(Vu sur la Toile)
Donald Trump évacué du dîner des correspondants de la Maison Blanche après des tirs
(Article de Benjamin Delille • Rédaction journal Libération)
Libération.- « Quelle soirée à Washington ! » Donald Trump ne saurait mieux dire. On ne savait pas à quoi s’attendre pour le retour du milliardaire au dîner des correspondants de la Maison Blanche après l’avoir boudé pendant tant d’années. Mais personne n’aurait pu anticiper ce qu’il s’est passé.
La soirée ne faisait que commencer. Le docteur Oz semblait préparer, tout sourire, un tour de magie à Donald et Melania Trump avant son grand spectacle. Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison blanche, avait l’air ravie de cet avant-goût. Lorsque soudain retentissent plusieurs détonations. Les intéressés ne réagissent pas mais une agitation se fait sentir, la vaisselle tremble, et le Secret service déboule. « A terre ! A terre ! » Le Président est immédiatement évacué avec toute la tablée installée sur la scène, dont une bonne partie de son gouvernement. Le reste de l’assistance se planque sous les tables.
Un moment de flottement
Puis le flou. Presque une heure où une salle remplie de journalistes se retrouve sans informations fiables. Certains enchaînent les directs, les coups de fil, les textos à leur rédaction. On apprend rapidement, via le Secret service, qu’un tireur présumé a été appréhendé. Les coups de feu auraient eu lieu dans « une zone de contrôle » à l’extérieur de la salle de bal. Celle-ci commence à être évacuée. Mais rapidement l’opération s’interrompt.
La présidente de l’association des correspondants de la Maison Blanche, la journaliste de CBS Weijia Jiang, qui avait souhaité en ouverture la bienvenue au milliardaire, annonce au podium sans donner plus d’informations que la soirée va reprendre. Le pupitre présidentiel est replacé, les prompteurs aussi. Fox News annonce le retour de Donald Trump. L’entrée de l’hôtel est totalement bouclée. Les sirènes de police résonnent dans tout Washington.
Jusqu’à ce post sur Truth Social à 21H 17 où le Président salue le travail des services de sécurité, confirme qu’une personne a été arrêtée, et annonce que « le spectacle doit continuer » («Show must go on»). Mais le New York Times assure à l’inverse qu’il a bel et bien été évacué de l’hôtel Hilton sur ordre des forces de sécurité. Le sceau présidentiel est retiré du pupitre. Weijia Jang y retourne : « Le Président va tenir une conférence de presse à la Maison blanche. Ce n’est pas une blague. » Rires.
Elle précise que Donald Trump tient à préciser que la soirée serait reprogrammée dans les trente jours. Les journalistes présents, dont la plupart suivent l’actualité du milliardaire au jour le jour, se précipitent vers la sortie pour essayer de rejoindre la Maison Blanche et assister à l’allocution présidentielle. Ne restent que quelques badauds, des verres de vin à moitié vides.
« J’en suis honoré »
«C’était inattendu…» Il faudra finalement attendre à 22 h 30 pour que Donald Trump, en smoking, prenne la parole avec son flegme habituel face aux journalistes endimanchés. Il annonce que l’homme a bien été arrêté, qu’il a posté plusieurs photos de lui sur son réseau Truth Social. On y voit le suspect, torse nu, plaqué au sol. Le Président précise qu’il s’est précipité en courant dans le lobby, qu’il a eu le temps de tirer sur un officier, sauvé par son gilet par balle, avant d’être appréhendé – le chef de la police précisera ensuite qu’il s’agissait d’un client de l’hôtel Hilton, où se tenait l’événement, armé d’un fusil de chasse, d’un pistolet et de plusieurs couteaux. «J’ai l’impression que c’était un loup solitaire cinglé», avance Donald Trump en précisant que la personne arrêtée est originaire de Californie.
«Je ne voulais pas dire ça, mais ce genre d’événement montre pourquoi on a besoin d’une salle de bal à la Maison Blanche», en profite ensuite l’ex-magnat de l’immobilier pour justifier une fois encore la démolition de l’aile Est du bâtiment et son projet pharaonique. Avant d’enchaîner sur les différentes tentatives d’assassinat qui l’ont visé, à Butler, en Pennsylvanie, en juillet 2024, puis quelques mois plus tard en Floride.
«C’est une profession dangereuse», dira-t-il plus tard pour répondre aux questions des journalistes. «J’ai étudié les assassinats, dit-il en assurant que seules «les personnes qui ont le plus d’impact», comme Abraham Lincoln, le 16e président des Etats-Unis assassiné à l’issue de la Guerre de sécession, sont généralement prises pour cible. Je déteste dire que j’en suis honoré, mais nous avons accompli beaucoup de choses.»
Dîner reprogrammé
Il n’a donc pas l’air choqué le moins du monde, mais évoque le traumatisme subi de sa femme Melania, qu’il invite sans succès à s’exprimer. Il promet sans transition, après quelques mots sortis du chapeau sur l’Iran – «même si je crois que ça n’a rien à voir» –, que le dîner aura bien lieu. La future soirée sera «plus grande, plus belle et plus sympa», dit-il en regrettant de n’avoir pas pu prononcer son discours tant attendu. «C’est dommage, j’ai dit à mes équipes : ce sera le discours le plus inapproprié qu’ils auront jamais entendu.»
Ainsi s’achèvent les retrouvailles ratées entre Donald Trump et le dîner des correspondants de la Maison Blanche. Dans une salle de presse surpeuplée de journalistes en talons et costumes cintrés. Presque porté comme une victime de cet énième expression de la violence qui ravage les Etats-Unis. On est très loin de l’humiliation qu’il avait subie en 2011, moqué par un Barack Obama qui s’amusait des théories complotistes que Donald Trump relayait alors. Certains disent même que sa décision de briguer la présidence s’est jouée à cet instant. Comme une revanche. Il la tient aujourd’hui avec nonchalance. La soirée aura encore prouvé que Donald Trump ne laisse personne indifférent : il est le roi de l’absurde, qui s’exprime parfois sous de tristes atours.
(Source : Journal Libération

