-« Veuillez trouver ci-joint la réponse au maire de Maury après sa déclaration publique contre tout changement de nom du département des Pyrénées-Orientales, et en particulier pour l’adoption d’un nom mettant en valeur sa catalanité

 

 

Monsieur le Maire de Maury,
Monsenhor lo cònsol de Maurin,

Personne ne conteste l’histoire particulière du Fenouillèdes, ni son héritage languedocien et, par conséquent, occitan. Mais votre raisonnement oublie une réalité essentielle : depuis 2016, les habitants du Fenouillèdes disposent d’une région, l’Occitanie, qui porte haut et fort leur identité occitane et languedocienne.

Les Catalans des Pyrénées-Orientales, eux, n’ont jamais bénéficié d’une telle reconnaissance à l’échelle régionale. Nous représentons environ 8 % de la population de l’Occitanie, contre 92 % d’Occitans. Lors de la création de cette grande région, les Catalans n’ont évidemment pas eu leur mot à dire sur son nom : notre identité territoriale y est minoritaire.

C’est précisément pour cette raison qu’il est légitime de vouloir aujourd’hui un département capable de porter haut et fort la catalanité de son territoire.

Il faut également remettre les proportions en perspective : le Fenouillèdes représente environ 1,45 % de la population des Pyrénées-Orientales, tandis que la partie catalane du département en rassemble l’immense majorité. Cela ne signifie évidemment pas que l’histoire et l’identité du Fenouillèdes doivent être niées. Mais elles ne peuvent pas davantage servir à invisibiliser la réalité catalane du département.

Le Fenouillèdes peut parfaitement conserver, transmettre et faire vivre son héritage occitan sans que cela interdise au reste du département d’affirmer son identité catalane.

Il ne s’agit donc pas d’effacer le Fenouillèdes, mais de reconnaître une réalité territoriale : l’Occitanie affirme l’identité occitane à l’échelle régionale ; pourquoi la partie catalane de cette région ne pourrait-elle pas, à l’échelle départementale, affirmer clairement son identité catalane ?

Quant aux 10 % de participation à la consultation, il faut surtout regarder la réalité du terrain. Le Conseil départemental a écarté de la consultation le nom Pays Catalan, alors même que celui-ci bénéficie depuis longtemps d’un assentiment populaire particulièrement visible.

Cet attachement est profondément ancré dans la réalité quotidienne de notre territoire : il s’affiche sur les panneaux à l’entrée de nombreux villages, se retrouve dans les communications des communes, des associations et des acteurs économiques et culturels, et s’exprime jusque dans nos médias locaux, qui utilisent quotidiennement l’appellation « Pays Catalan » pour désigner notre territoire.

D’ailleurs, le sondage réalisé par France Bleu Roussillon en 2024, qui avait placé « Pays Catalan » largement en tête auprès de près de 17 000 participants, ne fait que conforter cette réalité déjà observable sur le terrain.

C’est donc précisément parce que le nom le plus populaire et le plus largement utilisé a été écarté de la consultation que la participation peut être faible. On ne peut pas demander aux habitants de choisir leur nom de territoire tout en leur retirant celui qu’ils utilisent et auquel ils sont attachés.

Une faible participation ne signifie pas que 90 % des habitants sont opposés au changement de nom. Elle signifie notamment que beaucoup de citoyens ne se sont pas exprimés dans une consultation dont les choix proposés ne correspondaient pas nécessairement à leur préférence.

Nous ne demandons pas davantage de reconnaissance que les autres territoires : nous demandons simplement que la catalanité de notre territoire puisse, elle aussi, être portée haut et fort ».

 

Ausiàs Vera
Porte-parole de Oui au Pays Catalan
Conseiller municipal de Trouillas / Trullars