme Suzanne au contraire est éblouie par l’ambiance de l’atelier. A l’insu de son mari, elle le fréquente assidûment et s’initie même à l’alchimie de la terre et du feu. Alors qu’elle ne sait comment révéler à l’irascible André sa secrète passion, Suzanne va trouver dans une petite fille autiste du voisinage, murée dans le silence et envoûtée par les motifs chatoyants des céramiques, une alliée inattendue… ».

Au-delà du récit littéraire, la narratrice de « L’Alchimiste de Sant Vicens » nous emmène dans sa foi d’un haut lieu perpignanais de la création artistique en Roussillon. Hélène Legrais nous entraîne dans l’ambiance d’un monastère ; elle nous en facilite la visite pour comprendre et saisir toutes les subtilités d’un pan de l’Histoire locale, en mettant en scène une famille au grand cœur, les Bauby.

Hélène Legrais, par ce roman, par cette sorte de pèlerinage littéraire et culturel, par son talent, avec un sens épatant du détail dans l’écriture, non seulement ressuscite de manière merveilleuse l’atelier (et les coulisses) de Sant Vicens et son gratin artistique, aux yeux de la nouvelle génération – et des nouveaux habitants de notre territoire, chaque année plus nombreux -, ainsi que par sa voix littéraire elle s’affirme comme l’écrivaine (nord) catalane incontournapplé !

« Sant Vicens fête ses 80 ans, je n’allais pas rater ça », écrit-elle dans une dédicace. « Ce retour aux sources, du temps au Firmin Bauby inventait ce lieu magique où les plus grands venaient créer et les « petits » étaient les bienvenus… ».

 

L.M.

*Hélène Legrais : née à Perpignan et chroniqueuse sur France Bleu Roussillon, elle a travaillé à France Inter et à Europe 1, avant de retourner dans sa Catalogne natale pour se consacrer à l’écriture. Elle a reçu le Prix Méditerranée Roussillon en 2012 pour « Les Héros perdus de Gabrielle ».

** »L’Alchimiste de Sant Vicens », paru aux Editions Calmann-Lévy, dans la collection « Territoires » (328 pages – 19,90€).

 

Hélène Legrais.