
Banyuls : vendanges en Fête – Vignoble en Deuil
Pourquoi un tel titre ?
D’une part, pour se remémorer l’article que j’avais écrit en 2012 pour la Coordination Rurale, intitulé J’avais un beau métier
Article que vous pouvez trouver avec le lien suivant :
à la suite de celui-ci, je vais décrire les faiblesses principales du Cru Collioure – Banyuls.
Il est clair qu’à l’heure actuelle la situation économique est loin d’être brillante, de nombreux changements ont vu le jour, nos surfaces viticoles diminuent, la relève est quasi inexistante.
Ce ne sont pas nos modèles de contrôles – et de plus acceptés -, qui nous sauverons même si on a pu penser à une époque que l’hyper-protectionnisme nous permettrait de figurer en tant que phare de la profession… Nous n’avons pas avancé d’un poil ! Nous reculons par contre.
Les constats…
Le vignoble
Notons une accélération quant au phénomène de déclin du vignoble de la Cote Vermeille.
L’entretien du vignoble pose un immense problème, le nombre d’hectares cultivés diminue à vue d’œil, et la garrigue reprend dès lors ses droits.
Le changement climatique irréfutable a impacté le cru, récoltes plus précoces, mais surtout des effets sécheresse catastrophiques réduisant la production en peau de chagrin, et une immense mortalité des pieds de vignes.
Du coté des produits phytosanitaires aucun remplacement du désherbant n’a vu le jour, si ce n’est qu’un travail mécanique, applicable manuellement. Posons nous la question : qu’elles en seront les conséquences par la suite ?
Le passage de la débroussailleuse n’est pas toujours facile, et l’herbe est une concurrente de la vigne.
Les plantations majoritaires en greffés soudés sont à revoir, les racinés plus résistants et plus longs sont une piste à suivre à nouveau.
Depuis peu, un vent souffle pour installer des vignes sur des hauteurs de plus de 400 mètres ; ce ne sera pas évident du tout avec la configuration du terrain, de la faune sauvage et pastorale. Il y a eu déjà des essais devenus infructueux.
Les chemins et les routes du vignoble sont devenus désuets (non entretien des abords par les propriétaires d’une part), absence de bulldozers pour la remise en condition des chemins en terre.
A l’époque de l’ancien maire de Banyls-sur-Mer, Jean Rède, le bulldozer de la Commune avait rendu de grands services.
Un mitage plus que complexe a vu le jour, de nombreuses vignes se retrouvent souvent entourées par un maquis en voie d’expansion.
Le feu sera certainement l’élément d’un futur problème du vignoble qui accentuera encore la désertification… Dans quelles mesures une hypothétique remise en plantation verra t’elle le jour ?
L’image de marque du vignoble est vitale, je me souviens des visites que j’organisai à l’époque dans nos côteaux avec mes clients étrangers qui s’extasiaient sur les ouvrages en pierres sèches, sans parler de la beauté de nos paysages entretenus.
A l’heure actuelle selon certains circuits pratiqués, je n’oserai plus le faire, tant le tableau semble s’être étiolé.
L’institution
Les AOC ont vu le jour en 1936 grâce au baron Le Roy de Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse) ; cette institution fut dirigée en premier lieu par lui-même, propriétaire d’un vignoble de cette noble appellation.
La suite éloigna les hommes de la terre et du bon sens, pour les remplacer par un mouvement administratif proche de ceux qui étaient – et le sont encore – près du pouvoir.
Est-ce qu’un grand nombre de ministres de la Pêche ont été pêcheurs ? Je ne le pense pas ,la même analogie s’applique à de nombreux métiers, de par laquelle l’expérience sur le terrain est une des solutions pour la pérennité des exploitants.
Les nouvelles normes infligées presque annuellement par l’administration ont réduit le métier lié à la viticulture à un rôle d’épicier de quartier.
Quant aux organismes de défense, de contrôle, toujours plus exigeants (souvent à cause des exploitants qui ont voté pour leur mise en place) : ils ont plus que restreint les budgets locaux qui auraient du servir à la propagande et aux relations publiques.
En exemple l’OI, installé sur le Cru il est en sorte un organisme que l’on pourrait comparer aux céphalopodes à cause de sa reproduction, avec son « administration privatisée payante », d’ailleurs est-ce que la vente des Collioure et Banyuls à profité de son implantation ?
Notre vignoble devrait posséder une vraie délimitation de ses appellations. J’ai visité il y a deux mois le Vignoble du Barolo et du Barbaresco, en Italie, nos amis Italiens ont répertorié leur 2 000 hectares de vignes de façon rigoureuse, il faudrait s’en inspirer. Ils ont mis plus de vingt ans pour y arriver, il est vrai qu’ils sont tous soudés comme des rails de chemin de fer.
Différence essentielle entre l’action , le repos , et la dormance .
