(Vu sur la Toile)

 

 

“Certains restaurateurs n’ont pas fait 1 euro ce matin” : sur le littoral montpelliérain, la vague de touristes se fait attendre
(par Nicolas Bonzom – Rédaction magazine Hérault Tribune)

À Carnon, Palavas-les-Flots ou La Grande-Motte, le tourisme est en berne, en ce mois de juillet. Tous les commerçants font grise mine, face à une chute vertigineuse du nombre de vacanciers.

 

 

Hérault Tribune.- En apportant des coupes glacées aux rares clients attablés à sa terrasse, une serveuse ne cache pas son amertume. “J’ai arrêté de faire des plans sur la comète pour cette saison, déplore-t-elle. Il n’y a presque personne, c’est décourageant.” Il n’est pas loin de 22H, nous sommes sur le port de Carnon, en plein mois de juillet. D’habitude, ici, ça grouille de monde, et on peine à trouver une place pour s’asseoir. Mais cette saison, les touristes sont peu nombreux, au bord de la mer. “Il y avait un peu plus de monde sur le port le 13 juillet, les gens ont cru qu’il y avait un feu d’artifice, mais il avait été annulé. Alors ils sont repartis, poursuit cette saisonnière. Mais cet été, c’est calme, très calme. J’ai un camarade restaurateur qui fait d’ordinaire jusqu’à quatre cents couverts le soir en cette saison, là, à deux cents, c’est la fête.”

Et Carnon n’est pas la seule station balnéaire du coin à pâtir d’une baisse vertigineuse du nombre de vacanciers en ce début d’été. À Palavas-les-Flots aussi, les commerçants font le même constat. “Il y a moins de monde, c’est évident, confie Ghassan, le patron du restaurant Les Cèdres du Liban, une institution palavasienne. La preuve, ma voisine était ouverte ce matin, mais elle a décidé de fermer l’après-midi. Je connais des restaurateurs, ils n’ont même pas fait 1 euro ce matin. C’est déprimant.” Sur le bord du canal, à l’ombre des auvents de leurs boutiques, des vendeurs de prêt-à-porter attendent eux aussi le chaland. En vain. “Il n’y a pas grand monde, c’est peu de le dire, soupire l’un d’eux. Pour nous, qui faisons l’essentiel de notre chiffre d’affaires l’été, c’est évidemment très compliqué.” À ses côtés, une commerçante tente de faire les comptes. “Cette année, c’est – 30% à – 50% de chiffre d’affaires, dans les magasins”, déplore-t-elle.

 

-“Comment voulez-vous qu’ils se paient un mobil-home à 1 600 euros, et plusieurs centaines d’euros de plus pour le trajet ?”

 

Pourquoi, cet été, les touristes sont-ils si peu nombreux, au bord de la mer ? Les commerçants que nous avons interrogés ont du mal à l’expliquer. Mais il y a une hypothèse qui revient, tout le temps : le pouvoir d’achat. “Je crois que les gens restent chez eux, s’interroge un vendeur de souvenirs, à Palavas-les-Flots. Ils ont peur de la conjoncture mondiale, et le coût de la vie augmente plus vite que les salaires. Comment voulez-vous qu’ils se paient un mobil-home à 1 600 euros, et plusieurs centaines d’euros de plus pour le trajet s’ils viennent de loin ?” Peut-être sont-ils en Espagne, où ils ont trouvé mieux, pour moins cher ? “Il n’y a pas tant de monde que ça en Espagne non plus”, assure un commerçant palavasien. “C’est un phénomène mondial, reprend le patron des Cèdres du Liban. Même au Sénégal, il y a moins de monde. Les gens consomment moins.”

Yves Soria, le secrétaire général de l’UMIH 34, le syndicat de l’hôtellerie et la restauration dans l’Hérault, est effaré. Si aucun chiffre ne permet encore de le prouver précisément, “il n’y a personne”, sur le littoral, assure-t-il. “Mais ce n’est pas que dans l’Hérault ! J’ai eu mes collègues de Perpignan au téléphone, eux, ils sont à – 40% à peu près !”, complète-t-il. Pour ce professionnel, c’est le coût de la vie qui pousse les Français à rogner sur leur budget consacré aux vacances. “Les gens partent moins longtemps qu’auparavant. Ils partaient deux semaines auparavant, aujourd’hui, ils ne partent plus qu’une seule semaine, ou même sur des séjours plus courts encore.”

