La relance du projet d’agence régionale unique d’attractivité en Occitanie, annoncée pour 2026, pose une question simple mais essentielle : pourquoi si tard ? Et surtout, pourquoi ce calendrier, à deux mois à peine des élections municipales, alors que l’urgence économique est connue depuis longtemps ?…
L’attractivité n’est pas une réforme de confort. C’est un levier direct de création d’emplois, particulièrement dans les territoires fragiles.
Les Pyrénées-Orientales : un signal d’alarme ignoré
Dans les Pyrénées-Orientales, le taux de chômage atteint 12,2 %. Ce chiffre n’est pas une abstraction statistique : il traduit une difficulté structurelle à attirer des entreprises, à stabiliser l’emploi, à transformer l’économie locale au-delà du tourisme saisonnier et de l’économie résidentielle.
Dans un tel contexte, chaque année de retard en matière d’attractivité coûte des emplois.
Or, pendant que nos intercommunalités cherchent à structurer leurs zones d’activités, à attirer des investisseurs ou à retenir les talents, la Région — qui devrait être le moteur — n’a toujours pas d’outil d’attractivité pleinement opérationnel et incarné.
Comparaison avec l’Île-de-France : deux temporalités, deux réalités
Prenons un exemple clair : l’Île-de-France.
Dès 2023, la région a fusionné son agence d’attractivité économique et son comité régional du tourisme pour créer Choose Paris Region. Résultat :
-un guichet unique pour les investisseurs,
-une marque identifiable à l’international,
-une stratégie claire pour attirer entreprises, talents et visiteurs,
-une capacité à parler d’une seule voix sur les marchés mondiaux.
En Occitanie, nous parlons encore de ce que nous ferons en 2026.
Pire : la future agence n’a toujours pas de nom connu, pas de marque, pas de récit. Dans la compétition économique entre territoires, cela revient à arriver sur le marché sans identité.
Ce décalage n’est pas symbolique : il est économique.
Une région qui aurait dû être exemplaire
L’Occitanie dispose pourtant d’atouts majeurs : innovation, qualité de vie, filières d’excellence, position géographique stratégique. Elle aurait dû être un laboratoire d’attractivité territoriale, notamment pour ses territoires les plus exposés comme les Pyrénées-Orientales.
Au lieu de cela, les intercommunalités avancent souvent seules, avec des moyens limités, pendant que la Région tarde à structurer un outil global capable de :
-coordonner économie et tourisme,
-renforcer la visibilité internationale,
-créer un effet d’entraînement pour l’emploi local.
Quand une région tarde à s’organiser, ce sont les territoires les plus fragiles qui en paient le prix.
Une réforme utile… mais opportunément mise en scène
Personne ne conteste l’intérêt de fusionner AD’OCC et le Comité Régional du Tourisme. Le problème n’est pas le fond, mais le rythme et le moment.
Cette réforme arrive :
-après d’autres régions,
-après des années de débats,
-et au moment précis où le calendrier électoral s’accélère.
Le risque est évident : transformer une nécessité économique structurelle en annonce politique, sans garantir la rapidité, la lisibilité et l’efficacité attendues par les territoires.
L’attractivité ne peut plus attendre
Avec 12,2 % de chômeurs dans les Pyrénées-Orientales, l’attractivité économique ne peut pas rester un chantier permanent, repoussé à demain. Elle exige :
-une structure opérationnelle maintenant,
-une identité claire et assumée,
-une stratégie régionale capable d’aider concrètement les intercommunalités à créer de l’emploi.
Nommer cette agence, lui donner une marque forte, un cap économique lisible, ce n’est pas un détail de communication.
C’est une condition de crédibilité.
Conclusion
L’Occitanie ne manque ni d’atouts ni de talents.
Elle manque aujourd’hui de temps — et ce temps, les territoires comme les Pyrénées-Orientales ne l’ont plus.
Quand le chômage dépasse les 12 %, l’attractivité et l’accueil des entreprises sur nos territoires doit être une priorité économique immédiate, indépendante des échéances électorales.
Les territoires attendent un moteur.
Ils ne peuvent plus se contenter de tergiversations…
*Hubert Levaufre
Vice-président OTI PYMED, membre-fondateur en 2017, l’Office de tourisme intercommunal Pyrénées-Méditerranée regroupe les sept bureaux d’information du territoire : Cerbère, Elne, Laroque-des-Albères, Port-Vendres, Saint-André, Saint-Génis-des-Fontaines et Sorède.