Les vignerons
La rémunération des vignerons est un sujet majeur, tout travail mérite salaire, et il est vrai que le raisin n’est pas assez bien rétribué, aux vues de nos difficultés d’exploitation liées à ce vignoble de montagne.
Chez nous, il y a de moins en moins de main-d’œuvre locale… former un tailleur par exemple s’avère très long, sans parler s’il y avait demande de greffeurs.
Sous des couverts d’Union généralisée, de nombreuses fractures existent, qui malheureusement profitent à d’autres qui sont mieux organisés.
Notoriété
De grosses carences amputent la notoriété de nos vins, c’est tout un contexte qui doit être décortiqué.
Collioure-Banyuls ont eu leurs heures de gloire certes, aujourd’hui comme pour d’autres vignobles français ou étrangers, l’avenir ne s’annonce pas joyeux.
La tendance actuelle nous indique que la consommation des vins rouge diminue fortement, les rosés stagnent.
Des récoltes de plus en plus précoces soulignent des degrés trop puissants sur nos vins secs. Il est à constater que les vins de trop fort degrés > à 13.5 % ne sont plus d’actualité au même titre que les rosés de ce gabarit et ceux trop teintés.
Les vins blancs ont le vent en poupe, mais faisons attention aux effets de mode !
L’œnologie a fait d’immenses progrès, mais on retrouve un linéaire de qualité trop proche entre de nombreux vins d’une même appellation, le boisé des blancs s’avère délicat, souvent trop proportionné, ce qui masque l’originalité, s’il y en eût.
On n’utilise pas à l’identique l’eau de Cologne et un parfum délicat !
Les Relations Publiques
Le Mas Reig récemment rénové aurait du être mis en avant de façon plus majestueuse, d’autant que son passé a été honoré par les visites de presque tous les étoilés Michelin de France et de Navarre, ainsi que les plus illustres vignerons du monde entier à l’époque de feu le docteur André Parcé.
Heureusement que la salle Capitulaire a échappé au placoplatre généralisé transformant l’intérieur de la bâtisse en clinique aseptisée !
On ne peut que penser : pourquoi ici, ne peut-on arriver à conjuguer du vieux, de l’authentique avec du neuf et de la modernité ?
Dans d’autres régions viticoles, c’est le passé qui relie le présent, pour le plaisir, ce afin de renouer avec les traditions.
Dommage, avec très peu de sollicitation du haut-lieu pour mettre en exergue nos produits du cru.
Le choix de la Région Occitanie de partager avec le village de Thuir les activités restreignent les nôtres.
A l’export par exemple, lors de rendez-vous internationaux, il est à déplorer le peu de caves locales présentes à ces événements ; il faudrait que les municipalités soient bien plus impliquées pour aider financièrement, et sous une même bannière, un regroupement des intéressés.
La fête des Vendanges a toujours (et dont je suis), ses nostalgiques de l’événement pour son passé beaucoup plus convenable à sa représentation d’une fête DU VIN.
Bref, tout ça est à revoir indéniablement.
Il ne manque pas de parangons pour éclairer d’une nouvelle lueur et réflêchir ce pourquoi elle a été mis en œuvre.
Oui tout évolue, mais il faut construire sans altérer les fondements et, surtout, réunir ce qui à Banyuls semble épars.
Les jeunes ont le droit de s’amuser et tant mieux, mais le but initial n’est-il pas de se retrouver solidaire derrière cette boisson des Dieux ?
Jeudi, vendredi, samedi et dimanche, il y a se quoi étayer un programme pour nos deux appellations avec professionnels et particuliers.
Si l’avenir n’est pas fédérateur d’idées et de personnes, c’est la disparition qui nous attend.
Des innovations à saluerÂ
-Des terres ont étés achetées par une participation entre divers particuliers par la coopérative l’Etoile ce qui a permis d’éviter leur disparition.
-Des rendez vous de découvertes des deux appellations du Cru Collioure-Banyuls au milieu des vignes ont vu le jour sur Cosprons et d’autres propriétaires font aussi de l’oeno-tourisme.
-L’élaboration de la part de certains propriétaires d’un Blanc de Noir, pour demain pouvoir augmenter les volumes de blancs est une bonne initiative ; il faudra revendiquer son indication d’AOP, avec une très bonne qualité pour les échantillons dégustés.
J’ai dressé oui un tableau assez noir, mais le président actuel du syndicat a médiatisé, je le cite, «Qu’il ne fallait pas se voiler la face»…
Il faut absolument arrêter tous les faux discours qui circulent. En effet, l’ignorant affirme, le savant doutent… et seul le sage réfléchi.
La question fondamentale
Les trois caves coopératives du Cru Collioure-Banyuls pourront elles perdurer ?
Tout ceci pour dire qu’il va falloir effectivement se réinventer.
J’aurais pu aussi intituler le titre de ce factum signé : ‘Vendanges en fait… ou chronique d’une mort commencée… Ou d’un espoir qui débute”.
Jean-Michel Parcé

