Lors d’un incendie, on pense d’abord aux flammes et à la fumée visible. Pourtant, le danger le plus discret – et souvent le plus grave – est un gaz que l’on ne voit pas : le monoxyde de carbone (CO). Il est produit par toute combustion, qu’il s’agisse d’un feu de maison, d’un feu de végétation . Ce gaz est totalement inodore, invisible et non irritant, ce qui le rend particulièrement trompeur. On peut s’en approcher en pensant que la situation est sans risque, alors que le corps commence déjà à manquer d’oxygène
Le CO agit en se fixant sur l’hémoglobine du sang à la place de l’oxygène. Il s’y accroche plus de deux cents fois plus fortement, empêchant le cerveau et le cœur d’être correctement alimentés. Ce mécanisme se met en place sans douleur, sans sensation particulière, ce qui explique pourquoi les intoxications surviennent souvent avant que la personne ne comprenne ce qui lui arrive. Les premiers signes sont discrets : maux de tête, vertiges, fatigue soudaine, nausées, confusion. Beaucoup les interprètent comme un coup de chaud. Si l’exposition continue, les troubles deviennent graves : perte de connaissance, troubles cardiaques, voire arrêt cardiaque.
Même les pompiers, pourtant équipés, peuvent être touchés lors d’une bouffée de fumée. Certains doivent être traités en caisson hyperbare pour éliminer rapidement le CO du sang. Cela montre à quel point ce gaz est dangereux, même pour des professionnels entraînés.
Pour les habitants, quelques gestes simples peuvent réellement faire la différence. Lors d’un incendie, il est essentiel de rester à distance des fumées, même en plein air. Les fumées de végétation contiennent autant de CO qu’un feu domestique. Il faut éviter de s’approcher pour observer ou filmer, fermer les portes et fenêtres, protéger les personnes fragiles et installer un détecteur de CO dans les habitations.
Un geste de prévention très simple peut aussi éviter des départs de feu : garder un gobelet rempli d’eau dans la voiture pour y déposer les mégots. Les voitures modernes n’ont plus de cendriers, et un mégot jeté par la fenêtre peut déclencher un incendie en quelques minutes. Une fois à la maison, le contenu du gobelet peut être vidé dans les toilettes, où les mégots seront traités sans risque. Ce geste banal, presque anodin, peut pourtant protéger nos communes.
Les incendies provoqués volontairement ou par négligence doivent être traités avec la plus grande sévérité. Un simple mégot mal éteint peut détruire des hectares, mettre des vies en danger et intoxiquer les secours. La prévention n’a rien de compliqué : elle repose sur la connaissance du danger et sur quelques réflexes de prudence. Informer, ce n’est pas faire la morale ; c’est simplement prendre soin les uns des autres.
Jean-Luc Curutchet

