(Vu sur la Toile)
« LFI doit être combattu sur le terrain de l’opinion » : à la barre, Raphaël Enthoven assume d’avoir qualifié le parti de « passionnément antisémite »
(Article de Vincent Vantighem • Rédaction de BFMTV)
BFMTV.- Le philosophe a estimé que son tweet dans lequel il qualifiait La France insoumise de parti « antisémite » relevait de l’opinion et non de « l’injure publique ». La décision du tribunal a été mise en délibéré.
D’abord, il y a eu le mot « exégèse ». Puis, c’est « herméneutique » qui a été lâché à la barre. Un témoin est, ensuite, venu parler de l’édit de Caracalla datant de 212 avant de terminer par un peu « d’ontologie », d’une référence à Marcel Proust, de sa recherche du temps perdu et d’une autre à La passion triste de Spinoza.
Un autre a été interrogé sur les « dragons célestes » du manga One Piece. Des débats philosophiques de haut vol donc dans le but de répondre à une seule question: peut-on dire que la France insoumise (LFI) est un parti « antisémite » ? « Passionnément antisémite« , même?
Poursuivi en justice par le mouvement de Manuel Bompard pour « injures publiques », le philosophe Raphaël Enthoven est venu, ce mardi 23 septembre à la barre de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, assumer les propos qu’il avait tenus, sur le réseau social X le 1er mai 2024, à l’égard du parti d’extrême gauche.
« J’avais besoin de le faire »
« Ce jour-là , j’ai eu besoin de dire ça. J’avais besoin de le faire. Ça me paraissait tout à fait nécessaire », a-t-il expliqué au tribunal.
Nécessaire parce que quelques heures plus tôt, Raphaël Glucksman, le patron de Place publique, avait été pris à parti par des militants « gauchistes » lors de la manifestation du 1er mai dans les rues de Saint-Étienne (Loire).
Et qu’il fallait donc dénoncer ces « cons » et « déficients » comme les avait nommés Raphaël Enthoven à l’époque. Mais surtout « nécessaire » parce qu’il s’agit d’un combat à mener « dans l’opinion » selon le prévenu.
Abandonnant les notes posées sur les pupitres, les mains de part et d’autre du micro, Raphaël Enthoven est ainsi venu expliquer la mission qu’il semble s’être assignée. « Il y a un antisémitisme d’atmosphère qui vit sous les radars de la loi », dénonce-t-il ainsi.
Quand Jean-Luc Mélenchon critique Yaël Braun-Pivet en disant qu’elle va « camper à Tel-Aviv », il reprend les mots d’Édouard Drumont (écrivain antisémite) : « Jean-Luc Mélenchon n’est pas sous le coup de la loi mais il faut le combattre… ».
« Je n’ai pas demandé le CV des gauchistes »
Comme si l’exemple était un peu trop érudit pour les magistrats de la 17e pourtant rodés à ce l’exercice, le philosophe se fend d’une deuxième illustration.
« Les gens qui parlent des juifs sur Twitter en accompagnant leur message d’une photo de pizza cuite au four font référence à la Shoah… Cela doit être combattu sur le terrain de l’opinion. Débusqué et combattu sur le terrain de l’opinion, c’est le sens de ma démarche », a-t-il affirmé.
Et peu importe qu’il ignorait si les « gauchistes » ayant chassé Raphaël Glucksman des rues de Saint-Etienne étaient des Insoumis ou pas, d’ailleurs. « Non, je n’ai pas demandé le CV des gauchistes en question. Mais comment ne pas faire le lien avec les discours diffusés en permanence et ceux qui passent à l’acte à cause de ces discours », a avancé le philosophe.
Autant d’éléments afin donc de démontrer que son tweet était donc une « opinion » légitime au titre de la liberté d’expression et non pas une « injure publique », comme l’accuse aujourd’hui La France insoumise.
La décision du tribunal mise en en délibéré
Installé à gauche du prétoire, Matthieu Davy, l’avocat de LFI, a attendu l’heure de plaider pour tenter de remettre les choses au clair sur les intentions de son client. « L’incident dont a été victime Raphaël Glucksman a été revendiqué par les Jeunes Communistes de la Loire ! ».
Autrement dit, Raphaël Enthoven a profité de la situation et a instrumentalisé cette affaire, selon lui. Et en tweetant ainsi, s’est donc rendu coupable d’injure. « Tout ce que vous avez entendu cet après-midi n’a donc aucun rapport ! ». Pas du tout pour Richard Malka. Vers 19H, l’avocat de la défense a ouvert le volumineux dossier devant lui pour se mettre à plaider en défense du philosophe sur un thème très simple.
Le tweet de Raphaël Enthoven est de la « critique idéologique qui participe d’un débat national. Rien de plus ». Et de citer tous les responsables politiques – dont Gabriel Attal, Premier ministre à l’époque – et tous les intellectuels qui ont parlé de cet événement. Raison pour laquelle, selon lui, il convient purement et simplement de relaxer son client. La décision du tribunal a été mise en délibéré.
(Source : BFMTV)
