(Communiqué)

 

 

À l’occasion de la venue d’Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, pour l’inauguration de la nouvelle salle d’exposition du Mémorial de Rivesaltes, l’association Les Harkis et la République, présidée par Nouali Nasser, exprime avec gravité son indignation et son profond mécontentement face à une nouvelle mise à l’écart des familles harkies et des associations qui portent pourtant cette mémoire depuis des décennies

 

-“Une fois de plus, ceux qui ont vécu cette histoire dans leur chair, ceux dont les parents ont servi la France, ont été abandonnés, désarmés, massacrés, enfermés dans des camps et humiliés pendant des années, sont absents des cérémonies officielles et ignorés des institutions. Malgré les nombreux courriers et mails adressés à Madame Carole Delga et à la Région Occitanie, nous n’avons jamais obtenu la moindre réponse. Jamais invités, jamais consultés, jamais réellement associés aux décisions concernant notre propre histoire.

Cette attitude est inacceptable.

Depuis trop longtemps, notre mémoire est confisquée, sélectionnée et politisée. Chaque événement mémoriel devient un exercice institutionnel où l’on parle à la place des harkis sans leur donner la parole. Le 12 mai dernier encore, la mémoire a été mélangée à des considérations politiques alors qu’elle devrait être un espace de vérité, de justice et de dignité.

Nous rappelons une réalité que certains continuent de vouloir atténuer : les harkis étaient des citoyens français ayant servi la France sous son drapeau. Après les accords de 1962, beaucoup ont été abandonnés, désarmés puis livrés aux massacres. Ceux qui ont pu rejoindre la France ont connu les camps, la surveillance permanente, les restrictions de circulation, les humiliations administratives, la confiscation des soldes, les politiques d’assimilation forcée et parfois même l’effacement de leur identité jusqu’au changement des noms et à l’obligation de repasser devant des juridictions pour demander une nationalité française qu’ils n’auraient jamais dû perdre.

Voilà la vérité historique.

Et pourtant, au Mémorial de Rivesaltes, cette vérité demeure encore incomplète. Ce lieu aurait dû être un haut lieu de transmission fidèle de l’histoire des harkis et de leurs familles. Or nous constatons encore des omissions, des silences et le maintien de termes profondément blessants hérités du système colonial.

Nous rappelons également que notre association et plusieurs membres de notre collectif ont été parmi les premiers à dénoncer la profanation des tombes des enfants morts au camp de Rivesaltes. Nous avons été parmi les premiers à agir, à alerter et à déposer plainte, parce que ces enfants avaient une identité, un état civil, une histoire et une dignité. Même dans la mort, leur mémoire ne doit jamais être abandonnée ni effacée.

Nous dénonçons notamment l’utilisation persistante du mot “supplétif”, terme humiliant et inacceptable juridiquement, moralement et historiquement. Nous rappelons qu’un engagement avait été pris auprès de notre association afin que ce qualificatif soit remplacé, notamment au niveau de la commission scientifique et à l’entrée du mémorial, par l’appellation : “Citoyens français anciens combattants harkis”.

À ce jour, cet engagement n’a toujours pas été respecté.

Nous dénonçons également le maintien de références au “statut civil de droit local” dans le cadre de la loi de 2022, héritage direct du code de l’indigénat. Une fois encore, les harkis et leurs descendants sont enfermés dans des catégories coloniales contraires aux principes d’égalité républicaine.

Notre association refuse cette mémoire à géométrie variable.

Nous refusons qu’on rende hommage tout en continuant à masquer certaines vérités. Nous refusons que des responsables politiques parlent d’apaisement mémoriel tout en écartant ceux qui réclament simplement la reconnaissance complète des faits historiques.

Avec notre bureau, notre collectif et l’ensemble des enfants de harkis, nous continuerons à nous battre sans relâche pour que toute la vérité soit enfin reconnue : l’abandon, les massacres, les camps, les discriminations, les terres spoliées, les atteintes aux libertés et les souffrances infligées à des milliers de familles françaises.

La mémoire ne peut pas être un outil politique.

La mémoire doit être fondée sur la vérité.

Nous demandons le respect de la parole donnée, l’arrêt de la politisation de notre histoire, la suppression définitive du terme “supplétif” et la reconnaissance pleine et entière des harkis comme citoyens français anciens combattants.

Parce qu’aucune République ne grandit dans le silence.

Et qu’aucune réconciliation n’est possible sans vérité”.

Nouali Nasser
Président de l’association
Les Harkis et la République