 

 

Les commerçants interrogés par Hérault Tribune sont unanimes : il y a beaucoup moins de touristes cette année

 

 

Pouvoir d’achat, prix des carburants, canicule… Pourquoi les touristes sont-ils moins nombreux cette année ?

Le 15 juillet dernier, Ad’Occ, l’agence de la région Occitanie chargée d’étudier l’attractivité du territoire, pointait déjà une baisse forte du tourisme, cette saison. Au mois de juin, déjà, “plus de la moitié des professionnels” avaient le sentiment d’un début de saison dégradé, “quel que soit le secteur d’activités ou la destination, avec un recul de 16 points par rapport aux excellentes performances de juin 2025”.

En cause, selon l’agence Ad’Occ, “la hausse du prix des carburants et le recul du pouvoir d’achat des Français”, qui entraînent une diminution des réservations et des annulations en cascade. Mais pas seulement. Pour cet organisme, la canicule qui sévit depuis de longues semaines sur l’Occitanie pèse sur le secteur. “Les remontées de terrain issues de l’enquête mensuelle (…) mettent en lumière une attitude prudente des visiteurs face aux fortes chaleurs. Les professionnels du tourisme observent des modifications de comportement, allant de reports de séjours à des annulations d’événements en extérieur.” La chaleur a tellement marqué les esprits, dès le mois de juin, que certains ont choisi d’annuler leurs séjours… au mois de juillet. Dans une étude publiée le 24 mars dernier, l’Insee évoquait déjà des bouleversements, du côté des habitudes des vacanciers, en raison des épisodes successifs de canicule. “En Occitanie, la concentration de la fréquentation touristique en juillet et en août tend à s’atténuer au profit d’un développement du tourisme au printemps, notamment en mai”, indiquait l’INSEE, qui pointait un boom des réservations dans les ailes de saison, où il fait moins chaud, entre 2012 et 2024 : + 9% en avril, + 32% en mai, + 12% en juin et + 10% en septembre, contre – 4% en juillet et – 2% en août.

 

 

Où sont passés les “excursionnistes” ?

 

À La Grande-Motte aussi, les terrasses ne sont pas aussi garnies que d’habitude. “Si on regarde cette situation avec de grosses lunettes, c’est clair, cela donne le sentiment qu’il y a beaucoup moins de touristes que d’habitude, analyse Jérôme Arnaud, le directeur de la station de La Grande-Motte. C’est confirmé par les chiffres que l’on a, notamment, du stationnement. Mais avec des lunettes plus fines, on constate que les hôtels, les campings ou les clubs de vacances ne sont pas impactés. Ils font même légèrement mieux. La filière de la location de particulier à particulier va bien, elle aussi. Les résidents secondaires, eux, sont en retard. Ils habitent à Lyon, à Paris, etc. Ils ont décalé leurs séjours. Ce n’est évidemment pas une question de pouvoir d’achat, mais de chaleur.”

Que les résidents secondaires aient décalé leurs séjours n’explique pas, toutefois, cette chute de la fréquentation en plein mois de juillet. Il y a, selon Jérôme Arnaud, une autre explication : c’est l’absence des “excursionnistes” qui donne cette impression de grand vide, assure-t-il. “Ce sont ceux qui viennent pour la journée, détaille le directeur de la station de La Grande-Motte. Les Nîmois, les Montpelliérains, les Avignonnais, etc. Cette clientèle-là, c’est elle qui manque principalement. Ils sont restés chez eux, ils ont consommé différemment, ils n’ont pas encore décidé de venir…” Mais quoi qu’il en soit, les trois premières semaines de juillet ne doivent plus être considérés comme une haute-saison, poursuit cet expert. “Les sorties scolaires et universitaires tardives, les entreprises qui n’ont pas encore fermé, les aléas climatiques qui font que les gens attendent… Ça commence véritablement la dernière semaine de juillet. Et la semaine la plus forte de l’été, ce sera la première semaine du mois d’août.” L’été n’est peut-être pas foutu, du côté du littoral montpelliérain.

(Source : magazine Hérault Tribune, Cap Concorde – 26, rue du Prado 34170 Castelnau-le-Lez)