Depuis plusieurs mois, j’ai choisi de consacrer quelques tribunes à des sujets qui, me semble-t-il, méritent d’être regardés avec lucidité, loin des polémiques et des postures. La question de l’eau en fait incontestablement partie
L’actualité nationale vient d’ailleurs nous rappeler avec force que le changement climatique n’est plus une hypothèse, mais une réalité. La ministre de la Transition écologique a récemment dressé un constat particulièrement préoccupant sur l’état de la ressource en eau dans notre pays, évoquant des sécheresses appelées à se répéter et à s’intensifier.
Argelès-sur-Mer ne peut pas considérer que ce constat concerne les autres.
Notre commune possède un patrimoine naturel exceptionnel et une économie touristique qui constitue sa principale richesse. Mais cette richesse repose aussi sur une ressource dont nous avons longtemps cru qu’elle serait inépuisable : l’eau.
C’est probablement là que se trouve aujourd’hui le véritable talon d’Achille de notre modèle de développement.
La question n’est plus de savoir si des restrictions sévères devront un jour être mises en Å“uvre. La véritable question est de savoir quand elles deviendront inévitables. Nous avons déjà connu ces situations.
Les années récentes ont conduit les pouvoirs publics à instaurer des restrictions importantes : limitation du remplissage des piscines, interdiction d’arroser les jardins, limitation du nettoyage des véhicules ou encore de certains usages domestiques. Ces mesures, chacun s’en souvient, ont parfois suscité un profond sentiment d’injustice. Beaucoup d’habitants ont eu le sentiment que les efforts demandés reposaient essentiellement sur les résidents permanents, tandis que l’activité touristique continuait, dans une large mesure, à fonctionner selon ses habitudes.
Je ne souhaite pas rouvrir cette polémique. Mais elle révèle une réalité qu’il serait dangereux d’ignorer.
À Argelès, la très grande majorité de la consommation d’eau est directement ou indirectement liée à l’activité touristique. Rapportée à l’ensemble de l’année, on estime que près des deux tiers de l’eau consommée sont imputables à cette activité.
Ce simple constat ne doit conduire ni à désigner des responsables ni à opposer touristes et habitants. Il impose simplement une évidence.
Nous ne pourrons durablement préserver notre économie touristique qu’à la condition de préserver la ressource qui la rend possible.
Autrement dit, la politique de l’eau devient désormais une politique économique autant qu’une politique environnementale. Cette réflexion dépasse largement notre commune.
Partout en France et en Europe, des territoires touristiques comparables repensent leur modèle face à la raréfaction de la ressource en eau, à l’allongement des périodes de sécheresse, à la multiplication des incendies, aux épisodes cévenols plus violents et aux effets déjà perceptibles du changement climatique. Argelès ne pourra probablement pas échapper à cette évolution.
La responsabilité est collective. Elle concerne les élus. Elle concerne les professionnels du tourisme. Elle concerne les services de l’État.
Elle concerne naturellement chacun d’entre nous. Il ne s’agit pas de faire peur. Il s’agit d’anticiper. Car attendre que les restrictions deviennent insupportables serait reconnaître que nous avons laissé les événements décider à notre place.
Nous avons la chance de vivre dans une commune dont la prospérité est intimement liée à la qualité de son environnement.
Préserver la ressource en eau n’est donc pas un frein au développement d’Argelès.
C’en est probablement, aujourd’hui, la première condition.
Les grandes décisions ne naissent pas dans l’urgence. Elles naissent lorsque l’on accepte de regarder les réalités en face, avant qu’elles ne s’imposent à nous.
Christian Munos
