Jérôme Montes : « L’apprentissage est en péril. Pourtant, il reste l’un des meilleurs tremplins vers l’emploi. »

 

 

*Interview de Jérôme Montes, directeur territorial de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat des Pyrénées‑Orientales

 

 

Ouillade.eu : vous alertez sur l’avenir de l’apprentissage. Pourquoi cette prise de parole forte aujourd’hui ?

-Jérôme Montes : “Parce que nous ne pouvons plus nous taire. L’apprentissage artisanal est l’un des dispositifs les plus efficaces pour l’emploi des jeunes : 80 % d’entre eux trouvent un travail dans les mois qui suivent leur diplôme. C’est un véritable tremplin vers l’autonomie, la qualification et la réussite. Mais aujourd’hui, ce modèle est fragilisé. Les financements baissent, les effectifs reculent, et les formations de base — celles qui préparent aux métiers essentiels — sont les premières touchées. Nous tirons la sonnette d’alarme, car derrière chaque apprenti, il y a un destin en construction. Et nous sommes, très concrètement, des créateurs de destin.”

 

Ouillade.eu : vous insistez sur l’importance de l’apprentissage pour les jeunes. Mais qu’en est‑il pour les entreprises ?

-Jérôme Montes : “Former un apprenti, ce n’est pas seulement transmettre un savoir-faire. C’est aussi faire grandir son entreprise. Un apprenti apporte de l’énergie, des idées nouvelles, une envie d’apprendre. Il contribue à la dynamique de l’atelier, du commerce, du chantier. Et surtout, il prépare l’avenir : les métiers évoluent, les techniques changent, les besoins se transforment. En formant un jeune aujourd’hui, un artisan prépare les métiers de demain. Il assure la continuité de son activité, la transmission de son savoir-faire, et la pérennité de son entreprise. C’est un investissement humain et économique.”

 

Ouillade.eu : on entend souvent dire que les métiers artisanaux peinent à recruter. Est‑ce une réalité dans les Pyrénées‑Orientales ?

-Jérôme Montes : “Absolument. Et c’est précisément pour cela que l’apprentissage est vital. Dans les Pyrénées‑Orientales, comme partout en France, les métiers de l’artisanat recrutent : bâtiment, alimentation, mécanique, coiffure, prothèse dentaire… L’artisanat regorge de talents et d’opportunités. Nous avons des jeunes motivés, des entreprises prêtes à transmettre, des métiers passionnants. Ce qui manque aujourd’hui, ce sont les moyens pour maintenir une offre de formation solide, accessible et adaptée aux besoins du territoire.”

 

Ouillade.eu : concrètement, quelles sont les conséquences des baisses de financement ?

-Jérôme Montes : “Elles sont conséquentes. Les révisions à la baisse des niveaux de prise en charge ont déjà entraîné des fermetures de sections. Ce fut hélas le cas de l’ébénisterie à Rivesaltes il y a quelques années… Et 2026 s’annonce difficile. Les formations les plus touchées sont celles qui nécessitent des plateaux techniques coûteux, celles à faibles effectifs mais indispensables localement, et celles qui accueillent des jeunes en difficulté scolaire. Ce sont pourtant ces formations qui offrent les meilleures insertions professionnelles. C’est un paradoxe cornélien.”

Ouillade.eu : qu’attendez‑vous aujourd’hui au Gouvernement ?

-Jérôme Montes : “Nos élus, eux-mêmes artisans, aspirent à deux choses :
– un pilotage stratégique du financement de l’apprentissage, basé sur les besoins réels des territoires et des entreprises ;
– une révision des niveaux de prise en charge pour couvrir les coûts réels des formations, en particulier celles de niveau Bac et infra‑Bac.
Nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons simplement les moyens de continuer à former les jeunes, à accompagner les entreprises, et à maintenir vivants les métiers qui font la richesse de nos territoires.”

 

Ouillade.eu : malgré les difficultés, restez‑vous optimiste ?

-Jérôme Montes : “Oui, parce que l’apprentissage est une force incroyable. Il change des vies. Il donne une chance à des jeunes qui n’en ont parfois jamais eu. Il crée de l’emploi, de la fierté, de la valeur. L’emploi des jeunes et l’apprentissage resteront toujours une priorité pour nous. Nous continuerons à défendre ce modèle, à valoriser les métiers qui recrutent, à accompagner les artisans et à encourager les vocations. L’artisanat, c’est du talent, de la passion, de l’excellence. Et tant que nous aurons des jeunes prêts à apprendre et des artisans prêts à transmettre, nous continuerons à nous battre pour préserver ce trésor. Le roseau plie, mais ne rompt pas ! “.

 

Propos recueillis par L.M.