Biographie express d’Hervé Fischer
Hervé Fischer est artiste, philosophe et sociologue. Son parcours universitaire proche de Raymond Aron le mène à enseigner la sociologie de l’art à La Sorbonne tout en développant une pratique artistique née des cours de dessin débutés dans son enfance. Dès les années 1970, il s’oppose à l’avant-gardisme, qu’il considère comme une culture élitiste, et surtout parce qu’il ne croit pas au progrès en art. Fischer développe alors une pensée et des actions artistiques qui l’amènent à détruire ses œuvres et à partager ce geste avec d’autres. Ils seront plusieurs centaines, dont Wolf Vostell, Raoul Hausmann, Ben, César et Arman, à répondre à son appel à la « Déchirure ». La démarche collective alimente alors sa réflexion sur le concept d’« hygiène de l’art », qui débouchera sur la définition d’un art qu’il qualifiera de « sociologique » en 1971.
Théoricien de l’art sociologique, il fonde en 1974 le collectif d’art sociologique avec Fred Forest et Jean-Paul Thenot, collectif avec lequel il créera et animera une « Ecole sociologique interrogative », boulevard de Charonne, à Paris, dans le sous-sol de son atelier. Venus de partout en France et de l’étranger, étudiants, professeurs, artistes, experts en art comme amateurs, mais aussi quidam, viennent y débattre du rapport qu’ils entretiennent avec la société et y passer une nuit, quelques jours, voire un an. En 1976, Hervé Fischer est invité au Pavillon français à la Biennale de Venise et en 1982 participe à la Documenta 7, à Cassel. L’artiste mène de nombreux projets de participation populaire via la radio, la presse écrite et la télévision. Parfois extrêmes comme à Mexico, en 1983, où il investit durant plusieurs mois l’ensemble des espaces du Musée d’art moderne.
Désormais installé au Canada, il fonde en 1985, avec Ginette Major, la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal, puis le premier Café électronique du pays, le festival Télescience et le regroupement québécois des organismes de culture scientifique, Science pour tous. Décidé à élaborer un langage plastique pour l’art sociologique, il revient à la peinture en 1999 pour explorer les imaginaires sociaux et les mythes contemporains. Sa peinture se développe alors au rythme de son écriture et inversement. L’ensemble du corpus sert à penser l’ère des technologies numériques et travaille à construire une sociologie des imaginaires collectifs, qu’il nomme la mythanalyse. En 2010-2011, le Musée d’art moderne de Céret (66) lui consacre une rétrospective intitulée Nouvelle Nature. Depuis, Hervé Fischer approfondit une recherche, à la fois philosophique, politique, économique et éthique, sur l’Age hyperhumaniste, celui qui nous relie aux autres par la médiation d’outils technologiques. En 2017, le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective : Hervé Fischer et l’art sociologique, en 2019, il publie chez Gallimard Les couleurs de l’Occident – De la Préhistoire au XXIe siècle, une sociologie des couleurs, somme de 50 années de recherche et, en 2023, chez le même éditeur, Mythanalyse de la couleur.